LIVRE III
ELEGIE IX
Si j*ai su quelquefois dans mes yen séducteurs iDstruire à tes larcins la timide ignorance; Si j*ai chanté la crainte et la douce espérance, Tes combats, tes plaisirs, et tes soins enchanteurs; Si dans tes jours sacrés , aux autels de ta mère J'ai porté, jeune encor, mon encens et mes vœux,
Et couronné tes beaux cheveux
De la guirlande qui t'est chère, Amour, saisis ton arc , à tes pieds détendu , Descends du mont Éryx; abandonne Cythère; Viens, vole, je t'attends. Va dire à ma bergère Que ce jour doit me rendre a son cœur éperdu !
Tu pares même une infidèle
Aux yeux d*un amant irrité :
Amour, donne à ses traits une grâce nouvelle , A tous ses mouvemens an air de volupté :
io8 LES AMOURS.
De ton haleine pure , ou du vent de ton aile,
Rafraicliis cet éclat dont brille sa beauté.
D'un regard languissant, d*un séduisant caprice ,
D'un refus enchanteur montre^lui le pouvoir;
Dis ce qu'on peut donner, ce qu'il faut qu'on ravisse,
Ce que tu veux qu'on cache, ou qu'on laisse estrevoir.
D'une aimable rougeur que son front s'embellisse;
Et que je croie encor surmonter son devoir.
Yois-tu la vigne tortueuse Embrasser les ormeaux et ramper autour d'eux? Que plus tendre, ce soir, ou plus voluptueuse, Catilie , à Tinstant qui nous joindra tous deux , M*enlace de ses bras , m'entoure de leurs nœuds , Et que sa dent légère , en redoublant mes feux , Imprime sur ma bouche une marque amoureuse.