‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 59 sur 102 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Je vois tous les cœurs emportés.

Sans crainte à la ville , au village , On forme des liens charmaûs ; Et TunÎTcrs n'est qu'un bocage Peuplé de fortunés amans.

L'iùnour d'une douce folie Prend soin de remplir leurs momens; Nous seuls, ma chère Gatilie , Nous seuls éprouvons ses tourmens.

Sans témoins, une loi sévère Me défend de vous approcher ; A l'œil d'un époux ou d'un père Toujours soigneux de me cacher, Depuis une semaine entière.

Je n'ai pu seulement toucher La main et si douce et si chère. Où , sans exciter leur colère , Du mortel le moins téméraire La bouche a droit de s'attacher.

A table , aux jeux , on nous sépare ; Nos Argus veillent en tous lieux; Et, recherchant d'un œil avare Les pleurs qui roulent dans vos yeux , Ils se font un plaisir barbare De troubler jusqu'à nos adieux.

Mais ne craignez point, ô mon ame!

Que leur inflexible rigueur Éteigne ou lasse mon ardeur :

Mes chagrins même et leur fureur Vous rendent plus chère à ma flamme.

Ah I si , malgré leurs soins jaloux , Mon cœur se &it entendre au vôtre.

Mon sort est encore assez doux.

J^aime mieux souffrir avec voua , Que d*être heureux avec une autre.

Page 1