I. AMI DES KNFANS
saient pas de chanter, et ils battaient des ailes comme s'ils avaient du plaisir.
le précepteur. —Vous appelez leurs cris des chansons? Mais pourquoi chantaient-ils?
robert. — Apparemment pour appeler leur père et leur mère.
le précepteur. — Sans doute. Et lorsque leurs cris les auraient attirés , que voulaient-ils leur témoigner en battant des ailes?
robert. — Je ne le sais pas trop.
C'était peut-être pour leur demander du secours.
le précepteur. — Vous l'avez dit.
Ainsi , si ces oiseaux avaient pu s'exprimer en langue humaine , vous les auriez entendus s'écrier : «Ah ! mon père et ma » mère, sauvez-nous. Nous sommes mal- <( heureusement tombés entre les mains » d'enfants barbares , qui nous ont arra- ■> ché toutes nos plumes. Nous avons froid, » nous souffrons. Venez nous réchauffer
» et nous panser, ou nous allons moua rir. »
Les petites fdles ne purent y tenir plus lorig-temps. Elles cachèrent , en sanglotlant, leur visage dans leur mouchoir.
C'est toi, Robert, dirent-elles , qui nous as poussées h cette méchanceté. Nous en avions horreur.
Robert lui-même sentit, en ce moment , toute sa faute. Il en avait déjà été puni par les cheveux que son précepteur lui avait arrachés : il le fut bien plus encore par les reproches de son cœur. Le précepteur crut n'avoir pas besoin d'ajouter a ce double châtiment. Ce n'était pas en effet par un instinct de cruauté , mais seulement par un défaut de réflexion , que Robert avait commis ces meurtres. La pitié qu'il prit , dès le moment , pour toutes les créatures plus faibles que lui , ouvrit son cœur aux sentimens de bienfaisance et d'humanité, qui l'ont animé tout le reste de sa vie.