L'HOMME BIENFAISANT, MÊME APRÈS SA MORT
Nous allions à Delphes . Lycas et moi , porter notre offrande à Apollon. Déjà nous apercevions la colline sur laquelle le temple , orné de colonnes d'une blancheur éclatante, s'élève du sein d'un bois de lauriers, vers la voûte azurée des cieux. Plus loin , nos yeux se perdaient sur la plaine immense des mers. Il était midi;
le sable brûlait nos pieds, et à chaque pas que nous faisions , il s'élevait une poussière enflammée, qui nous brûlait les yeux et se collait sur nos lèvres desséchées. Nous gravissions ainsi , accablés de langueur ; mais bientôt nous hâtâmes le pas, lorsque nous aperçûmes devant nous , sur le bord même du chemin , quelques
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arbres hauts et touffus. Leur ombrage était aussi sombre que la nuit. Saisis d'un frémissement religieux , nous entrâmes dans le bocage , où l'on respirait la plus douce fraîcheur. Ce lieu de délices offrait à la fois tout ce qui pouvait récréer nos sens. Ces arbres touffus entouraient un parterre de gazon arrosé par une source de l'eau la plus fraîche. Des branches chargées de poires et de pommes dorées s'inclinaient vers le bassin, et les troncs des arbres étaient entrelacés de fertiles buissons, de l'églantier, de la groseille et du mûrier sauvage. La fontaine sortait en bouillonnant , du pied d'un tombeau entouré de chèvrefeuille, de saules et de lierre rampant. 0 Dieux! m'écriai-je, quel charme on respire en ce lieu ! Mon cœur bénit celui dont la main bienfaisante a planté ces doux ombrages. C'est ici peut-être que reposent ses cendres.
Voici , me dit Lycas , voici quelques caractères que j'aperçois entre ces rameaux de chèvrefeuille, sur le bord du tombeau. Peut-être nous apprendront-ils quel est celui qui daigna pourvoir au soulagement du voyageur fatigué. Il souleva les rameaux avec son bâton , et lut ces mots : « Ici reposent les cendres d'Âmyntas. Sa vie entière ne fut qu'une chaîne de bienfaits. Voulant encore faire du bien long-temps après sa mort , il conduisit cette source en ce lieu, et il y planta ces arbres. »
Que ta cendre soit bénie , homme généreux ! que tous les tiens , que tous ceux que tu laissas après toi , soient bénis à jamais I En disant ces mots, je vis de loin, sous les arbres , quelqu'un s'avancer vers nous. C'était une femme jeune et belle , qui venait a la fontaine avec un vase de terre sous son bras. Je vous salue , nous dit-elle d'une voix gracieuse. Vous êtes étrangers , et vous êtes accablés sans doute du long chemin que vous avez fait durant la chaleur du jour. Dites-moi , au-
riez-vous besoin de quelques rafraîchissemens que vous n'ayez pas trouvés ici? Nous te remercions, lui répondis-je, nous te remercions , femme aimable et bienfaisante. Que pourrions -nous désirer encore? L'eau de cette fontaine est si pure ! ces fruits si délicieux ! ces ombrages si frais! nous sommes pénétrés de vénération pour l'homme de bien dont la cendre repose ici. Sa bienfaisance a prévenu tous les besoins du voyageur. Tu parais être de cette contrée, tu l'as connu sans doute? Ah! dis-nous, tandis que nous reposons à la fraîcheur de l'ombre , dis-nous quel fut cet homme vertueux?
Alors elle s'assit, posa sou vase de terre à son côté , et s'appuyant dessus , elle reprit avec un sourire gracieux.
