SCÈNE II
M. D'ORVAL, tenant à la main une épee avec le ceinturon ; AUGUSTE.
M. d'orval. — Te voilà, Auguste?
J'ai déjà eu le plaisir de t'annoncer ta fête ; mais ce n'est pas assez , n'est - ce pas ?
auguste. — Oh! mon papa.... Mais qu'avez-vous doDC à la main ?
m. d'orval. — Quelque chose qui ne te siéra pas trop bien; une épée, vois-tu?
auguste. — Quoi ! c'est pour moi !
Oh ! donnez , mon cher papa ! je veux être à l'avenir si obéissant, si appliqué...
m. d'orval. — Ah ! si je le croyais I Mais sais-tu bien qu'une épée demande un homme; qu'il ne faut plus être un enfant pour la porter ; qu'on doit se conduire avec réflexion et décence; enfin, que ce n'est pas à l'épée de parer son homme, mais à l'homme de parer son épée.
auguste. — Oh, ce n'est pas l'embarras ! je saurai bien parer la mienne ; et je n'aurai plus rien de commun avec ces petites gens...
m. d'orval. — Que veux-tu dire par ces petites gens ?
auguste. — J'entends ceux qui ne sont pas faits pour porter une épée et un plumet au chapeau ; ceux qui ne sont pas nobles comme vous et moi.
m. d'orval. — Pour moi , je ne connais de petites gens que ceux qui pensent mal et ne se conduisent pas mieux, qui sont désobéissans envers leurs parens, grossiers et impolis envers les autres!
Ainsi , je vois bien de petites gens parmi les nobles , et bien des nobles parmi ce que tu appelles les petites gens.
auguste. —Oui; c'est aussi ce que je pense.
m. d'orval. — Que parlais- tu donc tout à l'heure d'épée et de plumet au chapeau ? Crois-tu que les vraies prérogatives de la noblesse consistent dans ces misèreslà ? Elles servent à distinguer les états , parce qu'il faut bien que les états soient distingués dans le monde. Mais l'état le plus élevén'enavilitquedavanlage l'homme indigue de l'occuper.
auguste. — Je le crois , mon papa.
Mais ce n'est point m'avilir, que d'avoir une épée et de la porter.
m. d'orval. — Non. Je veux dire que tu ne te rendras digne de cette distinction que par ta bonne conduite. Voici ton épée; mais sou viens- toi...
auguste. — Oui , mon papa ; vous verrez. (// veut mettre l'épée à son côté, et ne peut en venir à bout. M. d'Orval l'aide à la ceindre.)
m. d'orval. — Comment donc! Elle ne le va pas si mal !
auguste. — N'est-ce pas? Oh! j'en étais bien sûr !
m. d'orval. —A merveille. Mais n'oublie pas surtout ce que je t'ai dit. Adieu. (// fait quelques pas pour sortir, et revient.) A propos, je viens d'envoyer chercher ta petite société , pour passer ce jour de fêle avec toi. Songe à te comporter comme il convient.
auguste. — Oui, mon papa.