LE LUTH DE LA MONTAGNE
Du sommet le plus élevé de ces hautes montagnes qui dominent la ville de B.... je contemplais le paysage immense offert de tous côtés à mes regards. Bientôt les derniers chants des oiseaux m'avertirent qu'il fallait songer à la retraite. Déjà le soleil caché derrière le sommet de la montagne opposée ne frappait de ses rayons dor que les nuages flotlans sur la cime chevelue des arbres qui la couronnent. Je descendais lentement . avec le regret de voir se rétrécir à chaque pas ce vaste horizon , dont mes regards ne pouvaient dabord embrasser l'étendue. Le crépuscule commençait à étendre ses ombres
transparentes, qui se rembrunissaient par degrés, jusqu'à ce que la reine des nuits vînt de nouveau tout éclairer des traits argentés de sa lumière. Je m'assis un moment pour jouir encore de ce spectacle.
Les nuages s'étaient dissipés. Rien n'interceptait mes regards dans toute l'étendue des cieux. Je parcourais d'une vaste pensée ces espaces infinis. L'air était frais, sans que le moindre zéphyr l'agitât de son souffle. Toute la nature était plongée dans un profond silence , animé seulement par le murmure léger d'une source lointaine. Etendu sur la mousse, jaurais peut-être attendu dans une agréable rêverie le re-
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tour du soleil , lorsque les sons d'un lulh, mêlés aux acceus d'une voix ravissante , vinrent frapper mon oreille. Je pensai d'abord que mon imagination se jouait de mes sens enivrés , et j'éprouvais le plaisir de me croire transporté par un songe dans ua séjour d'enchantement.
Cette douce illusion fut bientôt combattue par des sons nouveaux. Un luth sur la montagne, m'écriai-je, en me levant incertain encore I Je tournai les yeux du côté d'où partait la voix, et j'aperçus à travers la verdure noirâtre des arbres, les murs blanchis d'une cabane peu éloignée. Je m'en approchai , le cœur palpitant. Quelle fut ma surprise en voyant un jeune paysan tenant un luth qu'il touchait avec la plus graude légèreté ! Une femme assise à sa droite le regardait d'un œil plein de tendresse. A leurs pieds, sur le gazon , étaient de jeunes garçons et de jeunes fllles, des femmes et des vieillards, tous dans une attitude d'admiration et de recueillement. A mon approche, tout le monde se leva , et vint se ranger en cercle autour de moi. Je dis en peu de mots ce qui m'avait attiré dans ces lieux , et comment je m'y trouvais si tard. Nous n'avons point ici d'hôtellerie , me répondit le jeune paysan : notre hameau n'est pas sur la grande route. Mais si vous ne craignez pas de coucher dans une pauvre cabane , nous tâcherons de vous y bien recevoir. Si j'avais été frappé de son exécution facile sur le luth , et du goût de son chant, je le fus bien plus encore de la politesse de ses manières , de la pureté de son langage , et de l'aisance avec laquelle il s'exprimait. — Vous n'êtes pas né dans un hameau? lui dis-je avec surprise. — Je vous demande pardon, me répondit-il en souriant. Je suis même de celui-ci. Mais vous devez être fatigué. George , apporte une chaise pour notre hôte. Excusez , je vous prie , monsieur ; je dois encore aujourd'hui une romance à mes bons voisins.
Je refusai la chaise, et je me jetai comme les autres sur le gazon. Tout le monde se rassit, et reprit le silence.
Le jeune paysan se mit aussitôt à chanter , en s'accompagnant , une romance populaire ; et il la chantait avec une expression si tendre et si naïve, que dès les premiers couplets, les larmes vinrent aux yeux de toute l'assemblée. J'enviai dans ce moment le génie du poète rustique, capable de produire de si vives impressions sur des âmes peu cultivées. J'aimais à voir comme les beautés franches et naturelles se font sentir à tous les hommes. Aucun des traits pathétiques ne fut perdu-, et au dernier , qui était le plus touchant, je n'entendis autour de moi que des soupirs et des sanglots étouffés.
