‹ Œuvres complètes de BertinChapitre 73 sur 102 · LIVRE III i5r · texte numérisé non relu

LIVRE III i5r

Uu endroit où le frêne et le souple alizier Se plaisent à m^er leur fraternel ombrage ,

Quels vœux peut-il encor former?

Qu'il regarde; il est seul au moode :

Tout rinvite à jouii*, tout le presse d'aimer. Le silence des bois, le iMU'mure de l'onde, La firaîcheur des gazons qui couronnent ses bords ; Et le seul rossignol , témoin de ses transports , Par ses chants redoublés lui-même les seconde. O dieux ! ah ! donnez-moi souvent un tel bonheur, Et portez , j'y consens, des trésors à l'avare , A l'esclave des cours une longue faveur, Aux cœurs ambitieux le sceptre ou la tiare ! Mais quels éclats joyeux ! quel tumulte au hameau! J'entends déjà crier le violon champêtre :

Le vin coule ; on se mêle, on danse sous l'ormeau : Les travaux ont cessé ; tous les jeux vont renaître. Vois-tu dans ces prés verts que la faux a tondus ,

En pyramides jaunissantes , S'âever jusqu'aux cieux ces herbes odorantes, Et ces foins au soleil par trois fois étendus ? Vois-tu , sous la richesse à leur zèle promise

Mes taureaux contens de plier.

Vers la grange apporter d'une tête soumise Ces dons qu'un bras soigneux en faisceaux doitlicr .^

i52 LES AMOURS.

Tout le cliar disparait sous la moisson tramante ,

Et suivant à pas lents des sentiers mal tracés ,

'Laisse dans sa marche tremblante De sa dépouille au loin les arbres hérissés.

Viens, descendons dans la prairie; Ces menions orgueilleux s«|hlressés pour Tamoi i L*ombre croit; hâtons-nous: donnons à la folie , Aux plaisirs innocens ce reste d'un beau jour. Qu'il est doux de gravir ces montagnes mobiles , De forcer dans nos jeux leurs flancs à s'écrouler, Et vainqueurs, arrivés aux sommets difficiles, Sur la verdure au loin de se laisser rouler ! Doux jeux, plaisirs touchans, délicieuse ivresse, Et vous , Grâces, Amours, charme de l'univers , Tandis qu'il en est temps, entourez-moi sans cesse, Embellissez mes jours, dictez mes derniers vers. La douce illusion ne sied qu'à la jeunesse ;

Et déjà l'austère Sagesse Vient tout bas m'avertir que j'ai vu trente hivers.

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