‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 87 sur 264 · LE BOUQUET QUI NE SE FLÉTRIT JAMAIS · texte numérisé non relu

LE BOUQUET QUI NE SE FLÉTRIT JAMAIS

agathe. — Eh! bonjour, ma chère Eugénie. C'est une excellente idée que tu as eue de venir me voir aujourd'hui.

Eugénie. — Maman vient de me permettre de passer tout le reste de la soirée avec toi.

agathe. J'en suis bien charmée; le temps est si beau ! Il me semble que nos amis nous en deviennent plus chers, quand la nature est riante.

Eugénie. — Je le sens aussi. Tiens, donne-moi la main. Comme nous allons jaser et courir ensemble !

agathe. — Veux-tu commencer par faire quelques tours dans le bosquet?

Eugénie. — Vraiment oui , c'est fort bien pensé. Nous pourrons y causer plus a notre aise.

agathe. — Je te demande seulement la permission de m' asseoir quelquefois pour travailler à mon ouvrage.

eugénie. — A la bonne heure. Je t'aiderai même , si tu veux.

agathe. — Oh , non , je te remercie.

Je ne voudrais pas qu'il y eût un seul point d'une autre main que delà mienne.

eugénie. — Je vois que c'est pour en faire un cadeau.

agathe. — Tu l'as deviné.

eugénie. — Et l'ouvrage presse donc beaucoup ?

agathe. — Tu sais que c'est le 4 de ce mois le jour de Sainte-Rosalie. Je ne me consolerais de ma vie, si ce tablier de filet n'était fait pour ce jour-là.

eugénie. — Rosalie , dis-tu ? Je ne connais personne de ce nom-là parmi toutes les demoiselles de notre société.

agathe. — C'est pour une de mes amies particulières ; oh I une tendre et excellente amie , à qui je dois peut-être tout mon bonheur.

eugénle. — Et comment cela, s'il te plaît , ma chère Agathe? Je meurs d'envie de le savoir.

agathe. — Dis-moi, Eugénie , n'aslu pas remarqué , depuis ton retour , un grand changement dans mon caractère?

eugénie. — Puisque tu veux que je te dise , j'en conviendrai franchement avec toi : je ne te reconnais plus. Comment as-tu fait pour changer à ce point? Lorsque je te quittai, il y a quinze mois, pour aller passer un an chez ma tante, tu étais vaine et acariâtre. Tu offensais sans pitié tout le monde , et la moindre familiarité te paraissait un outrage. Aujourd'hui tes manières sont simples et prévenantes. Tu as un air de complaisance et d'affabilité qui te gagne tous les cœurs. Je t'avouerai que moi-même je t'aime cent fois plus que je ne t'aimais alors. Tu prenais quelquefois des airs de hauteur qui me révoltaient. Il me venait à chaque instant l'idée de rompre avec loi; au lieu qu'à présent je goûte un plaisir inexprimable dans ton entretien. Et ce qui achève de me ravir , c'est que tu as l'air d'être beaucoup plus heureuse.

agathe. — Je le suis aussi, ma chère

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