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aujoura’hui certain, parmi tous les casuistes, qu’on peut jurer devant les juges que l’on n’a rien pris. en sous-entendant qui ne nous fût dù : « Non esse in conscientia furem, qui per occultam acceptionem com- « pensat id quod sibi debetur; et posse jürare etiam coram judice se « nihil accepisse, intelligendo quod Sibi non deberetur, certum jam « hodie est apud omnes. »
I1Iè Plainte des curés contre le P. Annat.
Ce n’est pas sans raison, mon révérend père, que nous noùus sommes üun peu étendus sur ce sujet. Car cela nous donne moyen de répondre au défi que vous nous faites, « de pouvoir trouver un jésuite qui ait: jamais enseigné que l’usäge d’un moyen reconnu pour mauvais, devienné bon par la direction d’une bonne intention , » et de nous plaindre en même temps du reproche que vous nous faites ensuite, de pratiquer la doctrine que nous vous attribuons. Vous dites que « vous admirez en cela Pesprit et la conscience des ennemis des jésuites. » Mais nous avons bien plus de sujet d'admirer votre imprudence, de nous engager, par ces défis si mal concertés, à renouveler dans esprit du monde la mémoire de vos maximes , Que vous auriez tant d'intérêt qu’on eût oubliées.
Eh quoi ! mon révérend père, n'est-ce donc pas employer de mauvais moyens sous prétexte d’une bonne fin, que d'employer, pour conserver sa réputation, la calomnie, là sübornation des témoins et la falsification des pièces publiques? Dites-nous gi Cest un moyen légitime de conserver son bien, son honneur ou sa vie, contre l'injustice d’un accusateur ; que de le prévenir en l’assassinant. Or c’est ce que votre P. Dicastillus permet formellement, non-seulement dans la spéculation, mais aussi dans la pratique (lib. IL, tr. 1, disp. x, d. 10), où il dit que les raisons de ceux Qüi l’approuvent dans la spéculation, et le désapprouvent dans là pratique, « lui déplaisent extrêmement : « Hæ rationes « mihi ümnino displicent : » comme en effet il ne les réfute pas mal selon vos principes.
Dites-nous si ce n’est point un mauvais moyen à un religieux qui a abusé d’une fille, de s’en défaire, de peur qu’elle ne le diffame. Et cependant vous avez pü voir dans nos extraits. qu’un habile homme de votre sociêté, au rapport de Caramuel, décidoit que ce religieux pouvoit, en ce Cas, se servir de la doctrine de votre P. L’Amy, et tuer cette femme pour conserver son honneur : « Inquiris an homo religiosus qui « fragilitati cedens feminam vilem cognovit, quæ honori ducens se « prostituisse tanto viro, rem enarrat et eumdem infamat, possit illam « OCCidere? Quid scio? At audivi ab eximio patre N. S. theologiæ doc- «< iore, magni ingenii et doctrinæ viro : potuisset Amicus hanc resolu- « tionem omisisse : at semel impressam debet illam tueri, et nos eam- « dem defendere. Doctrina quidem est probabilis, sed qua posset uti « religiosus , et pellicem occidere, ne se infamaret. » (Caramuel, Theol. fund., p. 55t.)
Dites-nous si l'avortement n’est pas un mauvais moyen à une fille pour empêcher qu'on ne connoisse son péché. Cependant nous appre-
POUR LES CURES DE PARIS. 23i
nons de Diana et de Tambourin même (lib. VI, cap. 11, S4, n. 5), « qu’un très-savant théologien de votre société croyoit ce moyen permis, quand le fruit n’est pas encore animé : « Teste Diana quidam doctissi- « mus e societate Jesu id concedit ut probabile. » Ce que votre P. Héreau ayant enseigné à Paris dans votre collège de Clermont en 1641, quoiqu’il témoignât ne le permettre que dans le cas qu’une fille eût été forcée, il excita contre vous l’indignation de tout Paris, et eut votre collége pour prison par arrêt du conseil du roi, du 3 mai 1644.
Tous ces exemples et beaucoup d’autres vous ayant déjà été proposés, vous deviez les avoir prévus avant que de nous faire ce défi. Il n’est pas difficile de vous en trouver encore de nouveaux; et nous en àvons lu depuis peu d’assez rares dans Tambourin. Car; que diriez-vous de ce cas , mon révérend père ? Un hôtelier sait certainement qu’un homme ne peut souper sans rompre le jeûne que l’Église l’oblige de garder : peut-il l’inviter de soi-même à souper ? Toutes les personnes de piété jugeroient que non; mais votre P. Tambourin est d’un autre avis, et sait bien purifier l’action de cet hôtelier, par la direction d’intention à son gain ét à son intérêt. « Que doit-on dire, dit-il (lib. IV, cap. v, art. 96, n. 1}, quand on sait certainement qu’un autre violera le jeûne ? Il est difficile de permettre d'inviter à manger en cés occasions : nous le permettons néanmoins assez probablement avec Sanchez et Diana. Et la raison de cette permission est que cet hôtelier, en invitant ainsi à manger ceux qui par là violeront le commandement de jeûner ; a pour but de gagner de l’argent, et non pas de porter directement à rompre le jeûne et à pécher : «Concessu est difficilius; concedimus tamen satis probabi- « liter... quia ministratio illa, imo ultronea invitatio, non fit a caupone « directe alliciendo ad non jejunandum ,, atque adec ad peccandüm.. sed « ad lucrum expiscandum.» Voyez-vous, mon révérend père, commé cette bonne intention d'attraper de l'argent, ad lucrum expiscandum, justifie une action qui, sans cela, seroit criminelle ?
En voici un autre exemple du même P. Tambourin (lib. VIII, tr. I. cap. v, $ 4), sur lequel on vous supplie de consulter le Parlement, pour voir s’il approuvera la doctrine de vos casuistes. « Si votre débiteur a mis en dépôt chez son ami un vase d’argent, vous pouvez le prendre en cachette dans la maison du dépositaire, en prenant garde néanmoins que la justice ne l’oblige pas de le payer à celui qui le luia mis en dépôt. Mais si vous ne pouvez éviter ce péril du dépositaire sans perdre votre dette, je réponds que je ne puis vous condamner, puisque vous ne prenez que ce qui vous appartient, et que la nécessité vous excuse de l’obligation de charité que vous auriez d'empêcher le dommage du dépositaire : « Si periculum immineat (nempe depositario) tu « vero illud cavere non possis sine jactura tui debiti, respondeo : te « tunc non possum condemnare, si tuurn accipias; quia tua necessitas «te excusat ab obligatione charitatis, qua deberes illud damnum a te « indirecte solum causatum a Petro avertere.» Tous les juëes du monde prendroient cette action pour un vol, et la puniroient comme un vol; mais la direction d'intention à ravoir son bien fait, selon vous, que ce n’est que causer indirectement le dommage du prochain.
Et cette direction ne va pas seulement à faire perdre innocemment ie bien au prochain, mais aussi à lui faire perdre la vie, comme nous avons déjà vu en plusieurs cas, et comme vous pouvez encore voir par celui-ci proposé par Tambourin (liv. VI, chap. 1v, $ 4): « J'ai mêlé, dit-il, du poison dans du vin, pour le faire boire à mon ennemi : mais par hasard mon ami est survenu, qui a bu ce vin, moi le voyant, et n’en disant mot, pour ne pas découvrir mon crime. » Qu’en dites-vous, mon révérend père? n'est-ce pas un mauvais moyen de cacher son crime, que de tuer son ami en le laissant boire du poison que l’on auroit préparé soi-même? Tout le monde le croiroit ainsi.
Mais Tambourin en juge autrement; car voici sa réponse : « Suis-je meurtrier de cet ami, et par conséquent irrégulier? « Sumne hujus « amici occisor, et ideo irregularis? » Je réponds que non: « Respon- « deo, nequaquam. » Cela est fort net. Et voici encore l’autorité d’un de vos pères, dont il s’appuie : « Sic de Lugo : Parce que sa mort est arrivée contre mon intention : et d'autre part, je n’en ai pas été une cause injuste; parce que je n’étois pas obligé, avec tant de danger pour moi, de l’avertir qu’il y avoit du poison dans ce breuvage. » Et par ce moyen cet empoisonnement n’est, selon Tambourin, ni irrégulier, ni meurtrier ; la bonne intention qu’il avoit de cacher son crime, et d’éviter son propre péril, lui donnant droit d’user d’un silence qui causoit la mort à son ami.
