‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 69 sur 264 · M. DE MELFORT, CHARLES · texte numérisé non relu

M. DE MELFORT, CHARLES

Charles. — Que me voulez-vous, mon papa ?

m. de melfort. — D'où viens-tu? n'étais-tu pas dans ta chambre?

charles. — Notre précepteur est sorti;

U AMI DES ENFA.NS

SaiffWirmin était descendu. Après avoir travaillé tout l'après-midi, je aie suis ennuyé d'être seul.

m. de melfobt. — Que n'es-tu allé joindre , comme Saiut-Firmin , la petite société que j'ai trouvée chez ta sœur?

charles. — C'est ce que j'ai fait aussi ; mais ces demoiselles se sont si mal comportées envers moi...

m. de MELFoitT. — Comment donc ? tu m' étonnes.

Charles. — D'abord elles ont pris du thé. mais sans vouloir m'en donner une goutte : elles m'ont fait au contraire toutes sortes de malices. Saint Firmin a ramassé dans la rue un petit mendiant pour leur jouer du violon. 11 lui a donné du gâteau qu'on leur avait servi , émoi, pas un morceau. On a dansé; aucune de ces demoiselles n'a voulu danser avec moi , quoiqu'elles fussent trois, et qu'il n'y eût d'autre cavalier que Saint-Firmin. Qu'aurais-je fait ici? je suis descendu sur la porte, pour voir passer le monde.

m. de melfort. — Sur la porte seulement? Que s'est-il donc passé au coin de la rue entre le petit musicien et toi? Certaines gens m'ont dit que tu l'avais battu, que tu avais brisé son violon, et qu'il s'en était allé en pleurant.

charles. — Cela est vrai, mon papa ; et si je n'avais pas eu le cœur aussi bon , j'aurais appelé h garde pour le faire mettre au cachot. Fcoutez-moi un peu. Lorsque je l'ai \u sortir d'ici, je me suis dit: Il faut que tu donnes aussi quelque chose a ce petit malheureux pour sa peine ; car je sais que Saint-Firmin n'a rien a lui , et qu'un mendiant u'esl pas bien payé ave/- un morceau de gâteau. J'ai pris dans ma bonne quelque monnaie que je lui ai donnée : et il a tiré un mouchoir pour l'y nettre. Je m'aperçois que c'est un mouchoir de rua so-ur; voyez la marque. Je l'ai priéde nie le rendre de bonne grâce : il ne l'a pas voulu. Je l'ai pris au colle! :

nous avons lutté ensemble, et par hasard j'ai mis le pied sur son violon.

M. de melfort , avec colère. — Cessez , lâche menteur , je ne peux plus vous écouter.

charles s'approche de lui, et veut lui prendre la main. — Mais , mon cher papa, pourquoi êles-vous fâché ?

m. de melfort. — Fuis, méchant , •ôte-toi de mes yeux , tu me fais horreur. ( Il fait sortir les en fans du cabinet. )

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