LIVRE ïï. 8i
Sûr d'être aimé de ma beUe maîtresse, Par mon bonheur je surpassais les dieux.
Depuis long-temps §a fatale colère D'ennuis amers a trop su me nourrir.
Je perds son cœur, je cesse de lui plaire , De ma douleur je n'ai plus qu'à mourir.
Oui , j'en mourrai; voilà mon espérance.
Je vois déjà mon étoile pâlir ; Lassé du jour, lassé de ma souffrance , /
Dans le Çpcyte, avec indifférence.
Comme un ton*eut je cours m'ensevelir.
Approchez-vous pour fermer ma paupière, Approchez-vous, peuple cher à Vénus!
Votre ami touche à son heure dernière :
Bientét, hélas! Mysis ne sera plus.
Oh! qui pourra me voir ainsi descendre Dans le cercueil, à la fleur de mes jours?
Qui ne voudra toucher au moins la cendre Du paresseux qui chante les amours .•* Là ! je le sais , nul orateur célèbre N'étalera d'éloquentes douleurs.
Mais sur ma tombe on sèmera des fleurs; Mais nul amant de la pompe funèbre Ne reviendra sans répandre des pleurs.
A la pitié toi seule inaccessible,
Toi seule , ingrate et coupable beauté , Contempleras d*un œil sec et paisible La place encore où ce cœur trop sensible Déplorera ton infidélité.
O mes amis! pour consoler mon ombre.
Transportez-moi sous les rians berceaux De Feuillancour, dans ce boîs frais et sombre Entrecoupé de mobiles ruisseaux ; Dans ce Tibur solitaire et cbampétre Aux jeux , aux ris , aux plaisirs consacré ; Dans ce vallon tant de fois célébré.
Où maintenant tous m'appelez peut-être!
Là , mes amis , au pied d'un jeune hêtre , D'une onde pure en tout temps abreuvé.
Que mon tombeau soit sans pompe élevé ; Et que vos mains y prennent soin d'écrire Ces vers , quHm jour du haut du grand chemiu Le voyageur qui monte à Saint-Germain , Tout en courant s'empressera de lire :
« Ci-glt, hélas! un amant trop épris « Des doux attraits d'une beauté cruelle ; « Tout son destin fut d'aimer Eocbaris , « Et de mourir abandonné par elle. >^