Get exemple nous donne lieu de découvrir ici une équivoque subtile, qui est cachée dans les termes dont vous vous servez. Vous ne dites pas que « jamais jésuite n’a enseigné qu’on peut se servir de mauvais moyens pour une bonne fin, mais de moyens reconnus pour mauvais. » C’est où est le mystère, et ce qui nous mettra aisément d’accord; car il est très-vrai, comme nous l’avons fait voir, que par la direction d’intention, vous permettez aux hommes de se servir de moyens qui sont en effet très-mauvais. Mais il est vrai aussi que ce ne sont pas des moyens reconnus pour mauvais par les jésuites : parce que c’est un des plus grands artifices de votre morale, de changer le nom des choses, et de permettre le mal, pourvu qu’on ne l’appelle pas mal. C’est ainsi que Tambourin ne justifie pas un meurtrier, et ne dit pas aussi qu’un meurtrier ne soit pas irrégulier : à Dieu ne plaise. Mais il dit que celui qui prépare un poison, et le laisse prendre en sa présence à son ami qui en meurt, ayant une aussi bonne fin que celle de cacher son crime, ne doit pas être appelé meurtrier : Non est occisor.
Voilà, mon révérend père, le moyen d’excuser non votre morale, mais votre défi. Car, ne reconnoissant point pour mauvais moyens les actions les plus criminelles, et tout ce que les autres hommes appellent parjures, falsifications, calomnies et assassinats, ne l’étant point dans votre langage; il est certain que l’on ne trouvera jamais que les jésuites enseignent à se servir de moyens qu’ils reconnoissent mauvais pour de bonnes intentions. Mais comme nous n’avons, grâces à Dieu, ni votre sentiment ni votre langage, nous vous défions à notre tour de prouver cette calomnie que vous avancez contre nous, en disant « que la doctrine que vous prétendez être faussement attribuée aux jésuites
se trouve aujourd’hui pratiquée par ceux qui la leur imputent. Il faut, disent-ils, ce sont vos paroles, réformer la morale des casuistes qui est , corrompue, et qui est cause de tous les maux qui font gémir l’Église. Voilà leur bonne intention. Mais quel moyen prendrons-nous pour arriver à une si bonne fin? Il faut supposer une lettre de l’assemblée .du clergé ; il faut tromper tous les évêques auxyuels elle est envoyée; il faut falsifier un procès-verbal de la même assemblée. Tout cela n’est rien. L’intention de purger la morale des jésuites est si sainte, que les moyens d'y parvenir, pour mauvais qu’ils soient, en deviennent bons. »
Voilà les paroles que vous nous mettez dans la bouche; et nous avouons que, si ce que vous nous imputez étoit vrai, nous aurions parfaitement pratiqué la direction d'intention que nous avons condamnée dans vos casuistes. Mais s’il n’y eut jamais de fausseté plus évidente, comme nous l’avons déjà montré dans la première partie de cette réponse, que celle par laquelle vous nous accusez d’avoir supposé une lettre à l'assemblée, et d’en avoir falsifié le procès-verbal, appreneznous par quelle règle de morale vous pouvez être dispensé de nous en faire satisfaction, et de lever le scandale que vous avez causé parmi nos peuples, en y publiant que nous sommes des gens qui pratiquons nous-mêmes ce que nous condamnons dans les autres. Ce n’est point ici un jeu, mon révérend père; vous êtes vieux, et vous ne pouvez être beaucoup éloigné du temps où vous paroîtrez devant Dieu, abandonné de tout ce qui vous flatte maintenant, et qui vous donne la liberté d'avancer contre nous des faussetés qu’on puniroit en tout autre. Prévenez donc la rigueur de sa justice; et choisissez plutôt de souffrir la confusion salutaire du désaveu que vous nous devez, que de vous exposer à la confusion qui est préparée à ceux qui noircissent injustement la réputation de leurs frères.
IVe Plainte des curés contre le P. Annat.
Ce conseil ne vous est pas moins utile que celui que vous nous donnez à la fin de votre écrit nous est injurieux. Après nous avoir déchirés par toutes sortes d’outrages, vous prétendez nous avoir Ôté tout sujet de nous en plaindre, en nous disant qu’il nous est libre de publier qu’on a supposé nos noms à la fin du journal. Croyez-vous donc, mon révérend père, qu’il soit libre de mentir et de blesser la vérité par des faussetés si manifestes? Sont-ce là vos avis de conscience? Mais si vous êtes capable de les donner , ne vous imaginez pas que les curés de Paris soient capables de les suivre. S'ils avoient connu de véritables fautes dans leur journal, ils seroient tout prêts de les réparer par la voie que l'Évangile leur prescrit, qui est celle d’une confession sincère; et ils ne seroient pas si malheureux que de les augmenter encore en voulant les couvrir par un aussi grand mensonge que seroit celui de désavouer une pièce qu’ils ont avouée en tant de manières. Car non-seulement ce journal est signé des huit députés, mais il est de plus autorisé aussi pien que tous nos autres écrits, par tous les corps des curés, comme il se voit par cette sentence synodale du lundi 21 avril 1659.
Extrait du registre des synodes de MA. les curés de la ville et banlieue.
& Aujourd’hui lundi 21 avril 1659, en présence de nous Nicolas Porcher, docteur en théologie de la maison et société de Sorbonne, vicegérant en l’officialité de Paris, président en l'assemblée synodale de ladite officialité, tenue en la manière accoutumée; M. Jean Rousse, docteur de ladite société de Sorbonne, curé de Saint-Roch, et messire Pierre Marlin, aussi docteur en théologie, curé de Saint-Eustache, syndics de MM. les curés de Paris, ont représenté, par l'organe dudit sieur Rousse, l’ancien d’iceux :
« Qu'il étoit de l'honneur de la compagnie; autant que de celüi de leur charge, que l'assemblée approuvât et ratifiât tout ce qui auroit été par eux géré et exécuté, tant pour les affaires communes que celles concernant spécialement le livre de l’Apologie des casuistes, et tout ce qui avoit été fait, écrit et publié sur ce sujet. » Ge qui comprend, en général, tous les écrits qui avoient été publiés, dont le journal est le septième, qui est même particulièrement nommé dans la suite de la proposition de M. de Saint-Roch, et reconnu pour souscrit par les huit députés. Sur quoi voici ce qui a été ordonné : « Après avoir oui et pris l’avis et délibération de l’assemblée sur les choses proposées par lesdits sieurs syndics, et ouï ledit promoteur en son réquisitoire sur le tout, avons ordonné et ordonnons, sur le premier chef, que tout ce qui a été géré, écrit et publié par lesdits sieurs syndics durant ja présente année de leur syndicat, particulièrement sur le sujet de l’Apologie des casuistes, demeurera pour ratifié et approuve. »
C’est pourquoi, mon révérend père, il est bien étrange que notre journal, portant pour titre Septième écrit des curés de Paris, et étant signé par huit de nous, vous ayez obtenu un arrêt du conseil d’État pour le faire supprimer, en faisant entendre que c'étoit un libelle sans nom d'auteur, ce qui est répété par deux diverses fois dans cet arrêt. D'où il s'ensuit, ou qu’il est donné contre un autre journal que le nôtre, ou qu’il est notoirement subreptice. Il est de même hors d'apparence que, si le roi avoit été informé que le journal dont on lui demardoit la suppression, n’étoit point un libelle sans nom d’auteur, mais une pièce autorisée par tous les curés de Paris, servant à la poursuite qu’ils ont intentée, par la permission de Sa Majesté, par-devant les vicaires géné. raux de M. l'archevêque, son official et la Faculté de théologie de Paris, conire les corrüupteurs de la morale chrétienne, elle eût trouvé à redire qu'on l’eût imprimé sans permission par lettres patentes; puisqu'il est sans exemple qu’on ait jamais étendu ce qui est réglé par les ordonnances sur ce sujet, à des pièces et écritures d’un procès, autorisées . par tout un corps.
j Que si Sa Majesté, en nous faisant l'honneur de nous mander, daigne ‘s'informer par elle-même, et des faussetés qu’on dit être dans notre
journal, et des plaintes que nous avons formées Contre vous, nous espérons, mon révérend père. de lui faire voir clairement que vos accu-
sations sont aussi vaines que les nôtres sont importantes, et vous convainquent manifestement de calomnie; et que Sa Majesté est trop juste pour nous ôter la liberté de nous défendre en une cause où nous ne faisons que soutenir le jugement de tant de prélats, pendant que vous prétendez avoir droit de nous calomnier, et de fouler aux pieds les censures des évêques.
