LIVRE I
ELEGIE XIII
AEUCHARIS.
Si les vents , la plaie et la foudre ,
La nuit, sous un ciel orageux ,
Meuacent de réduire en poudre
Nos toits ébranlés dans leurs jeux ,
Tu te rapproches, tu me presses;
Je sens tes membres agités :
Et , trbte au sein des voluptés.
De nos innombrables caresses.
Les dieux, dis- tu, sont irrités*
Eh ! qu'importe à ces dieux paisibles ,
Nourris d*enoens sur leurs autds,
L'amour de deux faibles mortels,
Qu'eux-méme Us ont créés sensibles ?
Quel mal leur fait ce doux pkisir,
Chef-d'cBuvre heureux de leur puissance,
4o LES AMOURS.
Cet éclair de la jouissance
Que l'on peut à peine saisir?
Les dieux ne sont point en colère ;
Va, cesse enin de t'alarmer ;
Rejette une erreur populaire;
Crois-moi , dans la saison de plaire
Le ciel ne défend point d'aimer.
Aimons , ô ma belle maîtresse !
Buvons nos vins délicieux; Et que dans cette double ivresse, La mort , au sein de la paresse , Vienne demain fermer nos yeux !
L'Amour, par une pente aisée, La tète ceinte encor de fleurs.
Loin du triste séjour des pleurs Te conduira dans TÉIysée.
Là, sous des berceaux toujours verts, Au muru^re de cent fontaines.
On voit les ombres incertaines Danser, former des pas divers; Et récho des roches lointaines Redit les plus aimables vers.
C'est là que vont régner les belles Qui n'ont point trahi leurs sermens ;