LIVRE III
Immortels bienfaiteuris de Fenfance du monde ? Crédule, j'espérais sous leur abri sacré Qu*un jour, las des erreurs dont je fus enivré. Tout entier à l'objet dont mon ame est ravie, lYanquille, à ses genoux j'achèverais ma vie , Riche de ses attraits, fier de ses seuls regards , Tantôt comblé des soins de sa main caressante, Tantôt prêtant l'oreille à sa voix séduisante , Et cultivant l'amour, la nature , et les arts. La fortune a détruit ma plus chère espérance. A. mes dieux {NTotecteurs il me faut recourir : Je n'ai plus , désormais étranger dans la France , ])e retraite où chanter, ni d'asile où mourir. tristesse! ô regi*etsl ô jours de mon enfance! Hélas I un sort, plus doux m'était alors promis. Né dans ces beaux climats et sous les cieux amis Qu'au sein des mers de l'Inde embrase le tropique, Élevé dans l'orgueil du luxe asiatique , La pourpre, le satin, ces cotons précieux ^^elave aux bords du Gange un peuple industrieu x , Cet émail si brillant que la Chine colore,' ()es tapis dont la Perse est plus jalouse encore , Sous mes pieds étendus, insultés dans mes jeux , 3e leur richesse à peine avaient frappé mes yeux, le croissab , jeune roi de ces rives fécondes ;
i46 LES AMOURS.
Le roseau savoureux, fragUe amant des ondes.
Le manguier parfumé , le dattier nourrissant , I/arbre heureux où mûrit le café rougissant, Des cocotiers enfin la race antique et fière, Montrant au-dessus d*eux sa tête tout entière, Gomme autant de sujets attentifs à mes goûts, Me portaient à l'envi les tributs les plus doux. Pour moi d'épais troupeaux blanchissaient les campagd Mille chevreaux erraient suspendus aux montagnes; Et rOcéan , au loin se perdant sous les cieux , Semblait ofirir encor, pour amuser mes yeux , Dans leur cours différent cent barques passagères Qu'emportaient ou la rame ou les voiles légères. Que' fallait-il de plus ? Dociles à ma voix , Cent esclaves choisis entouraient ma jeunesse; Et mon père, éprouvé par trente ans de sagesse, Au créole orgueilleux dictant de justes lois. Chargé de maintenir Tautorité des rois , Semblait dans ces beaux lieux égaler leur richesse Tout s'est évanoui. Trésors, gloire, splendeiu*, Tout a fui , tel qu'un songe à l'aspect de l'aurore, Ou qu'un brouillard léger qui dans l'air s'évapon'- A cet éclat d'un jour succède un long malheur. Mais les dieux attendris, pour charmer ma douleuT Ont daigné me laisser le coeur de Catilie.