Après quelques minutes de silence , chacun se retira en essuyant ses yeux. Il ne demeura qu'un vieillard que je n'avais pas remarqué , le jeune paysan , la femme assise auprès de lui , George , dont j'avais retenu le nom, et moi.
— Mon cher monsieur, me dit ce vieillard, vous êtes, à ce qu'il me paraît, content de nos plaisirs de la soirée? Je suis bien aise que vous ayez pris si vite de l'amitié pour mon Valentin. Pour cela, vous coucherez cette nuit dans mon lit. — Non , non, mon père,interrompitGeorge, qui revenait en courant. Je viens de m'arranger deux bottes de paille dans la grange. C'est dans mon lit , s'il vous plaît, que monsieur voudra bien coucher. Il me fallut céder à ses invitations pressantes. Il prit sous le bras le vieillard qu'il conduisit dans la cabane. Je me trouvai seul avec Valentin et la jeune paysanne, son épouse. Je leur demandai si , par complaisance pour moi , ils ne voudraient pas encore passer un quart d'heure à nous entretenir au clair de la lune. — Très-volontiers , monsieur, répondit Louise , un peu vaine de l'attention avec laquelle j'observais son
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mari. — De tout mon cœur, ajouta Valenlin, qui voyait le désir de sa femme.
— Depuis combien de temps , meschers amis, leur dis-je , en prenant la main do Louise , jouissez-vous du bonliour que je \ ous vois goûter ? — Depuis six mois , répondit-elle , et il y en aura bientôt neuf que Valentin est de retour de ses voyages. — Vous avez donc voyagé, lui dis-je avec un mouvement de surprise? — Oui, monsieur ; jai employé quelques années à parcourir une partie de l'Europe. — Tout (.0 que je vois , tout ce que j'entends de vous , excite en moi le plus vif étonnement. Si vous n'avez point quelque motif secret pour me cacher les événemens de votre vie , ne refusez point , je vous en conjure, de satisfaire macuriosité. — Oh ! oui , mon ami, lui dit naïvement Louise. Ce monsieur paraît le mériter si bien ! Et tu sais que moi aussi , je t'écoute toujours avec tant de plaisir ! Valentin , en souriant , se rendit à nos instances , et fit le récit suivant :
Je suis né dans cette cabane vers la fin de Tannée ^760. J'eus le malheur de perdre ma mère , aussitôt après qu'elle m'eut nourri. Mon père était un des habilans les plus aisés du hameau; mais un procès qu'il eut 'a soutenir conire un riche fermier du voisinage, l'eut bientôt réduit 'a la misère ; et il mourut de douleur , lorsqu'on vint l'arracher de sa cabane pour la vendre au proOt des gens de la justice. Ce vieillard que vous avez vu , et qui est le père de ma Louise , l'acheta , et vint s'y établir. Il eut pitié de me voir orphelin si jeune : il me donna ses brebis 'a garder. Je ne recevais de lui qu'un traitement fort doux ; ses enfans me regardaient comme de leur famille : cependant la perle de mon père , l'abandon où je me trouvais de mes autres parens , l'idée de me trouver étranger dans la cabane où j'avais pris naissance , la vie solitaire que je menais sur la montagne, tous ces sen-
limcns h la fois affligeaient mon cœur , et ma gaieté naturelle se changeait insensiblement dans une profonde tristesse. Je passais des journées entières h pleurer auprès de mon troupeau.
