IM LIVRE DE FAMM.I.K
lice, si nous avions la bonlé^le coufir louics les fois que Pauline prend la fan- ^lisie de crier. C'est pourquoi l'on ne .viendra jamais à tes cris, parce que Ton pensera toujours qucc'est pour une bagatelle que lu fais un pareil vacarme , et alors il faudra que tu restes sans secours.
PAULINE. — Mais , maman , si j'en avais réellement besoin ?
jjme pg YERTEuiL, — Et coniment veuxtu qu'on le devine? Dix fois par jour, c'est pour rien que tu cries; comment veux-tu que la onzième fois on puisse justement savoir que c'est alors tout de bon , et que tu as vraiment besoin d'être secourue ? Tu dois , par conséquent . bien compter que Ton ne fera plus la moindre attention h tes cris, aussi long-temps que tu garderas la mauvaise habitude de crier pour une bagatelle. Il en est tout autrement de ton frère. On sait fort bien qu'il ne crie jamais que lorsqu'il faut qu'on aille absolument auprès de lui; et de cette manière , lorsqu'il crie , c'est une marque qu'il a véritablement besoin de secours. Mais pour toi , ma fille , on ne doit point s'embarrasser de tes cris : on ne sait jamais ce que cela signifie , si c'est pour une bagatelle , ou pour quelque chose d'essentiel.
PAULINE. — 11 est vrai , maman ; vous m'en faites bien sentir la raison.
m"'" de verteuil. — Veux-tu que je te raconte ce qui est arrivé une fois à un petit garçon qui criaittoujours pour rien, et qui faisait même encore pis que tu ne
ffflS ?
PAULINE. — Oh ! voyons , je vous prije , maman.
jjine pg VERTEUIL. — Cc petit étourdi se faisait un vilain plaisir de donner aux autres des inquiétudes par ses plaintes. A h moindre aventure , il se mettait à pousser des cris perçans , comme s'il lui était arrivé du mal ; et puis lorsqu'on arrivait près de lui , on voyait que c'était
pour une bagatelle h peu près comme ton verre d'eau. Il criait même souvent sans aucun sujet , seulement pour donner des alarmes aux domcsliques^, les faire accourir à ses côtés , et se moquer deux. Tantôt il courait précipitamment sur [escalier, et faisait. tout à coup avec les pieds un grand bruit , comme s'il fût tombé, et qu'il eût roulé du haut en bas . tandis qu'il n'avait fait quesc coucher doucement a terre; tantôt il frappait un grand coup sur la table . après s'être barbouille le visage de jus de cerises , pour avoir l'air de s'être fait un grand trou h la tôle et d'être tout en sang. Dans le con)menceraent , on ne manquait pas d'accourir aussitôt à ses cris; mais lorsqu'on y eut été trompé un certain nombre de fois, on le laissait frapper des pieds, se rouler, pousser des cris autant qu'il le voulait , sans se déranger pourccla Enfin un jour il arriva qu'il se mit en tête de grimper sur une échelle; l'échelon sur lequel il mettait le pied se rompit, en sorte qu'il tomba du haut en bas, et se disloqua entièrement une jambe; alors, comme lu le comprends bien , il se mit à crier de tputes ses forces,, mais on n'y fit pas plus d'attention qu'àl'ordinaire, parceque l'on ne savait pas que cette fois-ci c'était, sérieusement. H fut donc obligé de rester h terre, parce que sa jambe étant démise, il ne pouvait pas se lever, et il souffrit des douleurs très-algues. Enfin , par hasard, il vint auprès delui un domestique. Celui-ci vit tout de suite à sa mine que ce n'était pas pour rien qu'il criait cette fois. Il le prit aussitôt dans ses bras , le porta sur son lit , et alla lui chercher un .chirurgien ; mais comme, il élî^il resté long-temps sans secours, sa jambe s'était considérablement enflée ^ ci il.soiiffrit infiniment plus qu'il. n'aurait souf-fert, si l'on était allé tout de suite à son secours, II ne fut même plus possible de redresser sa jambe , en sorte qu'il resta estropié
LU LIVilE DS; TAMILLE.
toute sa vie. Par ce malheur, il se déshabitua do sa mauvaise coutume , mais trop tard, comme tu le vois.
PAULINE. — C'était payer un peu cher sa faute.
m"'* de verteuil. — Fais-y donc bien attention, Pauline , et proûte de l'exemple de ce petit malheureux , avant qu'il t'en arrive autant qu'à lui. Je sais bien (jue tu ne cries pas pour nous inquiéter ou nous faire peur ; mais ton enfantillage «jrait daussi mauvaises suites que sa tromperie. On ne peut pas plus savoir de loi que de lui , si tu cries pour une bagatelle , ou si c'est vraiment parce que tu as besoin de secours ; et par conséquent
on te laisserait , ainsi que lui , sans assistance. Comme on aurait été trompé plus d'une fois à tes cris , on y ferait aussi peu d'attention qu'au discours d'un enfant qui se serait accoutumé à mentir , et de la parole duquel on ne fait aucun cas, même lorsqu'il dit la vérité , parce que l'on ne peut plus savoir s'il l'a dite en effet. Apprends donc à souffrir patiemment, et sans crier , de petits accidens , pour que tu puisses toujours avoir du secours lorsque tu en auras véritablement besoin.
PAULINE. — Oui , maman : je vous remercie de votre histoire ; me voilà toute corrigée, et je ne crierai plus mal à propos.