LIVRE I
Pour boire le tokai dans des coupes dorées :
Taime mieux du soleil éviter les chaleurs Sous l'humble coudrier soumis à ma puissance. Périssent les trésors, plutôt que mon absence , O ma chère Eucharis , fasse couler tes pleurs ! Que me fiiut-il à moi ? des routes incertaines Squs un ombrage frais , de limpides fontaines , Un gazon toujours vert, des parfums et des fleurs.
Oui, ma divine maîtresse , Pourvu que sur mon cœur je presse tes appas, Qu'importe que la Gloire, accusant ma paresse, Agite le laurier qui m'attend sur ses pas?
Loin du tumulte et des alarmes , Je vivrais avec toi dans le fond des forêts.
Ce bras n'a jusqu'ici manié que des armes ; Mais disciple, avec toi , de la blonde Gérés, Je ne rougirais pas de dételer moi-même
Des bœufe fumans sous l'aiguillon , De reprendre , le soir, un pénible sillon, Et de suivre , à, pas lents , le soc de Triptolème. Je ne rougirais pas, sous mes doigts écumans, De presser avec toi le nectar des abeilles , D'écarter les voleurs et les oiseaux gourmands , Ou de compter les fruits qui rompent tes corbeilles.
Avec toi , d'un front plus riant,
J'accueillerais une aimable indigence, Que si des dieux , sans toi , la barbare indulgence Mettait à mes genoux l'Europe et l'Orient Que m'importe l'Eupbrate et son luxe superi>e? Que m'importe Paris et son art dangereux.
Si , tous deux enfoncés dans l'épaisseur de l'herbe, Ou dans ces blés flottans , dont l'or sur tes cheveux , Ornement importun, vient se courber en gerbe? Je te trouve plus belle, et moi plus amoureux. Ah ! loin des faux plaisirs dont la richesse abonde. Crois-moi, l'amant heureux, qui seul au fonddu bois Te caresse au doux bruit et des vents et de l'onde. Est au-dessus des rois qui gouvernent le monde. Est au-dessus des dieux qui gouvernent les rois.