‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 21 sur 197 · LES ŒUFS · texte numérisé non relu

LES ŒUFS

M. DE VERTEUIL ; HENRIETTE , PAULINE , SCS filles.

M. DE vERTEtiL. — Regarde , Henriette, ce qu'il y a là sous cette grande cage.

HENRIETTE. — C'est une pnule , mon papa. 0 les jolies petites bêtes qu'elle a auprès d'elle !

M. DE VERTEOIL. — Ce sout dcs petiis poulets ou des poussins. Regarde comme ils oui l'air éveillé, et comme ils courent autour de la grosse poule. La grosse poule est la mère de tous ces poussins.

HENRIETTE. — Voilà Une fort jolie famille.

M. DE VERTEOIL. — Etsais-tucommeut elle a fait pour les avoir ?

HENRIETTE. — Nou , mon papa.

M. DE vERTEUiL. — Tu as bien vu les œufs que Manette va chercher tous les jours au poulailler ?

HENRIETTE. — Oui , mou papa. Je suis allé'3 quelquefois les lever avec elle.

M. DE VERTEUIL. — Eh bien , ces œufs, on les a mis sous cette grosse poule; elle a été pendant trois semaines assise dessus pour les tenir chauds et les couver ; au bout de ce temps, les poussins ont brisé leur coquille et sont venus au jour.

HENRIETTE. — Quoi ! luon papa, estcequ'il y ades poussins dans touslesœufs?

M. DE VERTEUIL. — Oui , ma fille; dans chaque œuf il y a un poussin.

HENRIETTE. — 0 mon papa ! faitesm'en voir un , je vous prie.

M. DE VERTEUIL. — Je uc pourrai pas te le montrer. Mais attends, je vais demander un œuf, et l'ouvrir devant toi.

(// se fait apporter un œuf . et l'ouvre.) Uojjarde , Henriette , tu n'imagines pas

T. III

qu'il y ait un poussin dans cet œuf?

HENRIETTE. — Nou , j'cu suis sûrc , il n'y en a point.

M. DE VERTEUIL. — Oui dà , Henriette , tu es bien sûre? Eh bien, cependant il y a un poussin là-dedans.

HENRIETTE. — Eh ! mou papa, comment le savez- vous?

M. DE VERTEUIL. — C'cSt qUC si nOUS

avions mis cet œuf pendant trois semaines sous une poule, et qu'elle l'eût couvé pendant tout ce temps, tu en aurais vu sortir un poussin pareilà ceux que tu vois courir. Tous les œufs sont en dedans comme celui-ci, et cependant de tous il sortira un poussin, si l'on met ces œufs sous une poule.

HENRIETTE. — Comment les poussins viennent-ils donc dans l'œuf? Je ne le comprends pas.

M. DE VERTEUIL. — Je DC le Comprends moi-même, et personne ne peut le comprendre. 11 en est tout justement comme du chêne qui sort d'un gland. Nous ne pouvons comprendre comment cela arrive, mais nous voyous que cela arrive tous les jours. Pour te le montrer encore mieux, tous les œufs que Nanelte rapportera aujourd'hui du poulailler, je les mettrai sous une poule ; et au bout de trois semaines , tu verras sor» tir de chaque œuf un poussin.

HENRIETTE. — Je serais bien curieuse de le voir.

M. DE VERTEUIL. — Je te promets ce plaisir. Mais, Henriette, ce ne sont pas les poulets seulement qui sortent d'un œuf; les oies, les canards, les moineaux, les serins, tous les oiseaux sortent aussi d'un œuf plus ou moins gros. Je te fera»

LE LIVRE UE FAMILLE

voir les œufs de la linoUe que nous avons à 1.1 maison dans une cage.

FIENRIETTE. — lls SOUt plUS petits,

sans doute ?

M. nE vERTEL'iL. — Oui . Vraiment.

Mais il y a d'autres œufs qui sont bien plus gros que ceux des poules. Les œufs d'un grand oiseau que Ion nomme autruche sont presque aussi gros que la tôle ; et au contraire , les œufs d'un joli petit oiseau que l'on nomme l'oiseaumouche , ne sont a peu près que de la grosseur d'un puis.

HENRIETTE. — 0 mou papa ! qu'ils doivent être jolis !

M. DE VERTELIL. — Je tc mènerai lun de CCS jours au Cabinet dhistoire naturelle , où je me forai un plaisir de tcn montrer de pareils. Mais voici Paiiliue qui s'avance avec son déjeuner. Pauline, veux-tu que nous donnions a déjeuner h la poule et "a ses petits ?

p.\rLiNE. — Oui , mon papa ; tenez , voici mon pain.

