LE VOL
Alad. DE LIMECIL , MAXIMIN , son fils, MINETTE , sa nièce.
MINETTE, en entrant. — Bonjour , ma chère tante. Bonjour , Maximin.
MAXiMLN , froidement. — Bonjour, ma cousine.
MINETTE. — Les jolies choses que lu as Ta , mon cousin ! Veux-tu que je joue avec toi ?
MAxisim. — Non , je te remercie, (7/ ramasse avec un air d'inquiétude tous ses joujoux.
MINETTE. — 0 mon cher Maximin ! je te prie, laisse-les-moi regarder. Nous nous amuserons bien joliment ensemble.
MAXIMIN. — Non , Minette ; j'en suis fâché, mais cela ne se peut pas. (// met tcus ses joujoux dans un tiroir, le ferme avec ■précaution , etsetient debout devant la commode, en regardant Minette d'un œil soupçonneux.)
MINETTE. — Eh bien, mon cousin, pourquoi ne veux-tu pas me laisser jouer avec toi ? cela n'est pas joli , au moins. N'est-ce pas , ma tante ! Oh I dites-lui, je vous prie , de me laisser voir un moment ses joujoux.
M"* DE LiMEuiL. — Ecoute douc , ma chère nièce ; Maximin n'a pas si grand tort de ne vouloir pas te laisser jouer avec
LE LIVKR UE FAMII.LE.
lui. Tu lui pris hier sa petite clochette.
MINBTTS, avec embarras. — Moi , ma tante !
M""' DE LiMEDiL. — Oui , oui ; je sais que tu l'as prise sans qu'il s'en aperçût : je sais que tu l'emportas chez toi ; et ce matin , au Heu de la lui rendre , lorsqu'il le l'a envoyé demander , tu as répondu au domestique que tu oe savais ce qu'il voulait dire.
MINETTE , en rougissant. — Ma chère tante , je vous demande bien excuse ; je ne le ferai plus; et demain, sans plus tarder, je rapporterai la clochette.
m'"* dk limeuil. — Je te le conseille, Minette; autrement je le dirai a ta maman, et tu seras sévèrement punie. C'est une chose épouvantable de prendre ce qui ne nous appartient pas. Sais-tu que cest là proprement ce qu on appelle voler? ce qui est un des vices les plus honteux.
MINETTE. — Ah, ma chère tante ! combien vous me faites rougir !
M""^ DE LiMEGiL. — 11 te sicd bieu , à présent, d'être étonnée de ce que mon fils ne veut plus faire société avec toi ! N'est-ce pas ta faute? Tu peux en juger toi-même. Lorsque ta cousine Adélaïde vient me voir , Maximin est tout joyeux. Il court à sa rencontre, il l'embrasse, il lui prête tous les joujoux qu'elle veut avoir, et ils jouent ensemble toute la soirée , tranquilles et contens. Maximin sait qu'Adélaïde est une petite fille bien née , qui rougirait d'emporter furtivement la moindre chose de chez un autre. II n'eu est pas de môme lorsque tu viens ici. Mon fils est triste de te voir arriver. Tous ses plaisirs sont aussitôt interrompus, parce qu'il se défie de toi , et qu'il a peur que , sous prétexte de vouloir jouer avec lui , tu ne détournes ses joujoux pour les emporter.
Mi!«rÉTTE. — Mais, iha cbère tante
m"** de luieoil. — Que pourrais-tu dire? Réponds-moi seulement. Te sou-
viens-tu du jour où Cécile te déroba les habits de ta poupée?
MINETTE. — Hélas ! oui , je me le rappelle. Elle me les prit, parce que sa poupée , disait-elle , avait perdu les siens.
M™' uE LiMEUiL. — Eu vérité, voilà une belle raison. Et comment fis-tu les autres jours, lorsqu'elle venait jouer avec toi?