Il est bien croyable, mon révérend père, que vous êtes vous-même le promoteur de cet arrêt, puisque vous nous conseillez d'appuyer, par un mensonge, Ce que vous y avez fait supposer, que le journal n’est point de nous. Mais ce qui diminue pourtant l’injure que vous nous faites en nous proposant un parti si honteux, c’est qu’il y a de l’apparence que vous agissez de bonne foi,- puisque vous ne nous conseillez rien qui ne soit conforme à vos exemples et à vos maximes.
Car l’art des équivoques et des restrictions mentales vous donne moyen d’avouer et de désayouer une même chose, sans croire blesser votre Conscience. On sait le désaveu que votre P. Coton fit à Henri le Grand, du livre intitulé l’Amphithéätre d'honneur. Comme il étoit trèsinjurieux à la puissance des rois, il assura ce prince qu’il ne venoit point de la compagnie. Et cependant, peu de temps après, Ribadeneira, jésuite, reconnut, dans son catalogue des écrivains de votre société, que ce livre étoit du jésuite Carolus Scribanius, qui avoit caché son nom sous l’anagramme de Clarus Bonarscius.
Mais il n’y a point d'exemple plus remarquable sur ce sujet, que celui qui est arrivé de notre temps, touchant les livres de vos confrères d'Angleterre, pleins d'erreurs et d’hérésies contre la hiérarchie et le sacrement de confirmation. Car les évêques de France et la Faculté de théologie ayant censuré ces livres, et le jésuite Jean Floide ayant combattu ces censures par des libelles très-injurieux, pour satisfaire les évêques vous ne fîtes pas de difficulté de leur donner une déclaration, signée de quatre des principaux de vos pères, où vous les assuriez que, ni les livres censurés, ni ceux qui avoient été faits contre les censures, n’avoient point été composés par aucun religieux de votre compagnie. Et cependant, peu d’années après, votre P. Alegambe, dans un nouveau catalogue de vos écrivains, approuvé par votre général, reconrut de bonne foi que tous ces livres généralement avoient été composés par des jésuites, qu’il nomme par nom et par surnom. Et, pour comble de hardiesse , il ose dire qu’ils avoient été faits contre les novateurs, contra novatores; c’est le nom qu’il donne aux évêques de France et à la Faculté de théologie de Paris.
Voilà, mon révérend père, comment vous en usez dans les rencontres fâcheuses pour le bien de la société; et comme vous le pratiquez vous-même, vous ne faites pas de difficulté de le conseiller aux autres pour le même intérêt de la compagnie. C’est ainsi que, lorsque l’Université, en 1643, vous eut prouvé, par des contrats passés par-devant notaires, que vous étiez associés au trafic du Canada, vous ne laissates pas de trouver assez de complaisance dans quelques personnes pour en tirer un désaveu. Mais si les jésuites sont capables de pratiquer et de conseiller ces déguisemens, n’espérez pas, mon père, que les curés de
Paris les imitent jamais en cela. Et ainsi nous vous supplions de ne plus nous donner de tels conseils, qui ne nous offensent pas moins 1e vos injures.
Ve Plainte des curés contre le P. Annat.
Nous finirons cette réponse, mon révérend père, par la plainte que nous avons à vous faire, touchant la lettre de l’évêque d’Angélopolis, qui vous a fourni de la matière au commencement et à la fin de votre recueil, pour ajouter aux autres accusations d’imposture que vous nous Y faites, celle d’avoir fabriqué cette lettre que vous prétendez être supposée. Sur quoi nous vous dirons premièrement que votre injustice est toute visible, puisque, quelle que soit cette letire, nous n’y avons aucune part. ce n’est point nous qui l’avons fait imprimer : ce n’est point nous qui l’avons publiée; et vous êtes entièrement inexcusable de mêler dans un différend que les curés de Paris ont avec votre compagnie touchant la morale, des incidens et des faits qui ne nous regardent point. Mais nous disons de plus que vous prouvez si mal que cette lettre est supposée , qu’il n’y a personne raisonnable qui voyant, et votre premier écrit que nous réfutons, et celui que vous avez fait de: puis contre cette lettre, n’en conclue tout le contraire.
Vous n’apportez dans le premier que trois argumens pour en montrer la supposition, qui sont tous trois pitoyables. Le premier est : le journal des curés de Paris est plein de mensonges; donc la lettre d’Angélopolis est supposée. C’est un étrange argument, mon révérend père, qui tire d’une supposition fausse une conséquence très-absurde : car il est très-faux que notre journal soit plein de mensonges, comme nous l'avons montré; mais quand il en seroit plein, comment pourroit-on en conclure que la lettre d’Angélopolis, où nous n’avons aucune part, et de laquelle il n’est fait aucune mention dans notre journal, est une pièce fabriquée ?
Votre second argument n’est pas meilleur. Ceux, dites-vous, qui ont publié la lettre d’Angélopolis ne revinrent jamais du Mexique; donc cette lettre est fausse. Jusqu'ici, mon révérend père, on n’avoit jamais oui dire que pour recevoir une lettre de Constantinople, ou pour publier une lettre de Constantinople, il fallût en être revenu. Cette manière de raisonner vous étoit réservée, mon père; et vous êtes le premier qui ayez prétendu pouvoir persuader qu’il ne pouvoit se faire qu’une lettre du Mexique à Rome tombât entre les mains de ceux qui ne sont jamais revenus du Mexique. Comme s’il y avoit rien de plus facile qu’une lettre portée du Mexique à Rome par un agent exprès, ou ait été envoyée de Rome à Paris, ou même y ait été apportée par des personnes qui étoient alors à Rome!
Mais trouvez bon, mon révérend père, que nous vous disions que la plupart du monde ne raisonne pas comme vous, et tire une conclusion toute contraire à la vôtre de ce que ceux qui ont publié cette lettre n’ont point été au Mexique; car on pourroit peut-être, disent-ils, soupcorner des personnes, qui seroient revenues du Mexique, d’avoir feint une letire conforme à ce qui se passe dans ce pays-là, la connoissance
qu’ils en auroient leur donnant moyen de mêler les noms des personnes et des lieux , et y insérer des incidens et des événemens qu’ils auroient appris dans le pays pour rendre la chose croyable; au lieu qu’il paroït, au contraire, moralement impossible qu’une lettre qui contient tant de circonstances de lieux, de noms et de qualités de personnes , qui ne peuvent être connues que par ceux du pays, ait été faite par des gens qui n’en revinrent jamais, et qui en sont éloignés de plus de trois mille lieues. En vérité, mon révérend père, ce raisonnement paroît plus concluant que le vôtre, et nous serions bien aises de savoir ce que vous avez à y répondre.
