SCÈNE VIII
AUGUSTE , DUPRÉ l'aîné , DUPRE le cadet, RENAUD l'aîné, RENAUD le cadet.
Auguste entre le premier et le chapeau, sur la tête; les autres marchent derrière lui, la tête découverte.
DUPRÉ l'aîné, bas , à Renaud l'aîné.
— Voilà une réception bien polie.
henaud l'aîné , bas , à Dupré l'aîné.
— C'est apparemment la mode aujourd'hui de recevoir sa compagnie le chapeau sur la tête , et d'entrer chez soi le premier.
auguste. — Que bredouilles-tu l'a ?
dupré l'aîné. — Rien, monsieur d'Orval, rien.
auguste. — Est-ce quelque chose que je ne dois pas entendre?
renaud l'aîné. — Cela pourrait être.
auguste. — Je veux pourtant te savoir.
renaud l'aîné. — Quand vous aurez le droit de me le demander.
dupré l'aîné. — Doucement , Renaud.
Il ne nous convient pas dans une maison étrangère....
renaud l'aîné. — Il convient encore moins d'être impoli, lorsqu'on est chez soi.
uorsTE, avec hauteur. — Impoli?
moi , impoli? Est - ce parce que je marchais devant vous ?
renaud l'aîné. — C'est cela même Lorsque nous avons l'honneur de recevoir votre visite, ou celle de toute autre personne , nous cédons toujours le pas.
auguste. — Vous ne faites que votre devoir. Mais de vous a moi....
renaud l'aîné. — Eh bien! de vous à moi?....
auguste. — Est-ce que vous êtes noble?
renaud l'aîné, aux deux Dupré, et à son frère. — Laissons-le s'ennuyer avec sa noblesse, si vous m'en croyez.
dupré l'aîné. — Fi, monsieur d'Orval! Si vous trouvez au-dessous de votre dignité de vous entretenir avec nous, pourquoi nous faire inviter? Nous n'avions pas désiré cet honneur.
auguste. — Ce n'est pas moi qui vous ai fait venir, c'est mon papa.
renaud l'aîné. — Fort bien. Ainsi, nous allons trouver monsieur votre père et le remercier de son honnêteté. En même temps nous lui ferons entendre que son fils lient à déshonneur de nous recevoir. Suis-moi, mon frère.
auguste , l'arrêtant. — Vous n'entendez pas le badinage , M. Renaud ; je suis charmé de vous voir. Mon papa a voulu me faire plaisir en vous invitant : car c'est aujourd'hui ma fête. Restez , je vous en prie, avec moi.
renaud l'aîné. A la bonne heure. Mais soyez a l'avenir plus poli. Si je ne suis pas aussi noble que vous, je ne me laisse pas offenser impunément.
dupré l'aîné. — Calme-toi , Renaud ; il faut rester bons amis.
dupré le cadet. — C'est donc aujourd'hui votre fête, monsieur d'Orval ?
dupré l'aîné. — Je vous en fais mon compliment.
renaud l'aîné. — 1.1 moi aussi , monsieur. }o vous souhaite toutes sortes de
L AMI DES ENFANS
prospérités; (à part) et je souhaile surtout que vous deveniez un peu plus honnête.
renaud le cadet. — Vous devez avoir reçu de bien jolis cadeaux ?
adgdste. — Oh 5 sûrement !
dupré le cadet. — Bien des bonbons, sans doute ?
auguste. — Ha! ha! des bonbons.
Ce serait beau vraiment. J'en ai tous les jours.
renaud le cadet. — ^h ! c'est de l'argent, je parie. (Il compte dans sa main.) Deux ou trois écus, n'est-ce pas?
auguste, avec fierté. — Quelque chose de mieux , et que moi seul ici , oui , moi seul , j'ai le droit de porter. ( Renaud l'aîné et Dupré l'aîné sont à l'écart, et se parlent tout bas.)
renaud le cadet. — Si j'avais ce qu'on vous a donné , je pourrais bien le porter comme un autre, peut être!
auguste, le regardant d'un air de mépris. — Pauvre petit ami ! ( Aux deux aînés.) Que marmottez-vous encore tous deux? Il me semble que vous devriez m' aider à me divertir.
dupré l'aîné. — Fournissez-nous-en l'occasion.
renaud l'aîné. — C'est à celui qui reçoit ses amis de s'occuper de leur amusement.
auguste. — Qu'entendez-vous par-là, M. Renaud?