‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 225 sur 264 · LE CADEAU · texte numérisé non relu

LE CADEAU

C'est bientôt la fête de mon frère Denis , disait un jour la petite Victoire à madame de Saint-Marcel sa mère. Je ne sais que lui offrir pour bouquet. Nepourriez-vous pas me donner quelque chose , maman, pour lui faire uu cadeau?

wme de saiiit-marcel. — Je le pourrais, sans doute, ma fille; mais j'aime bien autant lui faire ce cadeau moi-même. Crois-tu que je goûte moins de plaisir que toi a donner? Et puis, fais une petite réflexion. Si je te remets quelque chose pour lui en faire cadeau, c'est moi qui fais le cadean , et non pas toi.

victoire. — Cela est vrai, maman; mais je voudrais pourtant bien avoir quelque présent à lui faire.

Mme de saint -marcel. — Eh bien 1 Victoire, voyons. Comment faut-il nous y prendre ? N'as-tu pas quelque chose à toi? Ton petit oranger, par exemple?

victoire. — Mon oranger, maman , qui me fournit des fleurs pour tous mes bouquets ?

Mmc DE SAINT -MARCEL. — Et tOQ

agneau ?

victoire. — 0 maman ! mon agneau, qui me caresse avec tant d'amitié, et qui me suit partout !

Mme DE SAINT-MARCEL. — Et tes tOUr-

terelles?

victoire. — Vous savez bien que je les ai nourries au sortir de l'œuf. Ce sont mes enfans à moi.

Mme DE SAINT - MARCEL. — Tu n'as

donc rien à donner à ton frère?

victoire. — Pardonnez-moi, mamau.

Mme DE SAINT -MARCEL. — Et quoi

donc ?

victoire. — Vous souvenez - vous de cette bourse à glands et à paillons d'or que ma tante m'a donnée pour mes étrennes? Elle est bien belle au moins ?

Mme de saint-marcel. — Cela est vrai.

Mais penses -tu que ce présent fût bien agréable h ton frère? 11 ne peut en faire usage de long-temps ! Tu te rappelles bien que toi-même , lorsque lu la reçus, tu la serras dans le fond d'un tiroir pour ne l'en retirer qu'au bout de quelques années.

victoire. — Mais, maman , c'est toujours un joli cadeau.

Mmc DE SAINT -MARCEL. — Non, ma

fille; un joli cadeau, c'est lorsque nous donnons par amitié une chose qui nous fait plaisir à nous-mêmes, et qui doit faire aussi plaisir à celui à qui nous la donnons.

L AMI DES EXFANS.

victoire. — Faut-il donc que je donne à mon frère tout ce que j'aime ?

Mra' DE SAINT-MARCEL. — Non, tu pCUX

donner autant ou si peu que tu veux, pourvu que lu y mettes de l'amitié et de la grâce.

victoire réfléchit pendant quelques momens. et elle d'il : — Eh bien ! je cueillerai, pour le bouquet de mou frère , les plus jolies fleurs de mon oranger, et je lui ferai présent de mon agneau.

Mmc de saint-marcel. — Fort bien !

Victoire. Voilà qui annonce de l'amitié.

victoire. — Ccu'cst pas tout, maman.

Je veux tous ces jours-ci sortir avec mon frère, pour que mon agneau s'accoutume a le suivre comme moi. De cette manière, l'agneau sera déjà familier avec lui quand je le lui donnerai, et mon frère ne l'en caressera qu'avec plus de plaisir.

Mme de saint - marcel. — Embrassemoi, ma fille. Cette attention délicate double le prix de ton présent. C'est ainsi que la moindre bagatelle devient un objet précieux, lorsqu'elle est donnée avec grâce. Tu ne pouvais nous causer une plus grande joie, à moi ni à ton frère.

Ni à moi-même non plus, répondit Victoire avec vivacité. Tu t'en réjouiras encore davan tage quand le jour sera venu , reprit madame de Saint - Marcel ; car il faut bien que je sois pour quelque ebose dans la fête; et je veux que tu fasses pour moi les honneurs d'une petite collation qu'on servira dans le jardin, à ton frère et ? ses meilleurs amis.

Victoire baisa avec transport la main de sa maman; et de ce pas, elle courut faire des rosettes d'un joli ruban rose , pour on parer l'agneau le jour qu'elle le présenterait à son frère.

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