‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 43 sur 102 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Te souvient-il de ces belles soirées

Où dans le bois touffu nous respirions le frais? Entre ta sœur et la mère , égarées.

Mes mains savaient toujours rencontrer tes attraits. De mon bras gauche étendu par derrière, Je te serrais mollement sur mon cœur; A leurs côtés je baisais4a paupière, Et ce péril augmentait mon bonheur.

Enfin je Tai cueilli ce prix de ma tendresse,

Que tes cris refusaient à mon juste désir; Tu sais avec combien d'adresse ,

Malgré toi, par degrés , il fallut le saisir.

Tu frémis de douleur, tu répandis des larmes;

Mais un dieu qui survint dissipa tes alarmes,

Et le plaisir guérît l'ouvrage du plaisir.

Prémices de l'amour, délicieuse ivresse.

Ah! que ne durez-vous toujours!

Plaisirs dont l'enfance intéresse ,

Ne fuyez pas si vite; arrêtez : qui vous presse?

Votre aurore vaut seule un siècle de beaux jours.

Eh! qui peut remplacer l'erreur enchanteresse

Où s'abandonne alors un amant éperdu?

Le breuvage divin qu'a goûté sa maîtresse , Le fruit que sa bouche a mordu ,

Son baiser du matin, sa première caresse ,

L'attente d'un bonheur mille fois suspendu , Et ce mot si touchant, ce seul mot : je vous aime. Est peut-être aussi doux que la volupté même.

O ma divinité suprême, Prolongeons, s'il se peut, des momens aussi courts! Laissons là la vieillesse et tous ses vains discoure. Je foule aux pieds ces biens que le vulgaire envie; Dans tes bras amoureux j'achèverais ma vie Loin du bruit des cités et du foste des cours.

Transportez-moi sous le p61e du monde.

Dans ces déserts glacés, où , tout couvert de peaux, Seul, errant tristement dans une nuit profonde , Le Lapon emporté sur de légers traîneaux Promène incessamment sa hutte vagabonde.

Transportez-moi sous l'ardent équateur.

Dans les sables mouvans de l'inculte Libye : Oui , j'aimerai toujours les yeux de Catilie , Oui, j'aimerai toujours son sourire enchanteur.

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