LIVRE II
ELEGIE IV
AEUCHARIS.
Qae me sert aujourd'hui, dans des nuits plus heureuses, 1 )'aToir su te former aux combats de Yénus?
Que me sert , en pressant tes lèvres amoureuses , Oe tf avoir révélé des secrets inconnus ?
Je suis victime, hélas 1 de ma propre science; Moi-même à me trahir j'instruisis ta beauté : Que je dois regretter ton aimable ignoruice, Ta craintive pudeur, et ta simplicité!
Quand ton cœur autrefois couronna ma tendresse , Tes mains savaient à peine agiter des verrous ; Je t'appris, le premier, par quelle heureuse adresse On peut, en les tournant, édiapper aux jaloux : Je t'appris l'art si cher à la jeune maîtresse D'écarter de son lit un odieux époux.
Malheureux I en un mot, je t'appris comme on aime! Ton orgueil s'enrichit de mes rares secrets.
Du suc bnllant des fleurs j'embellis tes attraits ^
Et remis dans tes mains le fard de Vénus même.
Nulle amante bientôt ne sut mieux effacer
Le bleuâtre sillon cpie sur un cou d'albâtre
Imprime de ses dents un amant idolâtre,
Et ces doux souYenirs qu'on se plaît à tracer.
Quel prix de tant de soins a donc reçu ton maître?
Un autre impunément jouit de mes leçons.
Le laboureur du moins recueille ses moissons,
Et goûte en paix les fruits que ses mains ont fait naître.
Un autre, un autre... 6 ciel! conçois-tu mes soupçons?
Conçois-tu les fureurs de mon ame offensée?
Oui, je te vois , ingrate! et ma trbte pensée
Se figure déjà de combien de façons
Le barbare te tient, sans pudeur, embrassée.
Peux-tu me préférer ce rival orgueilleux ,
Til suivant de Plutus que l'intérêt dévore.
Et dont l'instinct grossier préfère à tes beaux yeux
Ces trésors criminels qu'aux bornes de l'aurore
A cachés vainement la prudence des dieux?
Oses-tu bien presser de tes mains caressantes
Ce cœur inexorable aux travaux endurci,
Qui trois et quatre fois , sous un ciel obscum ,
iPTa pas craint d'affronter les deux mers frémissantes
Et des chiens de Scylla les clameurs gémissantes.