A M. LE DUC DE
Qui tempère par sa bonté L'auguste éclat de sa couronne , Et qui tiendrait de sa beauté Le sceptre que son rang lui donne.
Sous ses auspices, à la cour, Enfin j'ai borné sans retour Ma course inquiète et volage :
J'abjure dans ces lieux charmans Mes éternels égaremens; C'est mon dernier pèlerinage :
Ou si d*un paisible repos Bellone vient troubler les cbarme«, * S'il faut ressaisir nos drapeaux^ x];^| c'ec. Et dans le sang de nos rivaux >^i^ à*"' Venger la gloire de nos armes; Daignez être mon conducteur^ Me voilà prêt pour ce voyage : Formez mon docile courage ; Et si l'indulgence d'un sage Permet cet orgueil à mon cœur, Jamais mon maître au cbamp d'honneur Ne rougira de son ouvrage.
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A M. DESFORGES-BOUGHER,
AITCIEN GOUVERNEUR GENERAL DES ÎLES DE FRAHCE ET DE BOURBOIf.
Oui ^ <^c st assez qu'aux bornes de 1* Afrique , Au seip^^^li mers qu'échauffe le tropique Ou voiis ait yu donner de justes lois , Et soutenir la majesté des rois; Si la Fortune en d^ mains étrangères A transporté vos grandeurs passagères, Épargnez- vous de coupables regrets »
De vains désirs ou des vœux indiscrets :
Le vrai bonheur est dans la solitude.
C'est là , qu'épris des charmes de l'étude, Fuyant le monde après l'avoir servi , Des seuls beaux-arts le vrai sage suivi ,
A M. DESFORGES. 2o3
Foule à ses pieds l'importune mémoire De ses plaisirs , et même de sa gloire.
Le sage , instruit à régler ses penchans , Vit à la cour ; mais il meurt dans les champs.
Moi-même , hélas ! qui , dans la fleur de l'âge , N'ai point l'orgueil ni le temps d'être sage , Plus d'une fois, loin du l»>iiit de la cour, Cherchant l'abri des bois de Feuillancour, Je préférais aux rives de la Seine Ces bords fleuris qu'une simple fontaine.
Mord sourdement d'un flot tranquille et pur.
Ce beau vallon me plait mieux que Tibur.
Là , le premier, sous l'herbe renaissante , Je viens cueillir la fraise rougissante, Et du rameau détache, le dernier.
Ces dons mûris qui rompent le panier.
Au seul hiver nous cédons nos retraites.
L'affreux hiver, fortuné que vous êtes!
A-t-il jamais , dans vos rians climats , filanchi la terre et durci les (rimas?
Pour vous deux fois le jnintemps se couronne, Deux fois Cérès vous ramène Pomone, Et le soleil vous verse , dans son cours.
De belles nuits et d'étemels beaux jours.
2o4 ÉPITRE
Toi dont l'image en mon cœur est tracée, Toi qui reçus ma première pensée.
Les premiers sons que ma bouche a formés, Mes premiers jias sur ton sable imprimés, Rivage heureux , tu n'es plus ma patrie!
O jour présent à mon ame attendrie.
Où de ton sein , jeune encore enlevé.
Aux doctes Sœurs , nourrisson réservé, Sous d'autres cieux cherchant un autre monde. J'ai vu tes bords s'enfuir au loin dans l'onde! Que de regrets ont suivi mes adieux !
Combien de pleurs coulèrent de mes yeux!
Que j'aime encore, après quinze ans d'absence, Ce Gol , témoin des jeux de mon enfance !
Sur le penchant d'un fertile coteau , Il m'en souvient , s'élève le château ; L'art a mêlé, sous son riche portique, Le goût français au luxe asiatique; Et j'admirais ces tapis précieux Que brode en Perse un peuple industiieux, Ces fins tissus d'une écorce docile, £t cet émail transparent et fragile , Qu'au fleuve Jaune a pétri le Chinois, Vases brillans , arrondis sous ses doigts.
A M. DESFORGES. 2o5
Or, dites-moi, quand, des mers du Bengale, La Chine antique et sa fière rivale, L'Inde y en tribut vous portent leurs trésors; Quand dans vos bois, sur vos fertiles bords , Tout s'embellit ; quand vous buvez , à table, D'un vin du Cap la sève délectable , Ou ce café qui porte un feu nouveau Dans tous les sens , chatouille le cerveau :
Qu'importe alors qu'au joug de la Tamise Howe ait rangé l'Amérique soumise , Ou qu'il ait fui sous les murs de Boston ?
Que dans Paris le frivole Agaton , Sans nul dessein courant la ville entiève.
Danse au Waux-Uall et soupe à la barrière ?
Qu'un traîneau peint sur nos remparts glacés Laisse, en fuyant, de longs sillons tracés , Ou qu'à la course un beau cheval de race Dont les aïeux ont vaincu dans la Thrace, Emporte au but le jockei noir ou blanc Qui rend la bride et lui serre le flanc?
Laissez Paris étaler ses miracles.
Son Colisée et ses trente spectacles , Et ses tournois dont il est si jaloux :
Oui , la nature a des aspects plus doux.
•2o6 ÉPITRE
De vos jardins, la mer calme et tranquille Parait au loin un crystal inmiobîle; Et quelquefois au bord de rhorizon»
Quand Tair du soir rafraîchit le gazon, L'œil abusé de ses propres images Voit les vaisseaux errans dans les nuages.
Veut-on soudain qu'au gré du spectateur, Sans le secours d'un peintre ou d*un acteur, La scène étonne, intéresse, remue?
Le vent s'élève , et , mollement émue.
L'onde blanchit sous l'effort des rameurs.
Déjà l'air siffle, et de sourdes clameurs Ont retenti dans la forêt profonde :
A coups pressés la foudre éclate et gronde.
Des mers en feu le courroux impuissant S'élance, roule, et laisse, en frémissant, Un sel plus pur dans ces moissons superbes Dont il courait ensevelir les gerbes.
Champs fortunés, ombrages toujours verts.
Ah 1 que ne puis-je , oubliant l'univers, Dans votre sein couler des jours prospères !
rirai , j'irai sous le toit de mes pères , J'irai revoir mes pénates chéris.