Amyntas était le nom de cet homme de bien. Honorer les dieux , être utile aux hommes , c'était pour lui le bonheur le plus doux. Dans toute cette contrée, il n'est pas un berger qui ne révère sa mémoire , avec la reconnaissance la plus tendre. Il n'en est pas un qui ne raconte , en versant des larmes de joie , quelques traits de sa droiture ou de sa bonté. Dans ses derniers jours, il venait souvent s'asseoir ici sur le bord du chemin. D'un air affable et doux , il saluait les passans, et offrait des rafraîchissemens au voyageur fatigué. Eh quoi! dit-il un jour, si je plantais ici quelques arbres fruitiers ; si , sous leur ombrage, je conduisais une source fraîche et limpide. L'eau et l'ombre sont loin de ces lieux ; je soulagerais encore long-temps après moi , et l'homme fatigué, et celui qui languit aux ardeurs du midi. Ce dessein fut promptement exécuté. De ses mains débiles il conduisit ici la source la plus pure, et a l'entour il planta ces arbres fertiles , dont les fruits mûrissent en différentes saisons. 11 n'a pu voir ces arbres dans toute leur vigueur , étendre au loin leurs branches touffues, et l'extrémité de leurs rameaux cédant au
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poids des fruits mûrs, se courber jusque sur le gazon fleuri ; mais il leur a vu prendre leurs premiers accroissemens; il s'est promené sous leur ombre naissante. Lorsque les dieux, pour se hâter sans doute de récompenser sa bienfaisance , ont rappelé son ame dans leur sein , nous avons enseveli sa dépouille mortelle dans ces lieux , afin que tous ceux qui reposeront sous cet ombrage, bénissent sa cendre
A ce récit, pénétrés de respect , nous bénîmes la cendre de l'homme de bien , et nous dîmes a la bergère : Celte source nous a paru bien douce, la fraîcheur de celte ombre nous a récréés ; mais bien plus encore le récit que tu viens de nous faire. Que les dieux bénissent tous les instans de la vie ! » Et pleins d'un sentiment religieux , nous portâmes nos pas atemple d'Apollon.
LA PBOBITÉ RÉCOMPEIïSSE.
Perrin avait reçu le joar en Bretagne , Jans un village auprès de Vitré. Né pauvre, et ayant perdu son père et sa mère avant de pouvoir en bégayer les noms, il dut sa subsistance à la charité publique. Il apprit à lire et a écrire. Son éducation ne s'étendit pas plus loin. A l'âge de quinze ans il servit dans une petite ferme , où on lui confia le soin des troupeaux. Lucette, |eune paysanne du voisinage, fut, dans le ■nême temps, chargée deceux de son père. EWe les conduisait dans des pâturages où elle voyait souvent Perrin, qui lui rendait tous les petits services qu'on peut rendre à son âge et dans sa situation. L'habiti^de
de se voir, leurs occupations, leur bonté mutuelle, leurs soins officieux les attachèrent l'un a l'autre. Perrin se proposa de demander Lucette en mariage à son père. Lucette y consentit, mais elle ne voulut pas être présente à cette visite. Elle devait aller le lendemain à la ville ; elle pria Perrin de choisir cet instant, et de venir le soir au-devant d'elle , pour lui apprendre comment il aurait été reçu.
Le jeune homme , au temps marqué , vola chez le père de Lucelfe , et lui déclara , avec franchise , qu'il aimait sa fille , et qu'il voudrait bien l'épouser. Tu aimes ma fille, interrompit brus-
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qiiciuent le vieillard ! Tu voudrais l'épouser I y songes-tu, Ferrin? comment feras-tu? as-lu des habits à lui donner, une maison pour la recevoir , et du bien pour la nourrir? Tu sers, lu n'as rien; Lucelte n'est pas assez riche pour fournir à ton entrelien cl au sien. Perrin, ce n'est pas ainsi qu'on se met en ménage.
— J'ai des bras, je suis fort , on ne manque jamais de travail quand on l'aime; et que ne ferai-jc point quand il s'agira de soutenir Lucelte! Jusqu'à présent j'ai gagné ciuij écus tous les ans, j'en ai amassé vingt : ils feront les frais de la noce ; j'en travaillerai davantage; mes épargnes augmenleront;je pourrai prendre une petite ferme. Les plus riches habitans de notre village ont commencé comme moi ; pourquoi ne réussirais-je pas comme eux ?
