‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 69 sur 102 · LIVRE III. i4î · texte numérisé non relu

LIVRE III. i4î

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ELEGIE XX

ADIEUX A UNE TERRE qu'on était sur le point de vendre.

L 'aimable et doux printemps oavre aujourd'hui les cieux. O mes champs, avec vous je veux encor renaître! Champs toujours plus aimés, jardins délicieux, Vulnérables ormeaux qu'ont plantés mes aïeux , Pour la dernière fois recevez votre maître.

Prodiguez-moi vos fruits, vos parfums, et vos fleurs ; Cachez-moi tout entier dans votre enceinte sombre : Obois hospitaliers, mes rêveuses douleurs Vont pas long-temps, hélas l à jouir de votre ombre, rémoins de mes plaisirs dans des temps plus heureux , Vous passerez bientôt en des mains étrangères : Beaux lieux, il faut vous perdre ; un destin rigoureux Me condamne à céder des retraites si chères.

Que sert d'avoir vingt fois dans mes travaux constans ,

Le fer en main , conduit une vigne indocile,

Retourné mes guérets, et d'un rameau fertile

Enrichi ces pommiers, la gloire du printemps ?

Un autre, en se jouant, de leur branche pendante

Détachera ces fruits qu'attendaient mes paniers,

De ces riches moissons remplira ses greniers ,

£t rougira ses pieds d'une grappe abondante.

Je ne vous verrai plus, ô rivages fleuris.

Source pure, antres frais, lieuxpour moi pleins deobarmes

Je ne vous verrai plus , mes pénates chéris,

Vous qui me consoliez du fracas de Paris,

Du service des cours , du tumulte des armes !

Oui , dès demain , peut-être avant la fin du jour, i

Il le faudra quitter ce fortuné séjour, i

En retournant vers vous des yeux mouillés de larmes.

D'un pied profane et dur un ingrat successeur

Foulera ces gazons , lits chers à ma tendresse ;

Et mutilant l'écorce où croissait mon ardeur.

Effacera ces noms qu'un soir, ô ma maîtresse,

Les sens encor troubles de plaisir et d'ivresse ,

Tu m'aidas à graver de ta tremblante main.

Qui sait même , qui sait si le fer inluimain,

Retentissant au loin dans la forêt profonde,

N'abattra point ces pins, ces ormes vieillissans,

Ces chênes, dont nos pieds outragent les présens,

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