( Ici Louise retira doucement sa main que je tenais dans les miennes , pour essuyer quelques larmes, et me la rendit avec ingénuité. )
Un soir j'étais assis au plus haut de la montagne , et je chantais tristement la romance que vous venez d'entendre. Je vis entre les arbres un homme vêtu de brun , pâle , et d'une figure pleine de mélancolie , qui m'écoutait. Il avait attendu la fin de ma chanson. Alors il s'approcha de moi , et me demanda s'il était bien éloigné du grand chemin. Oh ! oui , mon cher monsieur . lui répondis-je ; il ne passe qu'à une lieue et demie d'ici. — Ne pourrais-tu pas m'y conduire ? — Je le voudrais ; mais je ne peux quitter mon troupeau. — Tes parens n'auraient-ils pas un logement 'a me donner pour cette nuit? — Ah! mes pauvres parens, ils sont bien loin ! — Et où donc ? — Ils ont vécu honnêtement sur la terre , ils sont heureux dans le ciel.
Le son de ma voix avait frappé cet homme; ma réponse acheva de l'intéresser. 11 me fit plusieurs questions , auxquelles j'eus le bonheur de répondre d'une manière dont il parut content. La nuit étant venue, je le conduisis dans notre demeure , où il reçut l'hospitalité. Le lendemain il s'entretint secrètement i avec le père de Louise. Lorsque je me disposais à retourner au pâturage, je vis George qui prenait la conduite de mon troupeau ; et Ton m'annonça que l'étranger m'emmenait avec lui.
Je ne vous dirai point quels furent mes regrets en m'éloijjnant de cette cabane chérie , quoiqu'elle ne fût plus mon héritage, et de Louise que je commençais à aimer, tout enfant qu'elle était. Ma si-
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lualion n'était pas heuieuse, et toutefois je ne partis qu'en versant des larmes amères. Je ne pouvais prévoir que c'était le moment où le bonheur de ma vie allait se décider. Oui, c'est à toi surtout que j'en suis redevable, homme bienfaisant, le généreux protecteur de ma jeunesse!
tu sais auprès de Dieu combien je l'ai prié pour toi pendant ta vie , et avec quels transports de reconnaissance je bénis aujourd'hui ta cendre. 11 se nommait Lafont, et touchait l'orgue d'une paroisse de la ville prochaine. On jugerait mal de ses talens par l'obscurité de son emploi. Les voyageurs se détournaient de leur route pour venir lentendre; mais il recevait froidement leurs éloges, et n'en était que plus modeste. Je doute que dans le cours de vos voyages, vous ayez jamais trouvé un génie plus extraordinaire. Il avait reçu de son père , le plus habile médecin du pays , une éducation qui l'aurait mis à portée de se distinguer dans la même profession. Il aima mieux se livrer à la passion violente qu'il avait conçue pour la musique. 11 s'était marié à la fille de l'organiste dont il occupait la place, et n'avait point eu d'enfans. Sa femme qu'il avait perdue depuis plusieurs années , vivait toujours au fond de son cœur. Cette image et ses livres étaient sa seule société dans la profonde mélancolie qui s'était emparée de lui.
Mais en fuyant les hommes , il ne les haïssait point , et il faisait beaucoup de bien en secret. Il était âgé de ih ans, lorsqu'il me reçut dans sa maison. 11 m'apprit d'abord à lire et à écrire ; il prit plaisir ensuite à cultiver ma voix, et à m'exercer sur le luth, son instrument favori. 11 ne bornait pas ses leçons à la musique ; il me donnait à apprendre par cœur des morceaux choisis de nos meilleurs poètes dont il faisait ses délices. 11 s'étudiait à former "a la fois mon cœur , mon esprit et mon goût. C'est ainsi qu'il
fut pendant cinq ans mon maître assidu , sans attendre de prix pour ses soins, que de celui qui sait le mieux récompenser le bien que l'on fait à ses semblables.
