LES CH&TS
M. DE VERTEDIL, ADRIEN , son fus.
ADRIEN. — Mon papa, n'est-ce pas une souris que le chat lient entre ses pattes ?
M. DE VERTEUIL. — Oui , mon fils ; c'est un ennemi dont il vient de nous délivrer. Les souris et les rats font un grand dégât dans une maison , en rongeant les tapis et les meubles. Nous ne pourrions guère les attraper nous-mêmes , parce qu'ils sont plus agiles que nous ; et le chat nous rend un grand service en les détruisant.
ADRIEN. — Je crois qu'il ne songe guère à nous lorsqu'il les attrape, il ne pense qu'au j.'laisir qu'il aura de les manger.
M. DE VERTEUIL. — Tu as raisou. Cependant ce service ne nous est pas moins utile; le chat est d'ailleurs un joli animal; il n'est pas aussi caressant que le chien ; il est même d'un naturel un peu sauvage ; mais il e«t assez patient pour rester une heure entière immobile au guet d'une souris , jusqu'à ce qu'il la voie paraître. Il sait aussi se poster toujours avec tant d'avantage , que d'îin seul bond il peut sautersur son ennemi et le saisir. .\'as-tu jamais vu dans le jardin notre chat se tenir au guet p;;ur attraper des oiseaux ?
ADRIEN. — Oui , mon papa; mais alors je le chasse et je lui dis : Va-t'en , Minet ; je ne veux p. s que tu prennes les jolis oiseaux.
M. DE VERTEUIL. — C'cst fort bien fait ; le chat n'est au logis que pour prendre les souris et les rats. Les oiseaux ont un si joli ramage et font tant de plaisir dans un jardin ! Il ne faut pas que les chats les mangent.
ADRIEN. — Et puis , Minet n'est pas à plaindre. Je prends moi-même le soin de le bien nourrir,
M. DE VERTEUIL. — En effet, j'ai souvent observé qu'il va s'adresser à toi de préférence , pour avoir quelque chose à manger.
ADRIEN. — 0 mon papa ! ilest si gentil ! Et pour son adresse , elle est incroyable. Lorsqu'il saule sur une table où il y a des carafes , des bouteilles , des verres et des salières, pourvu qu'on ne lui fasse pas do peur, ou qu'où ne le chasse pas brusquement, il court au milieu de tout cela sacs jamais rien casser.
M. DE VERTEUIL. — Il est vrai. Je ne connais point d'animal plus souple. Mais croirais-tu que j'ai vu un chat boire du lait dans un vase où il ne pouvait pas fourrer le museau ?