LIVRE III. io
Cent fois j'adore ton image , Cent fois je baise tes cheveux ; Et dans ce palais fastueux , Tandis que la foule importune Fatigue l'aveugle Fortune De miUe cris ambitieux , Moi , sans désir et sans envie , Libre de soins , content des deux , Et presque étranger dans ces lieux.
Hélas! je ne demande aux dieux Que d'être aimé de Catilie.
Mais toi, comptes-tu les momens Que je traîne dans les alarmes ?
As-tu ressenti mes tourmens ?
Et loin de moi , tes yeux charmans Ont-ils répandu quelques larmes ?
L'air triste , et les regards baissés , Vas- tu , rêveuse et solitaire , Sous ces tilleuls entrelacés, Dont l'ombre invite au doux mystère, Ou dans ce bois dépositaire De nos plaisirs trop tôt passés , Loin d'une mère vigilante Relire encore mes écrits.
Et sur la poussière inconstante
io6 LES AMOURS.
Tracer le nom que tu chéris ?
Oh ! de mon pénible esclavage Quand pourrai-je à la fin sortir?
Quand verrai- je le doux rivage Où , dans la fleur du plus bel Age , J*ai reçu ton premier soupir ?
Qu'il est cruel dans sa folie L'amant de faveurs enivré, Qui, libre de passer sa vie ' Aux pieds d'un objet adoré, Trop épris de l'éclat frivole Des biens , dés honneurs et des rangs , Court, sous des lambris transparens Où resplendit l'or du Pactole, Du vulgaire encenser l'idole Et ramper à la cour des grands!