‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 98 sur 264 · MATHILDE · texte numérisé non relu

MATHILDE

Vous vous souvenez encore , mes chers amis, des violentes chaleurs qui ont régné cet été. Je ne me les rappelle moi-môme qu'avec chagrin , parce qu'en abattant mes forces, elles m'ont empêché, pendant quelque temps , de répondre à votre flatteuse impatience. Pour vous dédommager de ce retard involontaire , je vais vous raconter un trait intéressant, auquel elles ont donné occasiou.

J'étais à Windsor chez une jeune dame, qui, par les principes éclairés qu'elle transmet à ses enfans , justifie si bien le choix qu'on a fait de sa respectable mère pour présider à l'éducation d'une auguste famille. Nous nous amusions à de petits jeux de société, lorsqu'il survint un orage furieux. Le tonnerre roulait avec un fracas épouvantable , dont toute la maison était ébranlée, tandis que les éclairs semblaient à chaque instant l'embraser. Une jeune demoiselle de la compagnie ne put

se défendre de quelque émotion. On entendait aussi les cris d'effroi d'une femme-de-chambre. Au milieu de ce trouble, la petite Mathilde avait disparu. Sa mère qui passait dans la chambre voisine, l'aperçut agenouillée dans un coin.

la mère. — Que faites-vous-là , ma fille?

matkilde. — Oh 1 rien, maman.

la mère. — Est-ce que vous êtes effrayée de l'orage?

mathilde. — Non, maman, vous m'avez appris à ne pas le craindre , et vous avez bien vu que je ne le craignais pas tout-à-l'heure.

la mère. — Pourquoi donc êtes-vous à genoux ?

mathilde. — C'est que j'ai vu frissonner Elise, j'ai entendu crier Kitty ; cela m'a fait de la peine. Je priais Dieu pour olles , et pour tous ceux qui ont peur.

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