‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 37 sur 197 · LES SENSATIONS · texte numérisé non relu

LES SENSATIONS

Mad. DE VERTEUIL, PAULINE,

sa fille.

M*"* DE VERTEUIL. — Pauliue , ferme les yeux , et ne les ouvre pas que je ne te le dise. Fort bien. Pense maintenant h Nanelle. N'est-ce pas comme si tu la voyais ?

PAULINE. — Oui, maman; il me semble la voir en effet.

m"^ de VERTEUIL. ■ — Et commcut la vois-tu ?

Pauline. — Comme si elle était devant moi, ou plutôt comme si elle était dcttis ma tête.

LE LIVKE DE FAMILLE

m""* de vbrtbuil. — EU bien! Pattline, lorsque, Nanetle étant absente , tU Ja vois cependant comme si elle était dans ta tête ou devant loi , alors tu te représentes ce que l'on appelle une image de Nanette.

PAOLiNE. — Puis-je mainlenant^ouvrir les yeux ?

jjme jjg vERTEuiL. — Oui , ma fille.

Mais , dis-moi , comme tu viens de penser à Nanette , ne peux-tu pas aussi penser de même à ton petit frère, à ta sœur, à ta poupée, à la maison de ta grand'maman?

PAULINE. — Oui , sans doute. Je viens de penser à tout ce que vous venez de dire , a mesure que vous le nommiez.

M™^ DE VERTEUIL. — N'est-CC paS

comme si tu avais eu tous ces objets devant toi , lorsque tu y pensais?

PAULINE. — Oui, maman î je les voyais devant moi, quoique j'eusse les yeux ouverts. Pourquoi me les faisiezvous fermer tout à l'heure?

jjme jjj. VERTEUIL. — Parcc que n'étant point distraite par autre chose, tu devais ne penser uniquement qu'à Nanette . et par conséquent t'en retracer une image plus vive. Tu en as dû aussi mieux remarquer ce qui arrive proprement lorsque l'on pense à quelque chose. Mais tu peux bien y penser , même lorsque tu as les yeux ouverts. Par exemple , pense maintenant à ton petit frère : ne vois- tu pas son image , sans avoir besoin de fermer les yeux?

PAULINE. — Oui , maman ; je le vois qui me sourit.

jjnie pg VERTEUIL. PcnSC à présCUt

à la table qui est là-bas dans la salie à manger. Ne saurais-tu me dire précisément de quelle couleur elle est, comme si tu la voyais? Est-elle noire, ou blanche? PAULINE. — Ni l'un ni l'autre, maman.

Elle est couleur de marron.

M'"'' HE VERTEUII,. — Est-cllc TOndc ,

ou carrée?

PAULINE. — Elle est ronde.

m"" ue VERTEUIL. — A merveille. Tu vois donc qu'en pensant à la table tu peux l'en représenter une image , et me dire sa couleur et sa forme aussi bien que si elle était sous les yeux.

PAULINE. — 11 est vrai, maman. Mais comment cela se fait-il ?

Celte table a

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