Au milieu de toutes ces occupations , je n'avais pu bannir de mon esprit ni le souvenir de ma cabane, ni celui de Louise, la compagne des jeux de mon enfance. J'en parlais quelquefois avec attendrissement à mon bienfaiteur. Un jour, c'était le premier de mai -1778 , je me le rappellerai toute ma vie , il se leva de bonne heure, et me dit de le suivre dans sa promenade du matin. Il me conduisit , en parlant de choses indifférentes, sur le sommet de cette montagne où je l'avais vu la première fois. Valentin , me dit-il , j'ai rempli les devoirs dont je m'étais chargé devant le ciel, lorsqu'il te remit sous ma conduite. Je sais combien dans le fond de ton cœur tu soupires après ta cabane. Je n'ai eu d'autre but dans ton éducation, que de te mettre en état de la recouvrer. Je viens te la faire voir. Regarde-la ; mais je te défends d'y rentrer avant que tu puisses en devenir le maître. Je te fais présent de mon luth: je t'ai appris à le loucher ; tu as de la voix : voyage. Partout où tu te feras entendre sans autres prétentions que celles d'un musicien ambulant, tu seras le premier de ton genre. La nouveauté de la chose ne te laissera manquer ni d'auditeurs ni d'argent; mais sois économe et sage. Lorsque tu seras assez riche , reviens dans ton pays , et rachète la cabane de ton père.
Le cœur me battait à ce discours ; il s'enflait de joie et d'espérance. M. La font me prit dans ses bras , et me serra contre sou sein en pleurant. C'étaient les premières larmes que je lui avais vu répandre; elles me firent une impression singulière. Il me fit aussitôt retourner sur nos pas, et me ramena dans un profond silence à sa maison.
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Dès le lendemain , au point du jour, il fallut nieséparer de mon bienfaiteur, après ct\ avoir recules plus tendres instructions, et deux louis pour counnencer ma roule. Pendant prés de «jualre ans, j'ai pircouru à pied la France, l'Allemagne et l'Italie, vêtu en paysan de la montagne , et les cheveux flollans en louf;ues boucles comme je les porte aujourd'hui. J'ai observé que la singularité de cet habillement ajoutait beaucoup à l'effet de ma musique, surtout dans les capitales. 11 est peu de seigneurs qui aient voyagé avec autant de plaisir que moi. Partout j'étais bien reçu, m^me au milieu des swiétés les j»lus brillantes. Dans les villes , on d(»nnait des concerts pour m'entendre, et dans les villages , on faisait , je crois , tout exprès des noces pour danser au son de mon instrument. Kn plusieurs endroits on ma fait les offres les plus avantageuses pour m'y retenir. J'en étais séduit un instant ; mais lorsque je pensais à ma cabane , toutes ces idées de fortune s'évanouissaient aussitôt , et il n'en restait plus de traces dans mes projets. Je me rappelle encore de quels mouvemens délicieux j'étais saisi, toutes les f .is que , dans mes courses , une montagne se présentait à mes regards. J'y cherchais des yeux ce hameau. Il me semblait y découvrir ma cabane. L'esprit toujours occupé de cette image , j'essayais d'exprimer mes sentimens ; et voici des couplets qu'ils m'ont inspirés.
Humble cabane de mon père Témoin de mes premiers plaisirs, Du fond d'une terre étrangère, C'est vers toi que vont mes soupirs.
Le jenne tilleul qui t'ombrage , , Kl 11 montîignc et le hameau , De ton agreste paysage 'I out me retrace le tableau.
.l'ai vn devant moi sans envie .S'ouvrir de supcbes palais ; C'est toi , ma cabane chérie , Qui peax remplir tous mes souhaits.
D'où vient cette joie iuquiètc Dont ton nom seul saisit mon ceur, Si dan!> la paisible retraite Le ciel meut tiié mon Iwnbeur.'
J'y vivrai donc libre et tranquille Après tant de pas incertains!
El Louise , en ce doux asile, Viendrait partager mes destins!
O mon luth , qu'avec complaisance Je te sens frémir sous mes doigts !
Si j'obtiens ma double espérance, C'est à tes sons qne je le dois.
Je vais maintenant vous apprendre comment j'ai recouvré celte cabane si désirée.
