LA MOISSON
Ma maîtresse retourne à sa maison des champs :
Quel cœur i>arbare et dur peut rester à la ville ?
Fuyons, dérobons-nous à sa pompe servile,
A ses frivolités, à ses discours méchans.
Loin des remparts poudreuxqu*arrose en vainla Seine,
Courons des firuits vermeils admirer les couleurs,
Et sous le frais abri des forêts de Vincenne
Du Lion dévorant éviter les chaleurs.
Viens, l'autel est paré ; viens , la victime est prête :
Descends du haut des deux , bienfaisante Gérés !
Prends ta faucille en main, et couronne ta tête
De bluets et d'épis, trésors de tes guérets.
O mes Lares, ce jour doit être un jour de fête ;
Des plus riants festons j'ornerai vos portraits.
Écartez loin de nous et la pluie et l'orage,
D'un jour tranquille et pur éclairez nos moissons^
Voyez- vous ces vieillards, ces filles, ces garons , Tout un peuple courbé qui s'empresse à Touvrage, Et détonne gaîment de rustiques chansons?
Us vont de rang en rang : sous leur main diligente Déjà ces longs tuyaux , d'énormes grains chargés, Tombent sur les sillons, en faisceaux partagés. Le van^chasse dans l'air une paille indigente; La terre au loin gémit sous Teffort des batteurs : Vers le soir, au château la troupe cantonnée Se délasse en riant du poids de la joumée ; Et le plaisir succède à ces soins enchanteurs. Amis, qu'attendez-vous? Mélons-nous à la danse De ces pâtres joyeux folâtrant sous l'ormeau : Le flageolet aigu marque assez la cadence ; Conduisons tour-à-tour les belles du hameau.
Qu'on tire cent flacons de la glace pilée; Versez-moi d*un vin frais qui ternit le cristal : Je ne rougirai point , ce soir dans la vallée , De vous suivre en tremblant et d'un pas inégal : Tout sied en ce beau jour. Buvons à Catilie, Buvons à Nivernais, buvons à Maillebois !
Et vous, soutien du trcne, espoir de la patrie. Mon protecteur, mon maître, auguste.£l8 des rois » Encouragez ma muse, et soutenez ma voix.
Je chante les jardins et le dieu des campagnes ,