LE KID DE MOINEAUX
Le petit Robert aperçut un jour un nid de moineaux sous le bord du toit de sa maison. Aussitôt il courut chercher ses sœurs , pour leur faire part de sa découverte ; et ils cherchèrent ensemble comment ils pourraient se rendre maîtres de la couvée.
11 fut convenu entre eux, qu'il fallait attendre que les petits se fussent couverts de leurs premières plumes ; qu'alors Robert appliquerait une écbelle à la muraille , et que ses sœurs la tiendraient par le pied , tandis qu'il grimperait eu haut pour atteindre le nid.
Lorsqu'ils jugèrent que les oisillons s'étaient bien emplumés , ils se mirent en devoir d'exécuter leur projet. Le succès en fut heureux. Tls trouvèrent dans le nid trois petits. Le père et la mère jetaient des cris plaintifs, en se voyant enlever leurs enfans qu'ils avaient eu tant de peine à nourrir ; mais Robert et ses
sœurs étaient si transportés dejoie, qu'ils ne firent aucune attention à ces plaintes.
Ils se trouvèrent d'abord un peu embarrassés sur l'usage qu'ils devaient faire de leurs prisonniers. Adeline , la plus jeune, d'un caractère doux et compatissant, voulait qu'on les mît dans une cage. Elle se chargeait d'en avoir soin , et de leur donner tous les jours leur nourriture. Elle peignit vivement à son frère et à sa sœur le plaisir qu'ils auraient de voir et d'entendre ces jeunes oiseaux, lorsqu'ils seraient devenus grands.
Cette proposition fut combattue par Robert. 11 soutint qu'il valait mieux les plumer tout vifs , et qu'il y aurait bien plus de plaisir à les voir sautiller tout nus dans la chambre , qu'à les voir tristement renfermés dans une cage.
Cécile, qui était l'aînée, se déclara pour l'avis d' Adeline. Robert s'ob5lV,oa dans le sien. Enfin , comme les deux petites filles
I, AMI J)KS E.VPANS.
virent que leur frère ne voulait poiut céder, et que d'ailleurs il tenait le nid en son pouvoir, elles consentirent a tout ce qu'il voulait.
Il n'avait pas attendu leur aveu pour commencer son exécution. Il avait déjà plumé le premier. En voilà un de déshabillé, dit-il en le mettant à terre. Dans un moment, toute la petite famille fut dépouillée de ses plumes naissantes. Les pauvres hèles jetaient des cris douloureux , elles tremhlottaient, elles agitaient tristement leurs ailes; mais Robert, au lieu de se laisser attendrir par leurs souffrances, ne borna pas là ses persécutions. Il les poussait du pied pour les faire avancer ; et lorsqu'elles faisaient une culbute, il faisait de grands éclats de rire. A la lin , ses sœurs se mirent à rire avec lui.
Tandis qu'ils se livraient à cet amusement barbare, ils virent de loin venir lenr précepteur. I'st ! chacun met un oiseau dans sa poche , et se sauve à toutes jambes.
Hé bien ! leur cria le précepteur, où allez-vous? approchez.
Cet ordre les obligea de s'arrêter. Ils s'avancèrent lentement, et les yeux baissés vers la terre.
le précepteur. — Pourquoi donc fuyez- vous à ma présence ?
robert. — C'est que nous étions en train déjouer.
le précepteur. — Vous savez que je ne vous ai pas interdit les amnsemens, et que je n'ai jamais tant de plaisir que lorsque je vous vois bien joyeux.
robert. — Nous avions peur que vous ne vinssiez nous gronder.
le précepteur. — Est-ce que je vous gronde lorsque vous prenez une récréation innocente? Vous avez (ail . je le vois, quelques malices. Pourquoi avezvons tous jtne main dans la poche? je veui savoir ce que c'est. Présentez-moi
votre main et ce que vous y tenez. [ib présentait chacun leur ma'm avec un oiseau plumé.
le précepteur , avec un mouvement mêlé de pitié et d'indignation. Et qui vous a donné l'idée de traiter de la sorte ces pauvres petites bêtes?
robert. — C'est qu'il est si drôle de voir sauter des moineaux sans plumes!
le précepteur. — Vous trouvez donc bien drôle de voir souffrir d'innocentes créatures, et d'entendre leurs cris douloureux?
robert. — Non , certainement ; mais je ne croyais pas que cela les fit souffrir. le précepteur. — Eh bien! appréciiez . je veux vous en convaincre. (// lui tire quelques cheveux.) robert. — Ave ! aye!
le précepteur. ■ — Est-ce que cela vous fait mal ?
robert. — Vous croyez donc que cela fait du bien . d'arracher des cheveux?
lb précepteur, — Bon! il n'y en a qu'une douzaine.
robert. — Mais c'est trop.
le précepteur. — Que serait-ce donc si l'on vous arrachait toute la chevelure? Concevez-vous la douleur que vous en ressentiriez? Voila cependant le supplice que vous avez fait endurer à ces pauvres oiseaux . qui ne vous avaient fait aucun mal. Kl VOUS, mesdemoiselles. VOUS qui êtes nées avec un cœur plus sensible, vous l'avez souffert !
Les deux petites fdles étaient restées
del i en silence; mais en entendant ces
dernières paroles , accablées du reproche, ell.s allèrent s'asseoir, et des larmes roulèrent dans leurs yeux.
Le précepteur remarqua leurs regrets; il en fut louché . et ne leur dit plus rien.
Hubert ne pleurait pas: et il chercha
.\ K jnstiOer de Cette manière : .le ne croyais pas leur faire du mal; ils ne ces-