Votre troisième argument concluroit un peu mieux, s’il n’étoit point fondé sur une fausseté visible; car pour rendre cette lettre suspecte de faux, vous dites que ceux qui en sont les auteurs « irouveni dans leur carte que la colonie appelée des Anges est la plus proche de la Chine, et celle qui reçoit plus facilement les nouvelles de ce qui s’y passe. » Mais nous n’avons pas trouvé que cela fût ainsi dans cette lettre. Voici tout ce qui y est dit sur ce sujet, au nombre 134: « Comme je suis l’un des prélats les plus proches de ces peuples (de la Chine), je n’ai pas seulement recu des lettres de ceux qui les instruisent dans la foi, mais je sais au vrai tout ce qui s’est passé dans cette dispute.» Et au nombre 143 : «Étant l’un des évêques, tant de l’Amérique que de l'Europe, les plus proches de la Chine, j'avoue, etc. » Vous voyez qu'il ne dit point que «la colonie des Anges est la plus proche de la Chine, » comme vous lui faites dire; mais qu’il est «l’un des prélats des plus proches de la Chine;» et, en second lieu, qu’il ne se compare pas même avec tous les prélats du monde en ce qui regarde la proximité de la Chine, et la facilité d’en avoir des nouvelles; mais seulement avec ceux « de l'Amérique et de l’Europe, » comme il dit expressément. Or, mon révérend père, vous êtes vous-même un fort mauvais géographe, si vous ne savez pas que cela est exactement vrai; car consultez mieux votre carte, et vous trouverez que l'Amérique étant plus proche de la Chine que l’Europe, surtout pour ce qui est d'en recevoir des nouvelles, il n’y a point de lieu dans l'Amérique, possédé par les catholiques, qui soit plus proche de la Chine, et qui entretienne un commerce plus ordinaire avec ce royaume, que la ville et le port d’Acapulco sur la mer Pacifique, qui est sur les confins de l’évèché d’Angelopolis, et plus près même de cette ville-là que de celle de Mexique : de sorte que ce prélat a eu raison de dire « qu’il étoit un des évêques, tant de l'Amérique que de l'Europe, les plus proches de la Chine, et qui pouvoit plus facilement en avoir des nouvelles. » Ainsi la preuve de supposition que vous avez voulu fonder sur cette prétendue faute de géographie est une pure illusion ; et vous ferez bien à l'avenir de mieux choisir vos sujets de railleries ou de vous en abstenir entièrement; car elles ne vous réussissent pas.
Voilà tout ce que vous avez dit sur ce sujet dans votre premier écrit. Dans le second, qui porte pour titre : Faussetés et impostures, etc., vous y ajoutez deux autres preuves : l’une que l’on n’a pas fait imprimer le latin, ce qui est très-foible; car outre que peut-être ceux qui ont fait imprimer cette lettre, et qui nous sont inconnus. w *s satisferont sur
ce point. si c’étoit une supposition, il n’étoit pas plus difficile de la faire en latin qu’en françois.
La seconde est que des personnes qui ont été à Rome « avoient des copistes qu’ils payoient libéralement » pour faire copier semblables pièces, ce qui nous semble fort mal prouver qu’elle ait été fabriquée à Paris; car pour cela il est clair qu’il n’est pas besoin d’avoir des copistes à Rome.
Ce sont, mon révérend père, toutes les preuves que vous alléguez pour persuader une chose aussi incroyable qu'est la supposition d’une lettre si remplie de faits qui sont entièrement inconnus en France, et sur lesquels il seroit impossible qu’on ne fût tombé en une infinité de contradictions que vous auriez bien su remarquer, puisque vous êtes si bien informé du détail de cette affaire, et que vous en avez toutes les pièces entre les mains, comme vous le dites vous-même.
Mais on trouve étrange qu'ayant tant d'intérêt de détruire cette lettre, au lieu de vous amuser à de si foibles raisonnemens, vous n'ayez pas eu recours à une voie naturelle qui étoit de tirer un désaveu de cet évêque même, qui. selon que vous nous l’apprenez, est maintenant en Espagne, où le roi catholique lui a donné un autre évêché. Il n’y avoit rien de plus facile que d’en écrire à vos pères en Espagne, afin qu'ils obtinssent une declaration de ce prélat qu’il n’a jamais écrit cette lettre au pape Innocent X, et que tous les faits qui y sont rapportés sont faux et inventés à plaisir. Il n’y a nulle apparence qu’un évêque à qui on auroit fait une telle injure que de lui supposer une lettre remplie de faussetés et de mensonges, comme yous le prétendez, refusât une chose aussi juste que seroit celle de la désavouer publiquement, vu même que vous auriez droit de l’y contraindre par justice: et'il est encore moins croyable que, pouvant tirer de lui cette déclaration, vous ayez négligé de le faire, puisqu'elle seroit, sans comparaison, plus importante pour l’honneur de votre société que celle que vous avez obtenue de M. le nonce, pour montrer qu’il n’étoit pas chez M. le chancelier, lorsque le P. de Lingendes y alla, ou de M. de Rodez, pour faire voir qu’il n’avoit point parlé à M. Gauquelin.
Vous paroissez donc fort mal fondé dans cette accusation de faux. Aussi, mon révérend père, ceux qui entendent votre langage ont assez jugé, par votre dernier écrit, que si, d’une part, vous désiriez fort de persuader que cette pièce étoit fausse, vous craigniez aussi beaucoup de l’autre qu'on ne vous convainquit de mauvaise foi en vous prouvant qu’elle est véritable, et que c’est ce qui vous a obligé d’user de tant d’alternatives, «si elle a été écrite, si elle n’a pas été écrite; si elle a été reçue, si elle n’a pas été reçue; si on impose à cet évêque, si on ne lui impose point; » comme pour vous préparer à toutes sortes d’événemens, et pour trouver dans ces termes équivoques quelques excuses au dessein que vous avez eu de faire passer cette pièce pour fabriquée à plaisir.
Mais nous doutons, mon révérend père, que cet artifice diminue beaucoup l’aversion que toutes les personnes sincères auront de la duplicité de votre compagnie, quand ils sauront ce que nous avons appris
depuis peu, qui est que cette lettre que Îles jésuites feignent leur être entièrement inconnue, et qu'ils veulent faire passer pour supposée, leur est tellement connue, qu'ils en ont fait des plaintes publiques dans des écrits imprimés adressés au roi d’Espagne. C’est ce qu’on nous a fait voir dans un livre espagnol, qui contient, entre autres pièces, une réponse pour l’évêque d’Angélopolis, au Mémorial des religieux de la compagnie du nom de Jésus de la Nouvelle-Espagne, dans laquelle réponse ce Mémorial des jésuites est inséré par divers articles, en plusieurs desquels, comme dans le b, le 13 et le 37, ils parlent de cette lettre et s’en plaignent, marquant divers points comme y étant contenus, qui se trouvent tous dans celle qui est imprimée à Paris: de sorte, mon révérend père, que c’est une chose assez surprenante qu'après que vos confrères d'Espagne ont objecté plusieurs fois à l’évêque d’Angélopolis d’avoir écrit cette lettre, vous qui témoignez avoir lu tous les écrits qui se sont faits sur ce sujet, ayez néanmoins entrepris de persuader à toute la France que cette lettre est une pièce supposée et qui à été faite à Paris.
Mais on ne doit pas s'étonner de ce procédé, puisque, vous déclarant plus ouvertement et attaquant cet évêque même, vous osez dire, dans votre second écrit, qu’il n’y a rien dans le bref du pape que cet évêque a obtenu contre vous, « qui montre que les jésuites fussent coupables, et que les résolutions de la congrégation des cardinaux qui y sont insérées sont toutes en faveur des jésuites.» Pour juger, mon révérend père, quelle foi on doit ajouter à ce que vous assurez de plus, il ne faut que le titre même de ce bref, tel qu'il a été imprimé à Rome en 1653. Le voici: « Breye S. D. N. Innocentii X, continens nonnullas «resolutiones ad favorem illustrissimi et reverendissimi domini epi- «scopi Angelopolitani contra RR. PP. societatis Jesu provinciæ Mexi- «Canæ in quatuor congregationibus habitis obtentas ; necnon intimatio- «nem ejusdem reverendissimo generali jesuitarum , una Cum responsione «pro illius observatione. Romæ, ex typographia reverendæ cameræ «apostolicæ , 1653.»
