LIVRE III
Ces trônes de gazon, cet antre solitaire, Ces bosquets odorans qu'habite le Mystère, Tout parle de l'Amour, tout peint la volupté. Sous des lilas dont la tige penchée Du midi même amortit les chaleurs, Du haut des monts une source cachée Tombe en cascade, et fuit parmi les fleurs, rapproche: quels objetsi L*herbe à demi couchée Des débris d'un bouquet était encor jonchée ; Et deux chiffres , plus loin sur le sable enlacés , Par le souffle des vents n'étaient point effacés. A cet aspect soudain , au murmure de l'onde, Qui seul de ces déserts trouble la paix profonde , Je me sentis tout d'un coup pénétré D'une douce mélancolie; Le souvenir de Catilie Vint resserrer mon cœur de plaisirs enivré.
Ah! que ne puis-je , ô ma jeune maîtresse!
Parcourir avec toi ce fortuné séjour, El dans ces bois touffus , au gré de ma tendresse , l'égarer doivsement sur le soir d'un beau jour! Dans les bois , dans les airs , sur le bord du rivage , Les oiseaux , deux à deux , se baisent devant moi : Seul ici , je languis dans un triste veuvage. Faut-il a^s toi fouler cette mousse sauvage?
i4o LES AMOURS.
Dans ces détours secrets faut-il errer sans toi ?
Vois ce ruisseau qui, dans sa pente Mollement entraîné, murmure à petit bruit.
Se tait, murmure encor, se replie et serpente. Va, revient, disparait, plus loin brille et s'enfuit.
Et, se jouant dans la prairie
Parmi le trèfle et les roseaux.
Sépare à chaque instant ces bouquets d'arbrisseaux Qu'un pont officieux à chaque instant marie.
Quel art a rassemblé tous ses hôtes divers, Nourrissons transplantés des bouts de l'univers ;
La persicaire rembrunie
En grappes suspendant ses fleurs;
Le tulipier de Virginie Étalant dans les airs les plus riches couleurs; Le catappas de l'Inde , orgueilleux de son ombre ; L'érable précieux , et le mélèse sombre ,
Qui nourrit les tendres douleurs?
De cent buissons fleuris chaque route bordée Conduit obliquement à des bosquets nouveaux:
L'écorce où pend la cire, et Varbre de Judée, Le cèdre même y croit au milieu des ormeaux ; Le cytise fragile y boit une onde pure.
Et le chêne étranger, sur des lits de verdure, Ploie en dais arrondi ses flexibles rameaux.