‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 53 sur 264 · LES TULIPES · texte numérisé non relu

LES TULIPES

Lucette avait vu, pendant deux étés de suite , dans le jardin de son père, une planche de tulipes bigarrées des plus belles couleurs. Semblable au papillon léger, elle avait souvent voltigé de fleur en Ileur , uniquement frappée de leur éclat, sans jamais s'occuper de ce qui pouvait les produire.

L'automne dernier , elle vit son père qui s'amusait à bêcher la terre de la plate-bande , et y enfonçait des ognons. Ah , mon papa! s'écria-t-elle d'une voix plaintive, que faites-vous? Gâter ainsi toute notre planche de tulipes ! et au lieu de ces belles fleurs , y mettre de vilains ognons pour la cuisine I

Son père lui répondit qu'il savait bien ce qu'il avait à faire : et il allait lui apprendre que c'était de ces ognons que sortiraient l'année suivante des tulipes nouvelles ; mais Lucette l'interrompit par ses plaintes , et ne voulut rien écouter. Comme son père vit qu'il n'y avait pas

moyen de lui faire entendre raison , il la laissa s'apaiser d'elle-même , et continua son travail , tandis qu'elle se retirait en gémissant.

Toutes les fois que, pendant l'hiver , la conversation tomba sur les fleurs, Lucette soupirait ; et elle pensait en ellemême qu'il était bien dommage que son père eût détruit le plus bel ornement de son jardin.

L'hiver acheva son cours ; et le printemps vint balayer de la terre la neige et les glaçons.

Lucette n'était pas encore allée au jardin. Eh! qui pouvait l'y attirer, puisqu'il ne devait plue lui offrir sa superbe parure?

Un jour cependant elle y entra sans réflexion. Dieu ! de quels transports de surprise et de joie elle fut agitée, lorsqu'elle vit la planche de tulipes plus belle encore que l'année précédente !

Elle resta d'abord immobile et muette

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