LA PLUIE
Mad. DE VERTEUIL, PAULINE,
sa fille.
PAULINE. — Ah, ma chère maman!
comme je voudrais qu'il vînt à pleuvoir!
M""" DE VERTEUIL. — PoUrilUui duHC,
Paulino?
PAULINE. — C'est que le jardinier vient de me dire qu il faudrait qu'il tombât de l'eau pour faire mûrir les groseilles.
m""" de vEiiTEuiL. — Cependant lu te plains quelquefois delà pluie, lorsqu'elle t'empêche d'aller à la promonade.
PAULINE. — Oh ! jc ne m'en plaindrai plus. Qu'il pleuve, qu'il pleuve, maman.
M™" DE VERTEUIL. — Je Ic voudrais bien aussi , ma fille ; mais ni toi , ni moi, personne en lin sur la terre ne peut faire tomber la pluie a son commandement : il faut attendre qu'elle tombe d'elle-même.
PAULINE. — Mais, maman, la ]»luie nous vient des nuages. Si nous pouvions monter dans les nuages, ne pourrions-nous pas faire pleuvoir ?
M™'' DE vLRTEuiL. — NoD , ma fille.
II est très-facile daller dans les nuages ; mais en faire tomber de la pluie, c'est ce qui ne dépend pas de nous.
PAULINE. — Il est facile d'aller dans les nuages? Ht comment cela? 11 me
sendjje qu'il faudrait avoir des ai les comme un oiseau.
m""" de VERTEUIL. — Lcs ailcs seraient un excellent moyen pour cet effet; mais, hélas! nous n'en avons point. Nous avons des jambes, et nos jambes peuvent y suffire.
PAULINE. — Des jambes pour aller dans les nuages ?
M™' DE VERTEUIL. Oui . SaUS doulc,
Pauline ; et tu vas bientôt convenir toimême qu'il n'est rien de si aisé à comprendre.
PAULiiNE — Oh! voyons Je vous prie, maman.
m""' de VERTEUIL. — Tu sauras d'abord qu'il y a des pays où l'on voit s'élever des montagnes , c'est-à-dire de grands monceaux de terre, de sable et de pierre, qui sont trente ou quarante fois plus hautes que les tours de Noire-Dame , plus hautes encore que le mont Valéricn , que je t'ai fait voir du haut de l'étoile de Chaillot.
PAULINE. — Eh bien, maman, ces montagnes?
m"* de VERTEUIL. — LOISqUC l'OU CSt
grimpé sur leur sommet, on est aussi
LE LIVKK DE l'AMiLLD.
haut que les nuages, et quelquefois plus haut ; alors on Its voit de la sous ses pieds, comme nous les voyous d'ici sur nos têtes.
PAULINE. — Et comment paraissent-ils être faits?
jjrae pg vERTEL'iL. Tu peux mc le dire, Pauline.
PAULINE. — Moi , maman? Je n'ai pas grimpé sur les montagnes, qu'il m'en souvienne.
jjme pg vERTEuiL. — Il cst Vrai. Mais il t'est cependant arrivé de te promener au milieu d'une espèce de nuage.
PAULINE. — Et quand donc, maman?
j^me pg VERTEUIL. — L'hivcr dcruier .
Ne te souviens-tu pas de cet épais brouillard qui nous surprit un jour, lorsque nous revenions de chez ton oncle ?
PAULINE. — Oui, vraiment , je m'en souviens encore.
M™^ DE VERTEUIL. — Eh bien, Pauline, ce brouillard était une espèce de nuage; et l'on voit sous ses pieds les nuages comme un brouillard , lorsque l'on est au sommet d'une haute montagne.
PAULINE. — Voilà qui est singulier.
jjrae jjg VERTEUIL. — QuoiqUC BOUS
fussions alors au millicu du brouillard , il nous fut impossible de le faire tomber eu pluie. Il nous serait donc aussi impossible de faire tomber les nuages en pluie , quand nous serions au milieu des nuages.
PAULINE. — Comment vient donc la pluie , maman ?
m"'' DE VERTEUIL. — Ton papa m'a promis de te l'expliquer.
PAULiNE. — Oh! c'est bon ; je saurai bien le faire souvenir de sa promesse.