‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 29 sur 102 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Et ces gouffres profonds toumoyans sous ses pas? PeDses-tu qu'amoureux de son doux esclavage, Désormais il renonce à quitter le rivage P On dit que l'inhumain , méprisant tes appas , Déjà prêt à partir sur la foi d'une étoile , Redemande des vents, fait déployer la voile, Et de ton lit oiseux veut courir au trépas.

Que je plains ta douleur, amante infortunée!

Combien tu pleureras ton fol égarement!

Malgré ton crime, l^las! de plaisirs couronnée, Puîsses-tu ne jamais connaître le tourment D'aimer conmie je t*aime, et d*étre abandonnée!

6o LES AMOURS.

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ELEGIE V

Je TOUS revois, ombrage solitaire, Lit de verdure impénétrable au jour, De mes plaisirs discret dépositaire.

Temple cbarmant où j'ai connu l'Amour.

O souvenir trop cher à ma tendresse!

J'entends l'écho des rochers d'alentour Redire encor le nom de ma maîtresse :

Je vous revois, délicieux séjour!

Mais ces momens de bonheur et d'ivresse , Ces doux momens sont perdus sans retour.

C'est là, c'est là qu'au printemps de ma vie En la voyant je me sentis brûler D'un feu soudain : je ne pus lui parler ; Et la lumière à mes yeux fut ravie. C'est là qu'un soir j'osai prendre sa main , Et la baiser d'un air timide et sage :

C'est là qu'un soir j'osai bien davantage ;

LIYEE IL 6i

Bapidement je fis battre son sein, Et la rougeur colora son visage :

Cest là qu'un soir je la surpris au bain.

Je vois plus loin la grotte fortunée Où dans mes bras soumise, abandonnée, Les nœuds défais, et les cheveux épars , De son vainqueur évitant les regards, Mon Eucharis, heureuse et confondue, Pleura long-temps sa liberté perdue.

Le lendemain , de ses doigts délicats Elle pinçait les cordes de sa lyre; Et l*œil en feu , dans son nouveau détire , Elle chantait l*amour et ses combats.

A ses genoux, j'accompagnais tout bas Ces airs touchans que l'Amour même inspire, Que malgré soi Ton se plaît à redire L'instant d'après. Alors plus enflammé Je m'écriais : «Non , Corinne et Thémire , Céphise , Àglaure , et la brune Zohné Qu'on vante tant, ne sont rien auprès d'elle! Mon Eucharis est surtout plus fidèle ; Je suis bien sûr d'être toujours aimél »

La nuit survint : asile humble et champêtre, Long corridor interdit aux jaloux ,

Tu protégeas mes larcins les plus doux.

Combien de fois j'entrai par la fenêtre Quand sa pudeur m'opposait des verroux !

Combien de fois, dans l'enceinte profonde De ces ruisseaux en fuyant retenus, Au jour baissant, je vis ses cbarmes nus En se plongeant embrassés de leur onde, Et sur les flots quelque temps soutenus! Je croyais voir ou Diane, ou Vénus, Sortant des mers pour embellir le monde !

Combien de fois , au sein même des eaux Qu'elle entr'ouvrait, me plongeant après elle, Et la pressant sur un lit de roseaux , Je découvris une source nouvelle De voluptés dans ces antres nouveaux !

O voluptés, délices du bel âge.

Plaisirs, amours, qu'êtes-vous devenus?

Je crois errer sur des bords inconnus.

Et ne retrouve ici que votre image.

Dans ce bois sombre en cyprès transformé.

Je n'entends plus qu'un triste et long murmure; Ce vallon frais, par les monts renfermé, ]N 'offre à mes yeux qu'une aride verdure; Xi'oiseau se tait, l'air est moins parfumé,

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