— Eh bien! tu es jeune, tu peux attendre encore ; deviens riche , et ma fille est à toi; mais jusqu'à ce moment, ne m'en parle pas. »
Perrin ne put obtenir d'autre réponse; il courut chercher Lucelte ; il la rencontra bientôt ; il était triste. Elle lut sur son visage la nouvelle quil venait lui annoncer. Mon père t'a donc refusé? — Ah!
Lucelte , que je suis malheureux d'être né si pauvre ! Mais je n'ai pas perdu toute espérance. Ma situation peut changer.
Ton mari n'aurait rien épargné pour te procurer de l'aisance, ferai-je moins pour devenir ton mari? Va ! nous serons unis un jour. Conserve-moi toujours ton cœur; souviens-toi que lu me l'as donné. »
En pariant ainsi , ils étalent toujours sur la roule de Vitré. La nuit qui s'avançait les pressait de regagner leurs maisons; ils allaient fort vile. Perrin fait ua faux pas, et tombe. En se relevant , ses mains cherchent ce qui a causé sa chute; c'était un sac assez pesant. 11 le ramasse Curieux de savoir ce qu'il contient , il entre avec Lucelte dans un champ où brûlaient encore des racines auxquelles
les laboureurs avaient mis le feu pendant le jour. A la clarté qu'elles répandent, il ouvre le sac, et y trouve de l'or. Que vois-je, s'écria Lucelte! Ah! Perrin, tu es devenu riche! — Quoi! Lucelte, je pourrais le posséder! Le ciel, favorable à nos désirs, m'aurait-il envoyé de quoi satisfaire ton père, et nous rendre heureux? Celle idée verse la joie dans leurs âmes : ils contemplent avidement leur trésor; puis après s'être regardés un moment avec tendresse , ils se mettent en chemin pour aller sur-le-champ le montrer au vieillard. Ils étaient près de sa maison , lorsque Perrin s'arrête. Nous n'attendons notre bonheur que de cet or, dit-il à Lucelte; mais est-il à nous? Sans doute il appartient à quelque voyageur ; la foire de Vitré vient de finir. Un marchand , en relournant chez lui, l'a vraisemblablement perdu : dans ce mcment où nous nous livrons à la joie , il est peutêtre en proie au désespoir le plus affreux. — Ah! Perrin, ta réflexion est terrible! Le malheureux gémit sans doute. Pouvons-nous jouir de son bien ? Le hasard nous l'a fait trouver; mais le retenir est
un vol. — Tu me fais frémir Nous
allions le porter à ton père, il nous aurait rendus heureux ; mais peut-on l'être du malheur d'autrui? Allons voir M. le recteur (c'est le nom que les Bretons donnent à leurs curés), il a toujours eu mille bontés pour moi; il m'a placé dans la ferme où je sers. Je ne dois rien faire sans le consulter. »
Le recteur était chez lui. Perrin lui remit le sac qu'il avait trouvé, et avoua qu'il l'avait regardé d'abord comme un présent du ciel. Il ne cacha point son amitié pour Lucelte , et l'obstacle que sa pauvreté mettait à leur union. Le pasteur l'écoulé avec bonté. 11 les regarde l'un et l'autre. Leur procédé l'attendrit. 1] voit toute l'ardeur de leur tendresse , et admire la probité qui lui est encore
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supérieure. Il applaudit à leur action.
« Perrin, conserve toujours les mêmes sentimens. Le ciel le bénira ; nous retrouverons le maître de cet or ; il récompensera ta probité. J'y joindrai quelques-unes de mes épargnes ; tu posséderas Lucette. Je me charge d'obtenir l'aveu de son père. Vous méritez d'être l'un à l'autre. Si l'argent que tu déposes entre mes mains n'est point réclamé , c'est un bien qui appartient aux pauvres; tu l'es, je croirai suivre l'ordre du ciel en te le rendant; il en a déjà disposé en ta faveur. »
Les deux jeunes gens se retirèrent satisfaits d'avoir fait leur devoir, et remplis des douces espérances qu'on leur donnait. Le recteur fit crier dans sa paroisse le sac qu'on avait perdu; il le fit afficher ensuite à Vitré, et dans tous les villages voisins. Plusieurs hommes avides se présentèrent ; mais aucun n'indiqua la somme, ni l'espèce de monnaie, ni le sac qui la contenait.
