‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 60 sur 102 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ELEGIE XIV

A LA MÊME

Du firacas de la ville et des jeux du théâtre , Lorsqu'aux champs tout mûrit, c*est assez ^occuper :

Aux VŒUX d'une foule idolâtre, Ta corbeille à la main , il est temps d'échapper.

Déjà secouant sa crinière Le Lion enflammé s'élance dans les cieux , Et le soleil rapide au haut de sa carrière.

Nageant dans des flots de lumière , Retourne à Téquateur d'un pas victorieux; Déjà le cou penché, sans force et sans courage,

Et le pasteur et les troupeaux Des bois silencieux cherchent le doux ombrage, Et le zéphyr plus rare, et la fraîcheur des eaux.

Viens , conduis sous mes toits rustiques Ces demi-dieux enfans qui ne te quittent plus : Je n'ai pomt à t'offrir de superbes portiques,

iH LES AMOURS.

Ni de marbres vivans , ni ces lacs magnifiques Qui creusent les jardins des nouveaux Lucullus. Mais , ô touchant objet de ma dernière flamme ! ( Car nulle autre après toi ne charmera mes yeux ) Je te promets des jours aussi purs que ton ame. Et des bois à midi sombres, délicieux.

Je te promets, le soir, des grottes solitaires. Un bain rafraîchissant dans des eaux salutaires. Les fruits que tu chéris, un vin pur et vermeil , Des essaims bonrdonnansdansle creux des vieux chênes, Et le concert flatteur de vingt sources prochaines , Dont le murmure invite aux douceurs du sommeil. Là , cachés prudemment dans mon enclos fertile , Nous passerons en paix la saison des chaleurs ; Là, mollement couchés sous un tremble mobile, Tomerai tes cheveux de guirlandes de fleurs ; Et de ce prix divin , dont ta bouche est avare. Payant mes tendres soins , le cou penché sur moi , Sans craindre désormais que la nuit nous sépare,

Tu chanteras sur ta guitare Nos plaisirs et les vers que j'aurai faits pour toi.

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