‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 5 sur 197 · SECONDE JOURNÉE · texte numérisé non relu

SECONDE JOURNÉE

M. DE PALMY. — EL bien , mes enfans !

vous étiez hier si bien d'accord ensemble ! Pourquoi n'en va-t-il plus de même aujourd'hui ?

CHARLES. — Mon papa , ce n'est pas ma faute. Auguste a pris mon cheval , et il ne veut pas me le rendre.

M. DE PALMY. — Et te l'avait-il demandé ?

CHARLES. — Non, mon papa.

M. DE PALMY. — Eh bien ! Auguste , pourquoi avcz-vousprisle cheval de votre frère ? Ne vous avais-je pas dit hier que vous ne pouviez y toucher sans sa permission ?

AUGUSTE. — Il est bien vrai, mon papa ; mais je n'avais rien pour jouer : Paulin avait pris ma brouette. J'ai trouvé le cheval de Charles sans rien faire, et j'ai cru pouvoir m'en servir , tandis que Charles courait après des papillons.

I,E LIVRE DE FAMILLE

M. DE PAL.MY. — 11 ii'iinporte. Tu n'avais aucun droit sur le cheval , quoique ton frère n'en fît pas usage en ce moment. Et toi , Paulin , pourquoi avais-tu pris la brouette de ton frère , sans savoir d'abord s'il voulait te la prêter?

PADLi.v. — Mon papa , c'est que tandis que j'étais allé un moment sur la porte , Auguste avait traîné mon carrosse ; il ne m'en avait pas demandé la permission :

alors j'ai pris ma revanche sur sa brouette en la faisant courir.

M. Dc PALMY. — 11 me semble , Auguste , que tu l'avais mérité. IMais toi , Paulin , fais-y bien attention une autre fois. Quand bien même l'un de tes frères te prendrait quelque chose , tu ne dois pas pour cela prendre ce qui lui appartient : autrement ce seraient des querelles à ne jamais finir.... Tu dois plutôt le prier de te rendre ton bien , et s'il ne veut pas le faire, lui dire que tu viendras m'en avertir; s'il refuse encore, tu n'auras qu'a venir a moi, et j'irai à ton secours. Allons , rendez - moi tous vos joujoux , pour que je fasse justice.

CHARLES. — Qu'est-ce que faire justice , mon papa ?

M. DE PALMY. — C'cst Fcndrc à chacun ce qui lui appartient , et punir ceux qui l'ont mérité. Tiens , Charles , voici ton cheval. Auguste , voici ta brouette. Voila ton carrosse, Paulin. Que chacun reprenne ce qui est à lui ; mais puisque Auguste a été la cause de toutes ces querelles , puisqu'il a été le premier à prendre le carrosse de Paulin . tandis que Paulin était allé sur la porte , et le cheval de Charles, tandis que Charles courait après des papillons , je veux qu'il passe le reste de la journée sans jouer avec sa brouette; elle restera dans ce coin.

AUGUSTE. — Mais, mon papa....

M. DE PALMY. — Mou ami, l'arrêt est prononcé. Tu dois sentir en toi-même

qu'il est juste ; et tu sais qu'il faut obéir, sans murmurer, à mes ordres.

AUGUSTE. — Eh bien , mon papa , je m'y soumets.

M. DE PALMY. — C'cst tou premier devoir. Pour toi , Paulin , souviens-toi désormais que tu ne dois rien prendre à un autre , sous prétexte qu'il t'a pris quelque chose. Cela s'appelle se faire justice soi-même ; et ce droit n'appartient pas aux enfans; il n'appartientqu'à leur père. Si les enfans prétendaient se faire justice eux-mêmes , ils passeraient leur journée à se prendre leurs jouets et a se les reprendre , puis à se quereller, peut-être même à se battre; ce qui serait affreux entre des frères , qui doivent toujours s'aimer. Songez, à l'avenir, que c'est moi seul qui ai le droit d'arranger vos différends , et tâchez , surtout , de vous accorder assez bien ensemble pour que je n'en sois pas continuellement importuné.

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