LETTRE AU MÊME
Àh! c*en est trop, monsieur le vicomte; et il n'y a plus moyen de résister à toutes vos coquetteries. Comment! des vers, de la musique, des chansons, et la plus jolie lettre du monde! Songez donc combien j*en suis indigne.
A moi des vers si gracieux I Que je suis fier d'un tel message 1 Mortel favorisé des cieux.
On voH bien à votre langage Que TOUS êtes da sang des dieux.
Je ne sais où vous adresser mes remerciemens; car vous pouvez 'être également, en Flandre et en Bourgogne, occupé à faire mouvoir, comme il vous plait, à gauche, à droite, des gens que cela n'amuse guère, ou à briller dans les états par la sagesse de vos vues, et par le charme de votre éloquence.
Je ne suis pas embarrassé de vos belles destinées. La gloire ne saurait être infidèle au nom que \ous portez. Puissiez-vous seulement ne pas m*ottblier tout-à-fait par elle! Dans la vie active à laquelle je vous vois condamné , j'imagine que vous êtes trop sage pour négliger les plaisirs. Gomment passez-vous votre temps, et comment le faites-vous passer aux autres ? Je vous connais trop de moyens de plaire, pour croire que, dans ce moment-ci , tout le monde ait lieu de se louer de vous autant que je le fais. Pour moi ,
CoQché nonchalanunent à l'ombre Des pins ou des peaplieri verts.
Je cherche à donner à mes rers Ce brillant coloris , ce nombre , , Cet air fini , cet heureux tour.
Et cette grâce natorelle.
Qui d'une lumière immortelle Parent la moindre bagatelle.
Et qui font vivre plus d'un jour.
Je corrige ces Amours que vous avez lus avec beaucoup trop d'indulgence, et qui n'ont d'autre mérite que d'être l'histoire fidèle de mon cœur et de ma vie. J'ajoute , et plus souvent j'efface. Confiné depuis (rois mois dans mon ermitage, ma
a^a A M. DE BUSSET.
seule peine est de songer qu'il faudra bientôt m'en arracher. Mais je jouis, en attendant, de moimême, du doux aspect de la campagne, des ckannes de Tétude , et des douceurs de l'amitié.
Qae dis-je ? Après tant de toormens , Les yeax encor mouillés de lannes , Je reviens , malgré mes sermens , A ce cruel dieu des amans Qui seul a caosé mes alarmes.
Je le conjore d'occuper Ces derniers instans d'une aurore Que je sens prête à m'échapper :
Uéias I et je lui porte encore Mon cœur, s'il le veut , à tromper.
Ce qu'on nomme repos m'ennuie ; J'ai besoin d'un plus doux lien :
Lorsqu'une fois , je le sens bien , D'aimer on a fait la folie, Age et raison n'y peuvent rien ; II faut aimer toute sa vie.
A MONSIEUR
LE CHEVALIER DE BONNARD
SUR SA GOimB.
Est-il bien vrai qu*en ce moment , En proie au plus cruel martyre , O du Pinde rare ornement , Vos doigts engourdis tristement Ne peuvent plus pincer la lyre ?
Je me souviens bien qu'autrefois, Menant tous deux joyeuse vie , A table auprès de Maillebois , Humant , buvant jusqu'à la lie Le vin d'Aï, le vin d'Arbois , Le Rivesalte et le Hongrois , Et celui de Commanderie , Nous chantions d'une heureuse voix Thémire et Glycère et Sylvie :
Mais je me souviens bien aussi
Que dès-lors et prudent et sage , Avec ce qu'il faut, dieu merci.
Pour ne Tètre qu'au dernier âge , Tandis que d'un si bon courage Me livrant à tous mes désirs , Pourvu d'un moins riche héritage , Je le semais sur mon passage , Et dévorais tous les plaisirs ; Vous, pour en jouir davantage , Voluptueux épicurien.
De tout faisant un peu d'usage , Vous n'abusiez jamais de rien.
De réternelle Providence Admirons les desseins cachés !
C'est moi qui commis les péchés.
Et vous en faites pénitence.
Mais, croyez-moi, consolez-vous D'un mal qui vous fait des jaloux , Et songez que l'on vous contemple :
Disciple harmonieux et doux De l'aimable goutteux du Temple, Comme lui chéri tour à tour, Et du dieu que Ton nomme Amour, Kt du puissant fils de Semèle , Il ne vous manquait aujourd'hui,
Pour égaler votre modèle, Que d'être goutteux comme lui.
Mais votre gloire est plus brillante ; Vous devez vivre plus loug-temps ; Car vous obtenez à trente ans Ce qu'il n'eut, dit-on, qu'à soixante.
a76 A MM. DE PARNY.