A la un de l'année dernière, me trouvant a Turin, après avoir traversé deux fois toute ritalie , j'examinai l'état de ma fortune. Je me crus assez riche pour revenir au hameau. Je partis aussitôt; au bout de dix jours j'arrivai dans la ville prochaine. J'y entrai le cœur plein de joie, demandant à toutes les personnes que je rencontrais des nouvelles de mon bienfaiteur. Hélas! je ne devais pas goûter le plaisir de lui témoigner ma reconnaissance : il n'était plus depuis deux mois. J'allai prier sur sa tombe , et j'y fis vœu que mon premier enfant porterait son nom , si j'avais le bonheur de devenir père ! Le même soir j'arrivai dans le hameau. On m'y parla tendrement de moi sans me connaître. Bientôt mon luth et le souvenir de notre ancienne amitié me gagnèrent le cœur de Louise. Son père me donna sa main. J'acUstai de lui la cabane et le champ de mou père pour deux cents écus , avec lesquels son fils aîné alla s'établir au fond de la vallée. Poiu" lui , je le fis consentir 'a rester dans notre ménage avec George, son plus jeune fils. C'est d'eux que j'apprends les travaux de l'agriculture. Aujourd'hui que je possède la cabane de mon père, toute mon ambition est d'être comme lui un bon mari, im bon père et un bon ^Ksan.
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Je n'ai pas abandonné mon luth, ce précieux instrument de mon bonheur. Je le tiens suspendu à côté de ma bêche , et je le reprends quelquefois pour me délasser, ou pour réjouir , comme vous l'avez vu ce matin , ma famille et mes bons voisins. Yalentin s'était arrêté à ces mots, et je croyais l'entendre encore. Mon attention captivée par son récit se tournait insensiblement sur luiaussitôtqu'ill'avait achevé. Sa physionomie ouverte et animée , le contraste de ses habits et de ses discours, son attachement pour la cabane de son père et la mémoire de son bienfaiteur , la singularité de sa destinée , ses voyages et son talent, tout en faisant à mes yeux une espèce d'être enchanté, supérieur aux hommes ordinaires. Louise me tira de ma rêverie par le mouvement qu'elle fit pour se jeter à son cou. Je me joignis à leurs embrassemens , et ils me prodiguèrent les plus aimables caresses. Nous entrâmes dans la cabane , où je fus ravi de voir régner un air d'ordre , d'aisance et de propreté. Après un repas simple, oïl je savourai avec délices les fruits exquis de la montagne, George me conduisit vers un réduit étroit , mais propre et riant, et me montra le lit dont il voulait bien disposer en ma faveur. Je ne tardai guère à y trouver un sommeil profond , dans lequel venaient se renouveler, en une confusion agréable, les grandes ima-
ges dont j'avais été frappé durant la journée , et les sensations douces que je venais d'éprouver. Hier, je ne quittai pas un instant cette heureuse famille ; Yalentin me raconta une foule de particularités de ses voyages, qui m'expliquent aisément comment il a pu acquérir celte politesse dans les manières et dans les expressions, qui m'avait tant surpris à son abord, et qui, malgré sa jeunesse, lui concilie les déférences et le respect de tous les babitans du hameau. Les grâces nobles de son esprit, l'ingénuité piquante de Louise, le bon sens rustique du vieillard , la curiosité inquiète de George , répandent dans leurs entretiens un intérêt et une variété qui me charment, et qui les attachent plus étroitement aux autres. 11 me semble que je passerais une vie heureuse auprès d'eux. Mais pourquoi m'occuper de cette idée? C'est ce soir que je dois m'en éloigner. J'avoue que ce n'est pas sans une impression de tristesse, que je pense à notre séparation. Je crois apercevoir dans leurs yeux qu'elle leur coiitera aussi quelques regrets. Si le destin me laisse disposer un jour avec plus de liberté de l'emploi de ma vie , je viendrai tous les ans faire un pèlerinage sur cette montagne pour y revoir mes amis, et remplir mon cœur des senlimens de paix et de conientement qu'inspirent à l'envi leur séjour et leur société.
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