M. DE vERTEtriL. — Doune-s-cu toimêmo a la grosse poule , tu verras ce qu'elle en fera.

PAULINE. — Oh ! comme elle le saisit de son bec !

HENRIETTE. — Ellel'aura bientôt avalé.

Mais non, mon papa; voyez, elle le laisse tomber.

M. DE vEaTECiT-. — Elle le fait exprès : elle ne veut pas le manger elle-même ; elle le garde pour ses petits. Enlends-tu comme elle les appelle?

HENRIETTE. — Oh ! Ics voici qui viennent tous à la fois.

PAULINE. — En voilà un qui emporte le morceau , et les autres qui courent après lui. .

M. DE VKRTEUIL. — Donuc cncoro un morceau de pain à la poule ; elle fera la même chose. Sais-tu pourquoi, Pauline?

PAULINE. — Non . mon papa.

M. DE vERTEUiL. — Elle aime tant ses

petits , qu'elle leur laisse manger tout ce qu'on lui donne. Elle nepren;lra rien ellemême avant de les avoir vus rassasiés.

PAULINE. — Mais que fait-elle à présent avec ses pattes?

M. DE VERTEUIL. — Elle fouillc daus la terre pour voir si elle peut y trouver des vermisseaux que ses petits aiment à manger. Vois , elle vient d'en trouver un ; elle les appelle encore.

PAULINE. — Les voici, les voici qui reviennent.

M. DE VERTEUIL. — Ils mangent le vermisseau ; et la mère , qui est aussi friande qu'eux-mêmes deccttc nourriture, ne veut pas en prendre sa part ; elle l'abandonne tout entière à ses petits.

PAULINE. — Oh ! la bonne maman !

M. DE VERTEUIL. — C'cst aiusi qu'el!<3 prend soin de les nourrir tout le long du jour. Mais savez-vous encore, meseufans, ce qu'elle fait pendant la nuit?

HENRIETTE et PAULINE. — NOU, mOU

papa.

M. DE vERTi.i IL. — La uuit elle va chercher quelque corbeille dans un coin du poulailler : et elle prend tous ses petits sous son corps et sous ses ailes pour les tenir chaudement. Voila comme elle soigne sa jeune famille jusque dans le sommeil. N'est-ce pas une bonne mère pour ses en fans?

HENRIETTE. — Oh! oui , iiiou papa.

PAULINE. — Je voudrais bien toucher un de ces petits poulets.

M. DE VERTEUIL. — Quc fais-tu douc , Pauline ? ne t'avise pas de passer ta main a travers les barreaux de la cage.

PAULINE. — Pourquoi donc, mon papa?

M. DE VERTEUIL. — La poule Croirait que lu veux faire du mal à ses petits, et elle te becquetterait jusqu'au sang.

PAULINE. — Mais, mon papa, je ne veux pas leur faire du mal ; je ne veux que les caresser.

M. DE VERTEUIL. — La poulc uc Sait

LE LIVRE DE FAMILLE

pas distinguer tes bonnes intentions. Si tu m'en crois, retire ta main , ou il ton arrivera du mal, je t'en avertis. {Pauline relire sa main, et s'assied sur le gazon, tout près lie la cage. )

PACLîXE. — Voyez, mon papa, les poulets mangent aussi de l'herbe.

M DE VERTEUIL. — Oui . Pauline; c'est pourquoi j'ai fait mettre la cage moitié sur le gazon et moitié sur la terre; de cette manière ils peuvent manger de l'herbe et chercher des vermisseaux; puis, lorsqu'ils ont assez mangé, ils peuvent se reculer sur le gazon et s'ébattre au soleil. Tiens , en voila un qui se couche sur le dos etquijoueenagittantsespatesen l'air.

PAULINE , en poussant un cri et en pleurant. — 0 mon papa ! la poule qui vient de me mordre!

M. DE TERTEDTL. — \e t'en avais-jc pas avertie ?

PAULLNE. — Je n'avais pourlant pas ma main dans la cage; je n'y avais passé qu'un doigt, et la poule me Ta becqueté.

M. DE VERTEUIL. — .le t'avais avertie, ainsi tunasquece que tu mérites. Allons, il ne faut pas pleurer pour une petite douleur ; songe plutôt à proflter de cette leçon ; c'est apprendre "a bon marché combien il importe aux enfans de suivre toujours les conseils de leurs parens.

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