Croyez-vous, mon père, que cela veuille dire que les résolutions contenues dans ce bref « sont toutes en faveur des jésuites ? » Pour nous, nous croyons que cela doit se traduire ainsi : « Bref de notre très-saintpère Innocent X, contenant quelques résolutions en faveur de l’illustrissime et révérendissime évêque d’Angélopolis, contre les révérends pères de la société de Jésus de la province du Mexique, obtenues en quatre congrégations , et la signification qui en a été faite au révérendissime général des jésuites, avec sa réponse pour le faire observer. »
Mais de plus, mon père, si les résolutions de la congrégation étoient toutes en votre faveur, pourquoi se trouve-t-il, comme il est porté par le bref même, que c’est l’évêque d’Angélopolis qui en à demandé la confirmation au pape? Pourquoi avez-vous refusé si longtemps d’y obéir? Pourquoi l’a-t-il fallu renouveler en 1653, à l’instance de l’évêque d’Angélopolis? Pourquoi, à l'instance du même évêque, à t-il fallu se servir d’un moyen nouveau, et qui seul a été capable de vous réduire, qui est de le faire signifier à votre général, en lui ordonnant
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de le faire exécuter, sous peine de mille ducats d'amende, « sub poœna « ducatorum mille auri de camera ipsi cameræ apostolicæ applicando- « rum ? »
N'est-ce pas la chose du monde la plus étrange, qu'après avoir résisté pendant cinq ans, par tout le crédit de votre compagnie, à la réception d’un bref, et n’avoir pu être forcés à le recevoir que par la crainte qu’eut votre général de perdre ses ducats, vous vouliez nous persuader aujourd’hui que ce bref étoit tout en votre faveur ?
Mais nous vous laissons, mon révérend père, ces prétentions imaginaires : elles ne nous regardent pas. C’est aux évêques qui ont fait traduire et imprimer ce bref comme leur étant favorable, à voir s’ils ont fait imprimer des décisions qui leur sont contraires. Pour nous, comme nous ne prenons intérêt que dans ce qui regarde plus particulièrement votre politique et votre morale, nous eussions été bien aises de voir dans votre nouvel écrit l’éclaircissement de trois points importans qui sont marqués dans cette lettre de l’évêque d’Angélopolis, et qui découvrent parfaitement l’esprit de votre compagnie.
Le premier est la mascarade que l’on vous reproche d’avoir fait faire par vos écoliers le jour de la fête de saint Ignace en 1647, que cet évêque décrit en ces termes :
« Sous prétexte de solenniser la fête de saint Ignace, leur fondateur, ils assemblèrent leurs écoliers pour rendre méprisable ma dignité, ma personne et tous les prêtres de mon diocèse par des danses criminelles, que les Espagnols appellent mascarades. Ges écoliers étant masqués, et sortant de la maison même des jésuites, coururent dans toute la ville en représentant les personnes sacrées vêtues d’une manière honteuse. Quelques-uns d’entre eux mêlant des chansons infâmes avec l’oraison du Seigneur, au lieu de la finir en disant : Délivrez-nous du mal, ils disoient : Délivrez-nous de Palafox. Ils jprofanèrent aussi de la même sorte la Salutation angélique. D’autres faisoient sur eux, à la vue de tout le monde, comme des signes de croix avec des cornes de bœuf, en criant : Voilà les armes d'un véritable et parfait chrétien. Un autre portoit une crosse pendante à la queue de son cheval, et aux étriers une mitre peinte, pour marquer comme ils la fouloient aux pieds. Ils répandirent ensuite parmi le peuple, contre le clergé et les évêques, des vers satiriques, et plusieurs épigrammes espagnoles, dont voici l’une : Vois la société choisie s'opposer courageusement à cette formelle hérésie. »
Il faut vous pardonner, mon révérend père, si vous tâchez de persuader que cette lettre est supposée, quand ce ne seroït que pour empèêcher qu’on ne croie de votre société une action si indigne de religieux, et qui nous donne entre autres choses un exemple signalé du procédé ordinaire de votre compagnie contre tous ceux qui s'opposent à ses désordres, qui est de les traiter d’hérétiques, comme vous fîtes ce prélat, parce qu’il n’avoit pu souffrir vos prétentions sacriléges contre la puissance épiscopale, de pouvoir confesser et prêcher sans l'approbation des évêques, et l’attentat horrible que vous aviez commis contre sa personne, en le faisant excommunier par vos prétendus conservateurs. Il vous seroit donc fort avantageux de faire passer une histoire si peu
honorable à votre société, et qui en fait si bien connoître l’esprit, pour une fable inventée à Paris par ceux que vous prétendez avoir fabriqué
la lettre où elle est représentée. Mais ce seroit une entreprise bien diffi-
“cile; car on nous a encore fait voir un livre imprimé en espagnol. inti-
“tulé : Defensa canénica, dedicada al rey N. segnor, por la dignidad episcopal de la puebla de los Angeles, qui contient diverses pièces touchant cette affaire, et entre autres deux lettres, l’une de votre Provincial de la Nouvelle-Espagne à l’évêque d’Angélopolis; et l’autre, la réponse de cet évêque à votre Provincial, dans laquelle cette histoire étant rapportée tout de même que dans sa lettre au pape, il est impossible que vous puissiez la faire passer pour un conte fait à plaisir « par ceux qui ne revinrent jamais du Mexique, » comme vous dites dans votre recueil. Voici les paroles de cet évêque tirées de la page 329 (n. 29), avec la traduction françoise :
« V. P. R. se queja, de que algunos de sus discipulos, que acuden à « sus estudios, no los he querido ordenar : es verdad; pero ha sido « à los que hicieron aquella infame mascara, que salié de sus colegios el « dia de San Ignacio anno 1647 en la cual en estatua infamaron la digni- « dad episcopal, con tan feas y abominables circunstancias, que tal no «se havisto en provincias catélicas, ni aun heréticas, Ilevando à la « colade los cavallos un vaculo pastoral, y la mitra en los estrivos; y « adulterando la Oracion dominica, y angélica : cantando infames coplas «contra mi persona y dignidad : esparciendo satiricos motes, y tan « escandalosos, como Ilamarme herege, y decir que era formal heregia « el defender el santo concilio de Trento : diciendo las palabras siguien- « tes en papeles, que leyeron con gran dolor, .y guardaron los zelosos « del servicio de Dios, para que bolviesse por su Iglesia, con esperanza « constante que no la habia de desamparar : « Oy con gallardo denuedo « se opone la compañia à la formal heregia. »
« Votre Révérence se plaint de ce que je n’ai pas voulu conférer les ordres sacrés à quelques-uns de vos écoliers. J’en demeure d’accord, mais c’est à ceux qui firent cette infâme mascarade qui sortit de votre collége le jour de Saint-Ignace de l’année 1647, dans laquelle, par une honteuse représentation , ils déshonorèrent d’une manière si abominable la dignité épiscopale, qu’il ne s’est jamais rien vu de pareil, ni dans les provinces catholiques, ni même dans celles des hérétiques. Car on y voyoit une crosse pendue à la queue des chevaux, et la mitre aux étriers. L’Oraison dominicale et la Salutation angélique y furent profanées par un mélange impie. On y chanta des chansons infamantes contre ma personne et ma dignité. On répandit contre moi des vers satiriques si scandaleux, que j'y étois appelé hérétique et qu’on y faisoit passer pour une hérésie formelle de défendre le saint concile de Trente. C’est ce qu’ils firent par les paroles suivantes, écrites dans des billets que ceux qui avoient quelque zèle pour le service de Dieu lurent avec grande douleur et conservèrent avec soin, ayant toujours une ferme espérance que Dieu n’abandonneroit pas son Église, mais qu’il prendroit enfin sa défense : Aujourd’hui la compagnie s'oppose avec une vigoureuse résalution à la formelle hérésie. »