Pendant ce temps , le recteur n'oublia pas qu'il avait promis à Perrin de s'occuper de son bonheur. 11 lui fit avoir une petite ferme, la monta de bestiaux et des instrunieus nécessaires au labourage; et deux mois après il le maria avec Lucette. Les deux époux, au comble de leurs vœux, remercièrent avec ardeur le ciel et le recteur; Perrin était laborieux. Lucette s'occupait de son ménage; ils étaient exacts à payer le propriétaire de leur ferme ; ils vivaient médiocrement du surplus, et se trouvaient heureux.
L'or perdu ne fut point réclamé pendant deux ans. Le recteur ne jugea pas qu'il fallût attendre davantage; il le porta au couple vertueux qu'il avait uni. Mes enfans, leur dit-il, jouissez du bienfait de la Providence, et n'en abusez pas. Ces douze raille francs sont actuellement sans produit, vous pouvez en faire usage. Si par hasard vous en décrouvriez le maître, vous devriez sans doute les lui ren-
dre. Faites-en un emploi, qui , les changeant seulement de nature, n'en diminue point la valeur. Perrin suivit ce conseil : il se proposa d'acquérir la ferme qu'il tenait à bail : elle était à vendre. On l'estimait un peu plus de douze mille francs; mais en payant comptant , on pouvait espérer de lavoir à ce prix. Cet argent, qu'il ne regardait que comme un dépôt , ne pouvait être mieux placé; et si le maître se retrouvait un jour, il n'aurait pas à se plaindre.
Le recteur approuva ce projet. L'acquisition fut bientôt faite. Le fermier, devenu propriétaire , donna une plus grande valeur à son terrain. Ses champs, mieux cultivés, devinrent plus fertiles.
Il vécut dans cette douce aisance qu'il avait eu l'ambition de procurer à Lucette. Deux enfans bénirent successivement leur union. Ils prenaient plaisir à se voir revivredans ces tendres gages de leur amour. En revenant des champs , Perrin trouvait sa femme qui venait au-devant de lui , et lui présentait ses enfans. Il les embrassait l'un et l'autre, les quittait pour serrer son épouse dans ses bras , puis revenait encore à eux pour les accabler tour à tour de caresses. L'un essuyait la sueur dont son front était couvert , l'autre essayait de le soulager du poids du hoyau qu'il portait. Perrin souriait de ses faibles efforts, le caressait de nouveau , et rendait grâces au ciel qui lui avait donné une épouse tendre et des enfans qui lui ressemblaient.
Quelques années après, le vieux recteur mourut. Perrin et Lucette le pleurèrent. Ils songeaient avec attendrissement à ce qu'ils lui devaient. Cet événement les fit réfléchir sur eux-mêmes.
Nous mourrons aussi, disaient-ils, noire ferme restera à nos enfans. Si celui à qui elle appartient revenait , il en serait prive pour toujours ; nous emporterions le bien d'aulrui au tombeau. Ils ne pouvaient
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soutenir celle idée. Leur dëlicalesse leur fit écrire une déclaration qu'ils déposèrenl entre les mains du nouveau recteur , et qu'ils firent signer par les plus notables liabitans du village. Cette précaution qu'ils jugeaient nécessaire pour assurer une restitution h laquelle ils croyaient leurs enfans obligés , les tranquillisa.
11 y avait douze ans qu'ils étaient établis. Perrin, après un travail pénible, revenait un jour dîner avec son épouse ; il vit passer sur la grande route deux hommes dans une voiture, qui versa à quelques pas de lui. Il courut porter du secours. Il offrit les chevaux de sa charrue pour transporter les malles. II pria les voyageurs de venir se reposer chez lui. Ils n'étaient point blessés. Ce lienci m'est funeste , s'écria l'un d'eux ! je ne puis y passer sans éprouver des malheurs. J'y ai fait , il y a douze ans , une perle assez considérable. Je revenais de la foire de Vitré, j'emportais douze mille francs en or , que j'ai perdus. — Comment! lui dit Perrin , qui l'écoutait avec attention , avez-vous négligé de faire des recherches pour les retrouver? — Cela ne me fut pas possible, je me rendais à Lorient, où je devais m'embarquer pour les Indes. Le temps pressait ; le vaisseau , prêt à mettre 'a la voile , ne m'aurait point attendu ; je ne pus faire des perquisitions sans doute inutiles , qui , en relardant mon départ, m'auraient apporté un préjudice beaucoup plus grand que la perle que j'avais faite.
