‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 62 sur 102 · AUX MANES D'EUCHARIS · texte numérisé non relu

AUX MANES D'EUCHARIS

Depuis que tu n*es plus, depuis que je te pleure , Le soleil a fini , recommencé son tonr :

Je puis enfin vers ta demeure Tourner mes tristes yeux, lassés de voir le jour. O toi , jadis Tobjet du plus ardent amour , Toi que j'aimais encor d'une amitié si tendre ,

Eucharis , si tu peux m'entendre Des bords du fleuve afi&eux qu'on passe sans retour. Reçois ces derniers vers que j'adresse à ta cendre! Lorsque du sort, si jeune , éprouvant la rigueur, Tu périssais, hélas ! d'un mal lent et funeste. Moi-même, tu le sais , consumé de langueur.

Je voyais de mes jours s'évanouir le reste.

Tu mourus : à ce coup, j'en atteste les dieux , Je demandai la mort; j'étais prêt à te suivre : A mes plus chers amis j'avais fait mes adieux.

LFVRE m. 129

Catilie à Tinstant vint s*ofïrir à mes yeux , Me serra sur son cœur ; et je promis de vivre.

Trop heureux sous sa douce loi , EUe-méme aujourd'hui permet que je t'écrive : Tout ce qui te connut te regrette avec moi , Et cherche à consoler ton ombre fugitive.

Déjà, les yeux mouillés de pleurs , Et brisant son beau luth qui résonnait encore,

Le doux chantre d'Éléonore Sur tes restes chéris a répandu des fleurs.

Il t'élève un tombeau : c'est assez pour ta gloire.

Moi, plus timide, tout auprès

Je choisis un jeune cyprès ,

Et là je grave notre histoire.

A ce mot, Eucharis, ne va point t'alarmer.

Loin de moi tous ces noms dont un amant accable

L'objet qu'il cesse de charmer!

Le temps a dû me désarmer,

Et ton cœinr n'est point si coupable.

Pour un autre que moi s'il a pu s'enflammer,

Sans doute il était plus aimable..,.

Hélas ! savait-il mieux aimer ?

N'importe; dors en paix , ombre toujours chérie; D'un reproche jaloux ne crains plus la rigueur :

i3o LES AMOURS.

Ma haine s'est évanouie.

Tu fis , sept ans entiers, le bonheur de ma vie ; C'est le seul souvenir qui reste dans mon cœur.

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