‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 16 sur 197 · I.E I.lVRr: DK FAMILLE · texte numérisé non relu

I.E I.lVRr: DK FAMILLE

M. DE VBRTELIL, CH s'uvançanl vers la pauvre femme. — Bonjour , ma honne femme. Vous avez la de bien jolis enfans.

LA PAUVRE FEMME . pOUSSmit IIH SOU-

p'ir , et pressant son fils contre, son sein. — Oh! inonsienr. je les aime bien aussi. (Elle essuie ses larmes qui recommencent à cou In.)

M. DE VERTELIL. — D'où Vient donc que vous êles si triste?

LA. rAuvRE FEMME. — Ht'las ! monsieur, ces pauvres enfans ont cric tout aujourd hui pour avoir du pain , et je nen ai pas un morceau h leur donner.

Mon mari est malade depuis trois mois.

Jai dépensé pour lui tout ce que javais. 11 ma fallu vendre tous mes meubles Tua aprèsTaulre. Mon mari ne peut pas bouger de son Ut, cl je suis avec ces deux enfans surles bras. Celui-ci,qui travaille à filer au rouet, est un brave garçon. Il fait de son mieux pour nous gagner quelque chose ; mais que peut-on faire à son âge? 11 est trop petit ; il na encore que six ans. {Le petit garçon essuie ses yeux du revers de la main, et se remet au travail avec une nouvelle ardeur.) La saison rigoureuse est prêle à venir au milieu de ces embarras. Oh ! combien j'aurai à souffrir tout le loug de Ihiver avec mon mari et mes enfans! {Elle laisse tomber sa tête sur son fils qu'elle presse contre son sein, et commence à sangloter.)

ADRIEN. — 0 mon papa! la pauvre femme! que je la plains! Maman m'a donné vingt-quatre sous pour les employer commeje voudrais : me permettezvous de les donner à cette malheureuse famille?

M. DE VERTEDIL. — Très-volontlcrs , mon ami.

ADRIEN, sautant de joie. — 0 mon papa , (pie je vous remercie ! {Il fouille précipitamment dans sa poche.) Tenez , ma bonne amie, prenez ces vingt-quatre

sous; aclielez-en du pain, et donnez à vos enfans de quoi manger.

LE PETIT GARÇON, quittant son rouet j et courant baiser la main d'Adrien. — Oh ! grand merci , mon cher petit monsieur; nous avions tant de faim! I\'om père cl ma mère sont si à plaindre! (// retourne aussitôt à son ouvrage. )

ADRIEN , les larmes aux yeux. — Ali .

mon papa ! je n'ai rien de plus. Mais vous . n'auriez-vous pas quelque chose pour ce pauvre enfant?

M DE VERTELIL. — Tu luas douné un trop bon exemple, mon fils , pour que je ne m'empresse pas de le suivre. {An petit garçon. ) Viens , mon cher ami ; tu es uiî brave enfant , de travailler avec tant dardeur pour soulager ton père et ta mère. Sois toujours aussi laborieux, et tu ne manqueras pas de trouver d'honnêtes gens qui te donneront des secours. On aime les enfans diligens : mais pour les enfans paresseux , on n'en prend aucune pitié. Tiens, voila un écu. Donnele a ta mère, qui vous en achètera du pain. Toutes les semaines nous viendrons vous voir.

LA PAUVRE FEMME. — Je VOUS remercie mille et mille fois, mon digne monsieur. Je suis maintenant en étatde donner à mon mari quelque chose qui le fortifie. M. DE VEBTEUIL. — Mais , ditcs-moi , ma bonne amie , avez-vous un bon médecin pour le malade?

LA PAUVRE FEMME. — Oui , monsicur, grâce au ciel , j'ai à présent un très-bon médecin. 11 demeure l'a vis-à-vis. C'est un bien digne homme. Depuis trois semaines il vient tous les jours voir mon mari. Je peux dire qu'il en prend soin comme si c'était un grand seigneur. Il ne peut rien faire de plus.