PALGAL II - 16
Le second fait, qui est rapporté dans la lettre de l’évêque d’Angélopolis au pape, n’est pas de moindre importance. Cest ce qu'il dit au nombre 121 :
« Toute la grande et populèuse ville de Séville est en pleurs , très-saint père. Les veuves de ce pays, les pupilles, les orphelins, les vierges abandonnées de tout le monde: les bons prêtres et les séculiers se plaignent avec cris et avec larmes d’avoir été trompés misérablement par les jésuites, qui, après avoir tiré d'eux plus de quatre cent mille ducats et les avoir dépensés pour leurs usages particuliers, ne lès ont payés que d’une honteuse banqueroute. Mais ayant été appelés en justice et convaincus, au grand scandale de toute l'Espagne, d’une action si infâme et qui séroit capitale dans la personne de quelque particulier que ce püût être, ils firent tous leurs efforts pour se soustraire à la juridiction séculière par le privilége de l'exemption de l’Église, et nommèrent pour leurs juges des conservateurs, jusqu’à ce que l'affaire ayant enfin été portée au conseil royal de Castille, il ordonna que, puisque les jésuites exerçcoient le commerce qui se pratique entre les laïques, ils devoient être traités comme laïques et renvoyés par-devant des juges séculiers. Ainsi cetté grande multitude de personnes qui sont réduites à l’aumône demande aujourd’hui avec larmes, devant les tribunaux séculiers , l’argent qu’ils ont prêté aux jésuites. qui étoit aux uns tout leur bien, aux autres leur dot, aux autres ce qu'ils avoient en réserve, aux autres ce qui leur restoit pour vivre, et ils déclament en même temps contre la perfidie de ces religieux èt les couvrent de confusion et de déshonneur dans le public. »
Il n’y a rien, mon révérend père, de plus scandaleux pour vous dans toute cette lettre et qui puisse mettre votre compagnie en plus mauvaise odeur. On n’aime point les banqueroutes; mais des religieux banqueroutiers ont encore je ne sais quoi de plus odieux. Cependant il ne vous sera pas aisé de montrer qu’une si honteuse affaire n’est pas véritable, puisque nous en avons entre les mains les pièces bien imprimées en espagnol, et non-seulement les plaintes des créanciers, mais la sentence même rendue contre vous, que ce bon évêque n’avoit pas encore vue. En voici le titre : Traslado de la sentencia de revista, que dié toto el consejo supremo de justicia, en el pleito de acreedores de la quiebra que hizo el colegio de la compañia de Jesus de San Hermenegildo de la ciudad de Sevilla. Ce qui signifie mot à mot : « Copie de la sentence de révision rendue par tout le conseil suprême de la justice, dans le procès des créanciers dé la banqueroute faite par le collége de là compagnie de Jésus de Saint-Hermenigilde, en la ville de Séville. »
En vérité cela est fort surprenant, et l’on n’auroït jamais cru que vous eussiéz quelque intérêt dans les maximes de vos casuistes en faveur des banqueroutiers, pour lesquels vous avez tant travaillé. Mais Yon voit à présent que vous avez grand besoin pour vous-mèmes de cette maxime de votre P. Tambourin (lib. VIIT, tr. IV, cap.1, $9,n.9): « Les femmes et les enfans dont les maris et les pères ont mal fait leurs affaires (il vous sera facile de mettré en ce même rang les religieux que les supérieurs ont endettés), s'ils se trouvent après leur mort n’avoir
pas de quoi payer, ils peuvent soustraire et cacher des biens laissés autant qu’il sera jugé nécessaire pour conserver leur vie et leur état honnêtement : « Possunt ex bonis relictis tantum subtrahere atque « occultare, quantum satis judicetur ad vitam suumque statum honeste « conservandum. » Que si on les appelle en justice, ils peuvent jurer ; avec une équivoque convenable, æquivocatione congrua, qu'ils n’ont rien caché, en sous-entendant qui ne leur fût dû ; et, pour la même raiéon , ils n’encourront point l’'excommunication qui pourroit être fulminée contre ceux qui auroient caché ces biens. »
Cette banqueroute de Séville étoit l’un de ces faits sur lesquels nous aurions désiré d’être éclaircis, et il sembloit assez considérable pour vous obliger d’en dire un mot. Cependant nous le voyons éclipsé dans un grand dénombrement que vous faites des autres ; qui tient trois ou quatre pages : ce qui a donné sujet de croire que vous avez eu peur qu’en. le contestant. vous ne donnassiez la curiosité à tant de personnes qui peuvent bientôt aller en Espagne de s’en informer plus particulièrement.
Le dernier point est ce qui est dit dans la même lettre touchant la conduite de vos pères de la Chine dans l’Instruction des néophytes ; dont cet évêque parle ainsi (n. 183) :
« Toute l'Église de la Chine gémit et se plaint publiquement, irèssaint-père, de ce qu’elle n’a pas été tant instruite que séduite par les instructions que les jésuites lui ont données touchant la pureté de notre croyance: de ce qu’ils J’ont privée de toute la juridiction ecclésiastique ; de ce qu’ils ont caché la croix de notre Sauveur et autorisé des coutumes toutes païenness de ce qu'ils ont plutôt corrompu qu’ils wont introduit celles qui sont véritablement chrétiennes ; de ce qu’en faisant, si lon peut parler ainsi, christianiser les idolâtres, ils ont fait idolâtrer les chrétiens; de ce qu’ils ont uni Dieu et Bélial en même table, en mêmes temples, en mêmes autels et en mêmes sacrifices. Et enfin cette nation voit avec une douleur inconcevable que, sous le masque du christianisme, on révère les idoles, ou, pour mieux dire, que sous le masque du paganisme on souille la pureté de notre sainte religion.
« J'ai, très-saint-père, un volume tout entier des Apologies des jésuites, par lesquelles non-seulement ils confessent avec ingénuité cette très-pernicieuse manière de catéchiser et d’instruire les néophytes chinois, dont les religieux de Saint-Dominique et de Saint-François les ont accusés devant lé saint-siége; mais même Didaque de Moralez, recteur de leur collège de Saint-Joseph de la ville de Manille, qui est métropolitaine des Philippines , soutient opiniâtrément, par un ouvrage de trois cents feuilles presque toutes les choses que Votre Sainteté a très-justement condamnées, le 12 septembre 1645, par dix-sept décrets de la congrégation de Propaganda Fide; et s'efforce, par des argumens qu’il pousse autant qu’il peut, mais qui ne sont en effet que de fausses subtilités, de renverser la très-sainte doctrine contenue dans tous ces décrets. J'ai donné, très-saint-père, une copie de ce traité au R. V. Jean- Baptiste de Moralez, dominicain, homme savant, fort zélé pour l’avancement de la foi dans la Chine, et qui, à l'exemple des premiers martyrs, a été cruellement battu et a souffert plusieurs mauvais traite-
a D CE Re LE
24h NEUVIÈME FACTUM
mens pour la religion , afin qu’il répondit, ainsi qu’il a fait, doctement, sincèrement et en peu de paroles, aux faits contenus dans l'écrit de ce jésuite. J’ai l’un et l’autre entre mes mains. »
Ce récit, mon révérend père, est merveilleusement circonstancié, et il est difficile qu’il ait été fait à Paris, où l’on ne sait pas seulement s’il y eut jamais un jésuite nommé Moralez, ou si vous avez un collège en la ville de Manille. Mais, pour le fond de l’accusation, il s’accorde parfaitement avec d’autres pièces bien imprimées, et particulièrement avec le iivre d’un religieux espagnol, nommé Thomas Hurtado, docteur et professeur en théologie, intitulé : Resolutiones orthodoxo-morales, imprimé à Cologne en 1655.
