‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 84 sur 264 · L'OISEAU DU BON DIEU · texte numérisé non relu

L'OISEAU DU BON DIEU

Mme DE MONVAL , PAULINE ET EUGÉNIE , ses filles.

Mme de monval. — Où as-tu doue mis ton argent , Eugénie ?

eugénie. — Je l'ai donné , maman.

Mme de monval. — Et à qui, ma fille?

eugénie. — A un méchant petit garçon.

Mrae de monval. — Pour qu'il devînt meilleur , sans doute?

eugénie. — Oui , maman. N'est-il pas vrai que les oiseaux appartiennent au bon Dieu?

Mmc de monval. — Oui, comme nousmêmes , et toutes les autres créatures qu'il a fait naître.

edgénie. — Eh bien ! maman , ce malin garçon avait dérobé un oiseau au bon Dieu , et il le portait pour le vendre. Le pauvre oiseau criait de toutes ses forces, et le petit méchant l'a pris par le bec pour l'empêcher de crier. Apparemment il avait peur que le bon Dieu ne l'entendit, et ne le châtiât lui-même pour sa méchanceté.

Mme de MONVAL. — Et toi, Eugénie?

eugénie. — Moi . maman . j'ai donné mon argent au petit garçon , afin qu'il

rendit au bon Dieu son oiseau. Je crois que le bon Dieu en aura été bien aise. (Elle saute de joie.)

Mme de monval. — Sûrement, il sera bien aise de voir que mon Eugénie ait un bon cœur.

eugénie. — Le petit garçon peut avoir fait cette malice parce qu'il avait besoin d'argent.

Mme de monval. — Je le crois aussi.

eugénie. — Je suis donc bien aise de lui avoir donné celui que j'avais, moi qui n'en avais pas besoin.

rAULiNE. — Nous avons eu la-dessus une petite dispute , maman. Eugénie a donné, sans compter, toute sa bourse, et il y avait bien de quoi payer dix oiseaux. Je lui ai dit qu'il aurait fallu d'abord demander au petit garçon ce qu'il voulait avoir , pour faire son prix.

eugénie. — Qui de nous deux a raison, maman?

Mmc DE MONVAL. — Ce n'est pas (OUt-

à-fait toi , mon cœur.

eugénie. — Mais ne m as-tu pas enseigné qu'il ne fallait jamais balancer à faire le bien ?

m"1' de monval. — Je l'ai dit qu'il

L AMI DES ENFAKS.

fallait être toujours décidé a le faire, mais qu'il fallait aussi chercher les moyens de le faire le plus utilement qu'il serait en notre pouvoir. Par exemple, aujourd'hui, puisque tu avais plus d'argent qu'il n'en fallait pour racheter le pauvre oiseau , il fallait réserver le reste pour une pareille occasion. Car s'il était venu d'autres petits garçons avec des oiseaux du bon Dieu, et que lu n'eusses plus eu d'argent , là , voyons , qu'aurais-lu fait?

eugénie. — Maman , je serais venue t'en demander.

Mme de monyal, — Et si je n'en avais pas eu moi-même?

Eugénie. — Àh ! tant pis.

Mme de monval. — Tu vois donc que ta sœur te donnait un sage conseil. Il ne faut pas ménager seulement pour soi , mais encore pour les autres , afin d'être en état de faire plus de bien. Crois-lu

qu'il n'y eût que cet oiseau dans le monde à qui tu pouvais donner des secours?

Eugénie. — Ah ! je ne pensais qu'à lui dans ce moment. Si tu avais vu comme il avait l'air de souffrir ! Si tu l'avais vu ensuite comme il paraissait content quand on lui a donné la volée ! il était si étourdi de sa joie , qu'il ne savait où aller s'abattre. Mais le petit garçon m'a bien promis qu'il ne chercherait pas à le rattrapper.

Mmc de monval. — Tu as toujours fait le bien, ma fille, et, en récompense, voici ton argent.

eugénie. — 0 maman ! je te remercie.

Mmc de monval. — Voilà encore un baiser par-dessus le marché. Que je me réjouis d'être ta maman ! Avec le goût que tu as pour le bien , il ne te manque plus que de savoir le faire avec prudence pour être la plus heureuse petite personne de l'univers.

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