LIVRE II
D'abjurer promptement de si longues amours 1 Tant que le même mur nous ser?ira d'asile, Tant que le même ciel éclairera nos jours, Hélas ! je le sens bien , je l'aimerai toujoiurs.
Si vous voulez que je l'oublie, O mes amis , partons , ôtez-mdi de ses yeux : Pour de lointains climats abandonnons ces Ueux. Courons interroger les champs de l'Italie, £t lui redemander ses héros et ses dieux!
Fuyons. Adieu, remparts, superbe promenade, Dont les ormes touffus environnent Paris; Adieu, bronze adoré du plus grand des Henris; Adieu , Louvre iounortel, pompeuse colonnade; Adieu surtout, adieu, trop ingrate Eucharis!
Je le verrai ce beau ciel de Provence, Ces vallons odorans tout peuplés d*orangers , Où l'on dit qu'autrefois des poëtes bergers Les premiers dans leurs vers marquèrent la cadence.
Je verrai le paisible port, Et les antiques tours de la riche Marseilles. Nos vaisseaux sont-ils prêts ? Poussez-nous loin du bord. Compagnons , courbez-vous sur des rames pareilles, Fendez légèrement le dos des flots amers; Abandonnez la voile au souffle qui l'entraine.
Le zéphyr règne dans les airs ;
Et moUement porté sur la mer de Tyrrhène , Je découvre déjà la ville des Césars, Rome, en guerriers femeux autrefois si féconde, Rome , encore aujourd'hui Tempire des beaux arts, L*oracle de vingt rois et le temple du monde. Voilà donc les foyers des fils de Scipion, Et des fiers descendans du demi-dieu du Tibre! Voilà ce Gapitole et ce beau Panthéon , Où semble encore errer Tombre d*un peuple libre! O qui me nommera tous ces marbres épars , Et ces grands monumens dont mon ame est frappée? Montons au Vatican , courons au Champ-de-Mars, Au portique d'Auguste , à celui de Pompée.
Sont-ce là les jardins où Catulle autrefois Se promenait le soir à côté d*Hypsitbille ?
Citoyens, s*il en est que réveille ma voix, Montrez-moi la maison d'Horace et de Virgile? Avec quel doux saisissement
Ton livre en main, voluptueux Horace, Je parcourrai ces bois et ce coteau charmant Que ta muse a décrits dans des vers pleins de grâce, I)e ton goût délicat étemel monument !
J'irai dans tes champs de Sabine,
Sous l'abri frais de ces longs peupliers Qui couvrent encor la ruine