MINETTE. — J'avais bien soin qu'elle ue touchât pas à mes affaires. Aussitôt que je la voyais manier la moindre chose , je la lui retirais bien vite des mains , ou je la suivais continuellement des yeux aussi long-temps qu'elle la tenait.
M™^ DE LiMEUiL. — Et , dis-moi , trouvais-tu quelque plaisir à jouer, avec la crainte die voir disparaître quelqu'un de les joujoux ? Pouvais-tu avoir un moment de repos , pendant tout le temps que Cécile était dans ta chambre?
MINETTE. — Non , certes , ma tante , il faut l'avouer. Je mourais d'inquiétude et d'ennui durant sa visite ; et je ne me sentais à mon aise que lorsqu'elle s'en .était allée.
M™* DE LIMEUIL. — Eh bien. Minette .
je te le demande , n'en doit-il pas être de même pour Maximin ? Ne doit-il pas être aussi inquiet sur ton compte que tu l'étais sur celui de Cécile ? Ne doit-il pas se trouver mal h son aise avec toi , et désirer que tu te retires ? Tu as vu comme à ton arrivée il s'est empressé de serrer tous ses joujoux. Tu vois maintenant combien il s'ennuie de rester debout en sentinelle devant sa commode , sans oser s'en écarter d'un seul pas , de peur que tu ne profites de ce moment pour lui emporter encore quelque chose. Cela est-il bien amusant pour lui?
MINETTE. — Non , ma tante , j'en conviens.
m""* DE LiMECiL. — Et si tes amies viennent jamais à savoir que tu dérobes , ce qni ne peut manquer d'arriver un jonr,
LB LITRE DE FAMILLE
ûeferont-ellcs pas toutes commeMaximin?
En quelque endroit que tu ailles, chacun aura soin de serrer toutes ses affaires , de veiller continuellement sur toi, pourvoir situ n'emportes rien. Personne ne pourra te soulfrirdanssasociété. Tous les plais rs cesseront à ton arrivée. Tu seras obligée de rester seule dans un coin , etdeséclier d'ennui Mais le plus fâcheux encore, c'est que personne n'aura d'eslime ni d'aniilié pour foi , ot que l'on te montrera au doigt dans la rue comme une voleuse.
MINETTE. — 0 ma chère tante ! cela ne m'arrivera plus de la vie , je vous assure, et roc voilà entièrement corrigée.
M°"' DK LiMEt IL. — Fais-y bien attention à laveiiir. Pour cette fois, je ne le dirai pas a ta maman , etje recommanderai à Maxirain de n'en parler à aucun de ses camarades.
MINETTE. — Oh! oui , mou petit cousin, je t en prie , ne le dis à personne. Je te rendrai ta clochette , et je te donnerai encore une jolie bourse pour serrer ton argent.
MAXiMiN. — Non , non ^ je ne veux pas
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de ta bourse. Rends-moi seulement ma clochette.
M""^ DE LiMEuiL. — Sois tranquille , Minette , Maximin te gardera le secret dans l'espérance que tu ne manqueras pas de te corriger. Mais s'il acce|ilaii la bourse que tu lui offres pour acheter son silence, ce serait alors comme s'il était de moitié de ta faute , et je ne l'estimerais plus. C'est pourquoi je lui sais bon gré de t'avoir refusne. Mais, je te le répète encore, prends bien garde de ne plus te rendre coupable Sicelat'arrivaitunesecondefois, je ne pourrais m'empêcher d'en avertir ta maman , et de l'engager même à t« punir avec la plus grande rigueur ; car jenevoudrais, pour rien au monde, avoir une voleuse dans ma famille. Pour toi; Maximin , tu n'as plus rien à craindre maintenant de Minette, et tu peux jouer avec elle en toute sûreté.
MAXiMix. — Allons, maman; je le veux bien sur votre parole. Je ne me défie plus de ma cousine , si elle a autant de peur de vous déplaire, que j'en aurais à sa place.