SCÈNE MU
M. DE VERVILLE , THIBAUT , MARGUE- RITE, JEANNETTE portant des deux mains une cage à poulets, et LOUISON tenant d'une main des œufs dans une corbeille, et relevant de l'autre les coins de son tablier, où sont quelques poi- , gnées de petite monnaie.
Jeannette pose la cage aux -pieds de M. de VerviUe, Louuon y met aussi sa corbeille; puis elle prend le chapeau de M. de Vervîlle, et ij jette à pleines mains Purgent qu'elle a dans son tablier , et le lui présente.
LouisoN. — Tenez, monseigneur, voilà tout ce que nous possédons. Nos
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ponk'ls , nos œufs i-l iioiic argoiil. Nous non avons pas dava\ila<|o. K'csl-ce pas, Joannclle?
JEANNETTE. — NoH , 011 vélUé , VOUS
l>onvcz nous en croire. Nous n'avons pas aulre chose.
liiiBAUT , jelanl les yeux sur le chapeau, par-cLessus l'épaule de M. de Verville. — Tanl d'argeul ! Et comment vous est- il venu ?
LOLisoN. — Des poulets do ma sœur , de mes œufs et de mes bouquets , que ma mère a vendus pour nous à la ville.
JEANNETTE. — C'étaient nos premières épargnes pour commencer à nous entretenir. Mais nous les donnons bien volontiers pour toi.
LouisoN . — Oh, oui ! c'est de tout notre cœur.
TFiiBALT, avec transport. — Je les reçois de même. Jamais argent ne m'a fait tant de plaisir ! Allons , monseigneur , autant de remboursé. {Aux enfctiis. ) Que je me réjouis, mes chères ûUes , de vous voir penser comme vos parens !
M. DE VERVILLE. — Eh quoi ! c'est de vous-mêmes que vous faites cela ?
JEANNETTE. — Puisquc mou père n'est pas en état de vous satisfaire tout seul , il faut bien l'aider de tout notre pouvoir.
M. DE VERVILLE. — Ah! Thibaut,
que tu es heureux dans Ion malheur ! La tendresse de tes enfans te dédommage mille fois de tes perles. [A Jeannette et à Louison.) Non, mes chères amies, je ne vous dépouillerai pas de votre première richesse. Reprenez tout ce que vous m'avez offert de si bonne grâce. Je n'ai de comptes à régler qu'avec votre père.
THIBAUT. — Laissez-les faire : elles n'y ont pas de regret.
M. DE VERVILLE. — Et toï, n'en as-tu point de leur voir perdre leur petite fortune?
THIBAUT. — Comment donc, monseigneur ! rien de si naturel et de si doux que de recevoir des secours de ses enfans. Je serais aussi riche que le roi, que tout ce que je posséderais serait 'a eux. Quand je n'ai rien , tout ce qu'ils ont est à moi. Chacun pour tous les autres , c'est quitte 'a quitte. ( Aux enfans. ) Vous voulez bien toujours payer pour nous, n'est-ce pas?
JEANNETTE , en lu'i Serrant tes mains.
— Ah , mon père ! '
LOUISON. — Je voudrais que nous eu
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eussions ccul fois davantage. Nous donnerions tout avec le même plaisir.
THIBAUT. — Vous les entendez , monseigneur ?
M. DE VERviLLE. — Et mol , je ue le recevrais point , fût-il mille fois plus considérable. [ALouison.) Tiens, ma chère petite, reprends ton trésor , je t'en prie. (// veut renverser l'argent qui remplit son chapeau dans le tablier de Louison : elle refuse de le recevoir. Enfin , après bien des instances de M. de Vei-ville , elle fait semblant d'ij céder, et prend le chapeau , mais elle va le poser sur la table , à côté des autres effets, et lui dit en s' éloignant:) Vous le trouverez la avec ton t'ie reste.
M. DE VERVILLE , se rstournaut vers elle. — Que fais-tu donc? attends, attends.
LocisoN. — Je ne veux seulement pas vous écouter. Viens, Jeannette. {Elles sortent l'une et l'autre en sautant. )