AUX MANES D'EUCHARIS
Depuis que tu n*es plus, depuis que je te pleure , Le soleil a fini , recommencé son tonr :
Je puis enfin vers ta demeure Tourner mes tristes yeux, lassés de voir le jour. O toi , jadis Tobjet du plus ardent amour , Toi que j'aimais encor d'une amitié si tendre ,
Eucharis , si tu peux m'entendre Des bords du fleuve afi&eux qu'on passe sans retour. Reçois ces derniers vers que j'adresse à ta cendre! Lorsque du sort, si jeune , éprouvant la rigueur, Tu périssais, hélas ! d'un mal lent et funeste. Moi-même, tu le sais , consumé de langueur.
Je voyais de mes jours s'évanouir le reste.
Tu mourus : à ce coup, j'en atteste les dieux , Je demandai la mort; j'étais prêt à te suivre : A mes plus chers amis j'avais fait mes adieux.
LFVRE m. 129
Catilie à Tinstant vint s*ofïrir à mes yeux , Me serra sur son cœur ; et je promis de vivre.
Trop heureux sous sa douce loi , EUe-méme aujourd'hui permet que je t'écrive : Tout ce qui te connut te regrette avec moi , Et cherche à consoler ton ombre fugitive.
Déjà, les yeux mouillés de pleurs , Et brisant son beau luth qui résonnait encore,
Le doux chantre d'Éléonore Sur tes restes chéris a répandu des fleurs.
Il t'élève un tombeau : c'est assez pour ta gloire.
Moi, plus timide, tout auprès
Je choisis un jeune cyprès ,
Et là je grave notre histoire.
A ce mot, Eucharis, ne va point t'alarmer.
Loin de moi tous ces noms dont un amant accable
L'objet qu'il cesse de charmer!
Le temps a dû me désarmer,
Et ton cœinr n'est point si coupable.
Pour un autre que moi s'il a pu s'enflammer,
Sans doute il était plus aimable..,.
Hélas ! savait-il mieux aimer ?
N'importe; dors en paix , ombre toujours chérie; D'un reproche jaloux ne crains plus la rigueur :
i3o LES AMOURS.
Ma haine s'est évanouie.
Tu fis , sept ans entiers, le bonheur de ma vie ; C'est le seul souvenir qui reste dans mon cœur.