‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 27 sur 102 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Si doux, qu'après soixante hiverâ L'amant se plaise à les relire.

Pour tracer son portrait brillant, Je suivrai, s'il le faut, ma douce fantaisie :

L'aurore, au bord de l'orient, Aura paru moins bdle aux peuples de l'Asie^ Tu pâliras en le voyant De fureur et de jalousie^ Pardonne, pardonne, Eucharis; N'en crois pas mes dédains, n'en 6rois pas ma oolèi'e: NuUe autre n'entrera dans mon lit solitaire, Nulle autre ne vivra dans mes derniers écrits. Avant que ta beauté sorte de ma mémoire , On verra l'eau suspendre et rebrousser son cours ; Le soleil oubUra de dispenser les jours , Et le peuple français de voler à la gloire.

Sois plus coupable encor, je t'aimerai toujours. Je t'aimerai : voilà ma destinée.

Oui, malg^ ton crime odieux , Je ne saurais haïr tes yeux , Ces yeux encor si chers à mon ame étonnée, Ces yeux, mes souverains, mes astres et mes dieux. Cent fois par eux , il m'en souvient, cruelle ! Tu m'as juré de me garder ta foi.

Jusqu'au tombeau d'être toujours à moi ,

Et de mourir amoureuse et fidèle.

Tu voulais que ces yeux charmans , Tout d'un coup détachés de leur double paupière, Punissent ton erreur, si jamais la première On te voyait changer et trahir tes sermens.

Et tu peux les lever encore Vers ce ciel outragé qu'indignent tes rigueurs! Et tu ne frémis pas d'armer ces dieux vengeurs Que ton impunité trop long-temps déshonore!

DtB-moi; qui te foi^it d'imiter la pâleur, Et de meurtrir ton sein de tes ongles barbares ? Dis-moi ; qui te forçait , dans ta feinte douleur, De répandre à regret quelques larmes avares ?

Fiez-vous donc, tristes amans, Aux soupirs, aux faveurs , aux transports de vos belles! Ah ! croyez-moi; saisissez les instans

Qui vous sont accordés par elles :

Il n'est point d'amours éternelles,

Il n'est point de plaisirs constalis.

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