M. DE vERTEuiL. — Je suis chaimc de ce que vous me dites. Un médecin charitable est l'homme le plus utile pour les pauvres : il peut faire beaucoup de bien

LE LIVRE DE FAMILLE

auloiir de lui , sans qu'il lui en coûte. !\îai.s les remèdes , comment les avezvous ?

LA l'AUVRE FEMME, — Ce bravc homme nous les donne aussi pour rien.

M. DE vEUTEUiL. — Yous m'iuspircz une grande estime pour ses vertus.

LA PAUVRE FEMME. — C'cst bien domnui^e qu'il n'ait pas vu mon mari dans le commencement de sa maladie, il l'aurait déjà guéri; mais il n'y a qu'un mois qu'il est venu loger dans notre voisinage , et ce n'est que par hasard que je l'ai connu.

M. DE VERTEOIL. — Vous n'avcz qu'à bien exécuter ce qu'il vous ordonnera.

Dans la saison où nous sommes , la santé est quelquefois long-temps à revenir. 11 faut avoir du courage et de la patience.

LA PAUVRE FEMME. — Ah , moDsleur !

j'espère que jen'en manquerai pas. Depuis que je me connais , je suis accoutumée îi attendre et à souffrir.

M. DE VERTEuiL. — Je suis eDchanlé de vous voir si bien résignée. Je vous souhaite de tout mon cœur un état plus heureux. Nous reviendrons bientôt vous faire notre visite.

LA PAUVRE FEMME. — VoUS mC trOU-

verez toujours bien reconnaissante de votre bonté. ( A la petite fille qui est assise auprès d'elle.) Lève-toi, Jeannette; va baiser la main à ces bons messieurs.

ADRIEN , embrassant Jeannette. — Adieu , ma petite amie; adieu , mes enfans ; adieu , ma bonne femme. ( // sort avec son pcre. )

,M. DE VERTEUIL. — Adrien , que dis-tu de ces pauvres malheureux ?

ADRIEN. — Je suis bien aise que vous leur ayez aussi donné quelque chose pour les consoler.

M. DE VERTEUIL. — Quand les pauvres veulent travailler, et qu ils ne le peuvent pas, soit par maladie, soit faute douvrage , il est de notre devoir de les secourir autant que nous le pouvons ; mais lorsqu'ils sont paresseux , c'est leur faute s'ils souffrent ; ils ne méritent aucune pitié ; il faut les laisser pâtir, jusqu'à ce que la misère leur ait donné une bonne leçon ; autrement i!s n'en deviennent que plus fainéans, et ils finissent par devenir des scélérats. Mais ce petit garçon qui travaillait au rouet, c'est un brave enfant. As-tu remarqué comme il paraissait propre sur ses babils ?

ADRIEN. — Oui , mon papa.

M. DE VERTEUIL. — LcS CUfaUS dOUX

et diligens ont ordinairement de la propreté ; mais les enfans opiniâtres et paresseux sont toujours en désordre. Tu vois combien celui-ci m'a intéressé. Sois donc , à son exemple , patient , laborieux et appliqué ; tu verras tout le monde s'intéresser en ta faveur.

ADRIEN. — Mais , mon papa , est-ce qu'il me faut apprendre à filer au rouet comme ce petit garçon ?

M DE VERTEUIL. — Tous Ics hommcs ne sont pas destinés aux mêmes travaux ; je t'en expliquerai un jour la raison lorsque tu seras en état delà comprendre. 11 suffit à présent que tu t'occupes avec ardeur de ce queje crois nécessaire pour ton instruction ; elle fera un jour le bonheur de ta vie. En attendant, tu auras le plaisir de m'entendrc dire de toi , comme la pauvre femme disait tout hlheure de son fils : C'est un brave enfant, il fait toutcequ'ilpeutpourremplirses devoirs; et alors ne seras-tu pas bien joyeux?

ADRIEN. — Oui , mon papa , puisque vous devez m'en aimer davantage.

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