On voit dans ce livre un grand traité pour expliquer le décret de la congrégation de Propaganda Fide, du 12 septembre 1645, qui fut donné sur la requête que le P. Moralez, dominicain, présenta à cette congrégation au nom des ordres de Saint-Dominique et de Saint-François contre la mauvaise doctrine de vos pères de la Chine. Dans ce décret, tout ce que ces religieux reprochoient à vos pères, et que l’évêque d’Angélopolis marque dans sa lettre, est expressément condamné, et Thomas Hurtado fait voir sur chaque article, par un mémorial présenté au roi d’Espagne par les religieux déchaussés de Saint-François des îles Philippines, dont j'ai, dit-il (page 427), un exemplaire authentique, que vos pères ont véritablement pratiqué dans la Chine tous ces abus, et particulièrement celui d’avoir caché la croix de notre Sauveur et d'autoriser des coutumes toutes païennes. Voyez, s’il vous plaît, mon révérend père, les pages 427, 415, 480, 486, 488. Pour éviter la longueur, mous n’en rapporterons qu’un seul cas qui regarde l’idolâtrie et qui est dans la page 488. « Il à été demandé, dit la congrégation dans son décret (art. 9), si la coutume des Chinois, introduite par le philosophe appelé Keumphuco, doit être observée, qui est qu’ils érigent des temples à leurs pères, aïeux, bisaïeux; qu’ils leur font des sacrifices de diverses choses, comme de chair, de vin, de fleurs, de parfums; lesquels sacrifices ont pour fin parmi ces nations de leur rendre grâces, honneurs et respect pour les bienfaits qu’ils ont recus d’eux. La sacrée congrégation à répondu à cette demande qu’il n’étoit nullement permis aux chrétiens chinois d’assister, par feinte et extérieurement, aux sacrifices de leurs ancêtres, ni à leurs prières ni à toute autre cérémonie superstitieuse des païens, et encore moins sera-t-il permis d’exercer quelque ministère au regard de ces choses. »
Sur quoi Thomas Hurtado fait cette réflexion : « Il paroît, par le quatrième point du Mémorial présenté au roi Philippe IV, que les missionnaires dont il a parlé auparavant, c’est-à-dire les jésuites, enseignoient aux chrétiens de la Chine cette doctrine condamnée par la congrégation. C’est pourquoi l’article 3 de ces missionnaires porte que ce n’est pas un péché mortel de servir ou d'assister à ces sortes de sacrifices faits pour ses ancêtres , ni de prendre et d’apporter avec soi de ces viandes sacrifiées ; et les religieux qui envoyèrent ce Mémorial au roi catholique, avec une information faite juridiquement, le prouvent par cette information et par les lettres mêmes de ces missionnaires, c’est-à-dire des jésuites. »
Ii eût été important, mon révérend père, que vous eussiez bien eclairei ces points qui sont de grande conséquence, et qui semblent être assez bien liés avec votre doctrine des équivoques. Mais parce que vous paroissez être disposé à donner de temps en temps quelque nouvelle pièce au public, ainsi qu’il paroît par votre privilége genéral, nous vous avertissons charitablement qu'il y a un livre à Paris sur lequel il seroit bon que vous préparassiez quelque réponse. Vous ne pourrez pas dire qu’il a été fait en France; car il est très-bien imprimé en Espagne, et 1l pourroit bien prendre envie à quelqu’un de le traduire. C’est la plus belle histoire du monde, et la plus propre pour confirmer celle d’Angélopolis; car elle fait paroître les jésuites du Mexique fort modérés, en comparaison de ceux du Paraguay, qui est encore une autre province du Nouveau-Monde; et les persécutions de M. de Palafox, très-médiocres, en comparaison de celles de l’évêque de la ville de PAssomption, capitale du Paraguay. C’étoit un bon religieux de l’ordre de Saint-François, nommé Bernardino de Cardenas, grand prédicateur de l'Évangile, et qui avoit fait des merveilles pour la conversion des Indiens. Le roi d'Espagne le choisit pour cet évêché, lorsqu'il avoit déjà près de cinquante années de profession. Vos pères vécurent près de trois ans en fort bonne intelligence avec lui, et lui donnèrent de grands éloges : car vous n’en êtes pas avares envers Ceux qui ne vous incommodent point. Mais ayant voulu visiter quelques provinces où ils dominent absolument, et où sont leurs plus grandes richesses, ce qu’ils ne veulent pas que l’on connoiïsse, il n’est pas imaginable quelles persécutions ils lui ont faites, et quelles cruautés ils ont exercées contre lui. On y voit qu’ils l’ont chassé plusieurs fois de sa ville épiscopale, qu’ils ont usurpé son autorité, qu’ils ont transféré son siège dans leur église, qu’ils ont planté des potences à la porte pour y pendre ceux qui ne voudroient pas reconnoître cet autel schismatique. Mais ce qui doit en plaire davantage à ceux d’entre vous qui ont l’humeur martiale, c’est qu’on y voit de merveilleux faits d'armes de vos pères : on les voit à la tête des bataillons d’Indiens levés à leurs dépens, leur apprendre l'exercice, faire des harangues militaires, donner des batailles, saccager des villes, mettre les ecclésiastiques à la chaîne, assiéger l’évêque dans son église, le réduire à se rendre pour ne pas mourir de faim, lui arracher le saint sacrement d’entre les mains, l’enfermer ensuite dans un cachot, et l'envoyer sur une méchante barque à deux cents lieues de là, où il fut reçu par tout le pays comme un martyr et un apôtre; ce qui mit vos pères si fort en colère contre le peuple et plusieurs bons religieux qui soutenoient la cause de ce saint prélat, que, comme vous avez des poëtes en tout pays, il y en eut qui firent contre eux des vers pleins de vanité, où ils relevoient la force de leur compagnie, et traitoient de canaille les ecclésiastiques et les religieux qui suivoient l’évêéque, qu’ils appellent une fourmi. Voici ces vers espagnols qui se trouvent au feuillet 55 de ce livre, avec la traduction françoise :
« ? Vulgo loco, y desatento, « Ya te pagas de mentiras ?
« Pues con mas afecto miras
« Lo que menos te estä à cuento, « La enseñanza, y documento
« Nos deves, si, que es tu guia, « Porque, aunque toto à porfia « Te acude de polo 4 polo,
« Vas ciego, perdido, y solo,
« Cuando yàs sin compañia.
« Totos nos han menester,
« Frailes, cabildos, y audiencia, « Y totos en competencia
« Tiemblan de nuestro poder :
« Y pues hemos de vencer
« Esta canalla enemiga,
« Toto este pueblo nos siga,
« Ÿ no quieran inconstantes
« Perder amigos gigantes
« Por un obispo hormiga.
« Peuple fou et étourdi,
Est-ce ainsi que tu te payes de mensonges ?
Puisque tu fais plus d'état
De ce qui t'est un moindre appui.
Nous sommes tes maîtres et tes docteurs, Et c’est par nous que tu dois te conduire.
Quand d’un bout de l’univers à l’autre Chacun seroit de ton parti,
Tu es aveugle, perdu et abandonné,
Si tu es sans la compagnie.
Tout le morde a besoin de nous
Moines, chanoines, parlemens;
Et tous, sans exception,
Tremblent sous notre pouvoir.
Puis donc que nous sommes assurés
De vaincre cette canaïlle ennemie,
Tout ce peuple ne doit-il pas nous suivre ?
Et n’y auroit-il pas de l’imprudence
De perdre l'amitié des géans
Pour une fourmi d’évèque ? »
C’est un petit abrégé de cette histoire, qui est fort étrange, et en même temps fort autorisées; car elle est comprise dans un Memorial présenté au roi d'Espagne par un religieux de Saint-François, agent de cet évêque, qui contient des informations fort juridiques, et dont queiques-unes sont signées par plus de deux cents témoins. Et ce qui est remarquable, c’est qu’il est dit dans ce livre que c’est le troisième évèque du Paraguay que vous traitez de la sorte.
Nous savons néanmoins que vous avez une réponse générale à tout
ce qu’on peut alléguer contre vous, qui est qu’on ne doit pas croire que votre société soit coupable de rien, parce que l’on ne voit point qu’on la punisse. Et il est certain que, si l'impunité étoit une preuve d’innocence. on devroit vous tenir pour les plus innocens du monde. Mais, mon révérend père, ne vous flattez pas de vous voir en cet état: car Dieu n’est jamais plus en colère que quand il pardonne de la sorte, « magis irascitur quum parcit; » et le dernier degré de son abandonnement est quand il laisse sans punition ceux qui la méritent davantage. Ainsi, si vos attentats contre la morale de Jésus-Christ demeurent impunis, nous ne vous en croirons que plus misérables; mais nous nen perdrons pas le courage d’en poursuivre la condamnation par toutes les voies ecclésiastiques et canoniques.
À Paris, le 25 juin 1659.
Des curés de Paris, présenté le 10 d'octobre de l’année 1659 à MM. les vicaires généraux de M. l’'éminentissime cardinal de Retz, archevéque de Paris, pour demander la condamnation du livre du P. Thomas Tambourin , jésuite.
