‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 56 sur 102 · LIVRE m. n · texte numérisé non relu

LIVRE m. n

Jamais, hélas! dans la même demeure Le doux sonmieil ne fermera nos yeux.

Qu'est devenu ce temps , cet heiu«ux âge Où les mortels n'ayant reçu des cieux Qu'un champ fertile , un corps laborieux , Des firuits, des fleurs, et des bois en partage, Près d'une eau pure, exempts de tristes soins, A peu de frais contentaient leurs besoins ; Et deux à deux , sous des toits de feuillage , Goâtaient en paix de fortunés loisirs.

Pauvres d^argent et riches de plaisirs ?

Dans ces beaux jours, hélas! dignes d'envie.

Ta voix d'un père eût fléchi les rigueurs ?

Amant comblé des plus douces faveurs , A tes genoux j'aurais passé ma vie; Et la mort seule eût désuni nos cœurs. * L'or aujourd'hui règne en dieu sur la terre ; n faut un char, de superbes atours :

L'or aux plaisirs a déclaré la guerre.

Et foule aux pieds les plus tendres amours.

L'or t'a livrée à l'objet de ta haine :

D'un riche époux tu vas suivre les lois; Et moi , réduit, pour distraire ma peine , A la chanter d*une mourante voix.

Je traîne, hélas! ma fortune incertaine

ii6 LES AMOURS.

Aux champs de Mars et dans la cour des rois.

Oublions-nous quand le ciel nous sépare !

Le ciel lui-même a reçu tes sermens :

Il punirait... Pardonne, je m*égare :

Non , non » crois-moi , le ciel n*est point barbare ; Il permet tout aux malheureux amans.

Il a voulu que Tamante éplorée, Qu'un sort impie ou qu'une injuste loi Force à donner sa main désespérée.

Et qu'à l'autel on traîne malgré soi , Pût oublier impunément la foi Que sa faiblesse ou sa crainte a jurée.

C'est moi, c'est moi qui d'un soin enchanteur Dès ton aurore ai su remplir ton ame :

Je suis l'objet de ta première flamme , Dans l'art d'aimer ton premier préc^leiir.

Ton cœur sensible est mon heureux ouvrage ; Tu m'appartiens : c'est moi seul qu'on outrage , Et ton époux est un usurpateur.

Quoi 1 je verrai son insolente ivresae !

Quoi ! j'ornerai son triomphe odieux !

Ah ! s'il est vrai que ta vive tendresse Me redemande aux pieds même des dieux ; Si mon amour à ce point t'intéresse» S'il t'est plus cher que la clarté des cieux ,

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