‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 3 sur 264 · LES QUATRE SAISONS · texte numérisé non relu

LES QUATRE SAISONS

Ah ! si l'hiver pouvait durer toujours! disait lepetit Fleuri au retour d'uneeourse fie traîneaux , en s'amusaut dans le jardin à fui nier des hommes de neige. M. Gombault, son père, l'entendit, et lui dit : Mi. u fils . tu me ferais plaisir d'écrire ce souhait sur mes tablettes. Fleuri récrivit d'une main lieinbloitante de froid.

L'hiver s'écoula, et le printemps survint.

Fleuri se promenait avec son père le long d'une plate-feude . Ol fleurissaient des jacinthes . des aurieutee h des narcisse, il était transporté de joie en respirant leur parfum, et en admirant leur fraî-

cheur et leur éclat. Cesonl les productions du printemps , lui dit M. Gombault : elles sont brillantes, mais d'une bien courte durée. Ah ! répondit Fleuri , si c'était toujours le printemps !

Voudrais-tu bien écrire ce souhait sur mes tablettes? Fleuri l'écrivit en tressaillant de joie.

Le printemps fut bientôt remplace par l'été. .

Fleuri , dans un beau jour. alk* se promener avec ses parens et quelques nnupagnons de son âge, dans un village voisin. Ils trouvaient sur la route, tantôt des blés verdoyans . qu'un vent léger faisait

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rouler eu ondes comme une mer doucement agitée , tantôt des prairies entaillées de mille fleurs. Ils voyaient de tous côtés bondir de jeunes agneaux, et des poulains pleins de feu faire mille gambades autour de leurs mères. Ils mangèrent des cerises, des fraises et d'autres fruits de la saison , et ils passèrent la journée entière à s'ébattre dans les champs.

N'est - il pas vrai , Fleuri , lui dit M. Gombault, en s'en retournant à la ville , que l'été a aussi ses plaisirs?

Oh ! répondit-il , je voudrais qu'il durât toute l'année ! et, a la prière de son père , il écrivit encore ce souhait sur ses tablettes.

Enfin l'automne arriva.

Toute la famille alla passer un jour en vendanges : il ne faisait pas tout-à-fait si chaud que dans l'été ; l'air était doux et le ciel serein ; les ceps de vigne étaient chargés de grappes noires , ou d'un jaune d'or ; les melons rebondis , étalés sur des couches , répandaient une odeur délicieuse ; les branches des arbres courbaient sous le poids des plus beaux fruits. Ce fut un jour de régal pour Fleuri , qui n'aimait rien tant que les raisins , les melons et les figues. Il avait encore le plaisir de les cueillir lui-môme.

Ce beau temps , lui dit son père , va bientôt passer : l'hiver s'achemine à grands pas vers nous pour rappeler l'automne.

Ah ! répondit Fleuri , je voudrais bien qu'il restât en chemin , et que l'automne ne nous quittât jamais.

m. gombault. — En serais-tu bien content , Fleuri ?

fleuri. — Oh ! très-content , mon papa ; je vous en réponds.

Mais , repartit son père , en tirant ses tablettes de sa poche , regarde un peu ce qui est écrit ici. Lis tout haut.

fleuri lit. « — Ah ! si l'hiver pouvait durer toujours! »

m. gombault. — Voyons à présent quelques feuillets plus loin.

fleuri ut. — « Si c'était toujours le printemps ! »

m. gombault. — Et sur ce feuillet-ci , que trouverons-nous?

fleub.1 lit. « Je voudrais que l'été durât toute l'année ! »

m. gombault. — Reconnais-tu la main qui a écrit tout cela?

fleuri. — C'est ia mienne.

M. gombault. — Et que viens-tu de souhaiter à l'instant même?

fleuri. — « Que l'hiver s'arrêtât en » chemin, et que l'automne ne nous quil- » tât jamais. »

m. gombault. — Voilà qui est assez singulier. Dans l'hiver, lu souhaitais que ce fût toujours l'hiver ; dans le printemps, que ce fût toujours le printemps ; dans l'été , que ce fût toujours l'été ; et tu souhaites aujourd'hui , dans l'automne , que ce soit toujours l'automne. Songes-tu bien à ce qui résulte de cela ?

fleuri. — Que toutes les saisons de l'année sont bonnes.

m. gombault. — Oui , mon fils , elles sont toutes fécondes en richesses et en plaisirs ; et Dieu s'entend bien mieux que nous , esprits limités que nous sommes, à gouverner la nature.

S'il n'avait tenu qu'à toi l'hiver dernier, nous n'aurions plus eu ni printemps, ni été, ni automne. Tu aurais couvert la terre d'une neige éternelle, et tu n'aurais jamais eu d'autres plaisirs que de courir sur des traîneaux et de faire des hommes déneige. De combien d'autres jouissances n'aurais-tu pas été privé par cet arrangement!

Nous sommes heureux de ce qu'il n'est pas en notre pouvoir de régler le cours de la nature. Tout serait perdu pour notre bonheur , si nos vœux téméraires étaient exaucés.

L AMI DES BNFAKS.

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