Ce discours fait tressaillir Perrin. Il s'empresse davantage auprès du voyageur. Il le conjure d'accepter l'asyle qu'il lui offre. Sa maison était la plus prochaine et la plus propre habitation du lieu. On cède à ses instances. Il marche le premier pour montrer le chemin. Il [rencontre bientôt sa femme , qui , selon ison usage, venait au-devant de loi. 11 lui dit d'aller promptemenl préparer un
dîner pour ses hôtes. En attendant le repas, il leur présente des rafraîchisseraens, et fait retomber la conversation sur la perte dont l'un s'est plaint. Il ne doute plus que ce ne soit à lui qu'il doit une restitution. Il va chercher le nouveau recteur, l'informe de ce qu'il vient d'apprendre , l'invite à partager le dîner de ses hôtes et à leur tenir compagnie.
Celui-ci l'accompagne, et ne cesse d'admirer la joie que ce bon paysan a dune découverte qui doit le ruiner.
On dîne. Les voyageurs satisfaits ne savent comment reconnaître l'accueil que leur fait Perrin. Il admirent son petit ménage, son bon cœur, sa franchise, l'air ouvert de Lucette, sa candeur, son activité; ils caressent les enfans. Perrin, après le repas, leur montre sa maison , son potager , sa bergerie , ses bestiaux , les entrelient de ses champs et de leur produit. Tout cela vous appartient , ditil ensuite au premier voyageur. L'or que vous avez perdu est tombé entre mes mains. Voyant qu'il n'était point réclamé , j'en ai acheté cette ferme, dans le dessein de la remettre un jour 'a celui qui y a de véritables droits. Elle est à vous. Si j'étais mort avant de vous trouver, M. le recteur a un écrit qui constate votre propriété.
L'étranger, surpris, lit l'écrit qu'il lui remet. Il regarde Perrin , Lucette et ses enfans. Où suis-je , s'écrie-t-il enGn , et que viens-je dentendre? quel procédé!
quelle vertu ! quelle noblesse ! et dans quel état les trouvé-jel Avez-vous quelque autre bien que cette ferme , ajoutat-il? — Non ; mais si vous ne la vendez point, vous aurez besoin d'un fermier, et j'espère que vous me donnerez la préférence. — Votre probité mérite une autre récompense. Il y a douze ans que j'ai perdu la somme que vous avez trouvée.
Depuis ce temps , Dieu a béni mon commerce, il s'est étendu, il a prospéré; je
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ne me suis pas ressenti long-temps de ma perte; cette restitution aujourd'hui ne me rendrait pas plus riche. Vous méritez cette petite fortune. La Providence vous en a fait présent, ce serait l'offenser que de vous loter. Conservez - la , elle vous appartient; et, s'il le faut, je vous la donne. Vous pouviez la garder, je ne la réclamais point. Quel homme eût agi comme vous I
Il déchira aussitôt l'écrit qu'il tenait dans ses mains. Une sri belle action , ajouta-t-il , ne doit point être ignorée. Il n'est pas besoin d'un nouvel acte pour
assurer ma cession , votre propriété et celle de vos enfans ; je le ferai cependant écrire pour perpétuer le souvenir de vos sentimens et de votre honnêteté.
Perrin et Lucette tombèrent aux pieds du voyageiu"; il les releva et les embrassa. Un notaire qui fut mandé, écrivit cet acte , le plus beau qu'il eût rédigé de sa vie. Perrin versait des larmes de tendresse et de joie. Mes enfans, s'écriait-il, baisez la main de votre bienfaiteur. Lucette, ce bien est à nous; et nous pouvons en jouir sans trouble et sans remords,