Supplient humblement les curés de Paris, disant que le jugement solennel rendu par vous sur notre requête, contre l’Apologie des casuistes , et tout ce grand nombre de censures juridiques de tant d’illustres archevèques et évêques, et de la Faculté de théologie de Paris, et même le décret de notre saint-père le pape. contre les pernicieuses maximes de ce méchant livre, seroient entièrement inutiles à l’Église, et au bien des âmes dont Dieu nous à commis la conduite, s'il est permis de publier et de produire ces mêmes maximes avec la même hardiesse, en changeant seulement le nom de l’auteur. C’est néanmoins ce que les jésuites ont prétendu faire, par l'impression toute récente qu’ils ont procurée à Lyon du livre d'un de leurs pères, nommé Thomas Tambourin, dont il est déjà venu à Paris plusiéurs exemplaires, où l'on ne voit pas seulement les erreurs de VApologie soutenues et autorisées, mais où l’on en rencontre un grand nombre d’autres encore plus étranges et plus criminelles : de sorte qu’il semble que cet auteur a entrepris de faire voir jusques à quel excès l'esprit humain étoit capable de se porter, lorsque, ayant quitté les lumières de la foi et de la tradi tion. il s’abandonne à ses vains raisonnemens. Vous verrez, messieurs, par l'extrait attaché à cette requête, qu'il n’attaque pas seulement quelque partie de la religion, mais qu’il la ruine tout entière dans Pin térieur, qui en est comme l'esprit, et dans l'extérieur, qui en est comme le corps, dans tous les devoirs de piété envers Dieu, et dans tous les offices de charité, de justice et de fidélité envers le prochain ; qu’il ne reconnoît aucun vrai précepte de croire en Dieu, d'espérer en Dieu, de
prier Dieu, ni d’adorer Dieu; qu’il réduit celui de l'aimer qui forme l'essence de la loi nouvelle, et le culte spirituel qui fait les chrétiens adorateurs de Dieu en esprit et en vérité, à un cas si extraordinaire, que presque tous les fidèles sont par là dispensés, durant toute leur vie, de l’amour de Dieu, c’est-à-dire du plus saint, du plus heureux et du plus indispensable de tous leurs devoirs. Vous verrez, messieurs , que tout l'ordre de la justice civile, que tous les liens de ia socete humaine, que toute la paix, tout l'honneur et toute la sûreté des familles sont absolument renversés par les homicides, les calomnies, les infidélités, les vols, les usures, les mariages déréglés et scandaleux, que cet auteur soutient comme licites, sous divers prétextes et sous divers noms; qu’il se joue de toutes les lois ecclésiastiques, et particulièrement de celle du jeûne, par des chicaneries honteuses et ridicules; et qu’enfin les principes généraux qu’il établit pour autoriser ces corruptions sont si vastes et si étendus, qu’il n’y a point de désordres et de déréglemens si horribles qu’on ne puisse introduire et défendre en les suivant. Ainsi nous pourrons dire, en demeurant dans les bornes d’une exacte vérité, que cette étrange morale que l’on s’efforce de répandre en notre temps, n’est point chrétienne, puisqu'elle anéantit l’esprit du christianisme ; qu’elle n’est pas seulement judaïque et pharisaïque, puisqu'elle renverse la lettre de la loi et les préceptes extérieurs; qu’elle n’est pas même humaine et philosophique, puisqu’elle ruine la justice, l’équité naturelle, la sincérité, la bonne foi et le sens commun; qu’elle n’est point civile et politique, puisqu’elle détruit tellement tous les fondemens sur lesquels la société humaine est établie, que, si on en suivoit les maximes, les États et les républiques ne seroient que des assemblées pleines de confusion, sans foi, sans loi, sans ordre, sans sûreté; où l’on ne feroit que se tromper, se piller et se massacrer les uns les autres; mais que c’est proprement cette fausse sagesse dont l’apôtre saint Jacques dit : « Non est ista sapientia sursum « descendens, sed terrena, animalis, diabolica.» Quand il ne s’agiroit ici, messieurs, que de l'honneur de l'Église qui est si blessée par cette mauvaise doctrine qu’on lui attribue, ce motif ne seroit que trop suffisaut pour obliger ceux qui ont entre leurs mains son autorité, à s’opposer à l’outrage qu’on lui fait : mais il s’agit de plus du salut d’une infinité de chrétiens que l’on infecte et que l’on corrompt, dont Dieu demandera compte à ceux qui n'auront pas fait tous leurs efforts pour bannir de l’Église ce poison mortel que l’on y répand. Il est d’autant plus nécessaire de le faire maintenant, et de s’animer d’un nouveau zèle pour réprimer cette licence, que l’on voit que ceux qui s’en sont déclarés les protecteurs, s’animent et se fortifient tous dans la résolution de les soutenir avec une hardiesse encore plus grande qu'auparavant. Car au lieu de s’humilier sous tant de jugemens que l’Église a rendus contre eux, au lieu de se corriger au moins en quelque chose dans les nouveaux livres de morale qu’ils produisent; pour faire paroître, au contraire , à tout le monde combien ils méprisent l'autorité des évêques, je jugement des Facultés de théologie, et même celui de Sa Sainteté, et combien ils sont fermes dans le dessein de n’abandonner jamais
‘aucune de ces opinions condamnées , ils ont fait imprimer aux yeux de toute la France, dans une des principales villes du royaume, avec approbation de leur compagnie, et le nom de l’auteur, Pun des plus pernicieux et des plus abandonnés de leurs casuistes, comme pour dire à tous les évêques, à tous les docteurs, à tous les curés de France, el même à Sa Sainteté : « Voilà la doctrine que nous soutenons et que nous soutiendrons toujours, malgré toutes vos censures et tous vos efforts. » C’est ainsi, messieurs, qu’ils ont véritablement justifié leur Apologie, mais en la manière que l’Écriture dit que Jérusalem a justifié Sodome et Samarie, en surpassant leurs iniquités : « Non fecit Sodoma sicut tu, «et Samaria dimidium peccatorum tuorum non peccavit; vicisti cas « sceleribus tuis, et justificasti sorores tuas. » Que s’ils ne trouvoient dans les ministres de l’Église autant de zèle et de fermeté pour s’opposer à l'établissement de leur méchante morale, qu’ils ont d’opiniâtreté et de hardiesse à la publier et à la défendre, qui ne voit, messieurs, qu'ils viendroient à bout de cette malheureuse entreprise; que vos jugemens seroient anéantis et abolis: que ces corruptions cesseroient de passer pour condamnées, et qu’ainsi elles serviroient de pièges à un grand nombre d’âmes, à qui ils ne manqueroient pas de les inspirer? C’est pourquoi, messieurs, encore que les poursuites que nous avons été obligés de faire auprès de vous sur le sujet de l’Apologie, aient attiré sur nous une infinité d’outrages et de calomnies scandaleuses de la part de ceux qui l'ont soutenue, dont il nous est impossible de tirer aucune satisfaction, nous avons cru néanmoins qu’il n’étoit pas temps, dans un si grand péril de l’Église, de penser à nos intérêts particuliers, et que la crainte de leur violence, de leurs calomnies et de leur injustice, ne devoit pas nous empêcher de rendre à l’Église ce que nous lui devons en une occasion si importante, qui est de nous rendre dénonciateurs contre le livre de Tambourin, comme nous avons fait contre Y Apologie des casuistes. Nous espérons, messieurs, que nos poursuites auront le même succès, et qu'après avoir vu que les maximes dont nous vous demandons la condamnation, sont encore plus détestables que celles que vous avez déjà censurées, vous jugerez sans doute qu’il est encore plus nécessaire de les condamner par une censure juridique. Ce considéré, messieurs, et vu l'extrait ci-attaché, il vous plaise de procéder à l’examen et condamnation dudit livre de Thomas Tambourin, jésuite, qui contient en soi plusieurs ouvrages séparés; savoir : un grand traité sur le Décalogue, intitulé : Explicatio Decalogi, in qua omnes fere conscientiæ casus mira brevitate, claritate, et quantum licet benignitate declarentur; un autre sur la confession, intitulé : Methodus expeditæ confessionis ; un autre sur la communion, intitulé : De sacratissima communione expedite peragenda; et le dernier : De sacrificio Missæ expedite celebrando; Lugduni, sumptibus Joan. Ant. Huguetan , et Mar. Ant. Ravaud, M. DC. LIX : comme contenant plusieurs propositions fausses, erronées, scandaleuses, contraires aux lois divines, ecclésiastiques et civiles; exposant la religion catholique aux insultes des hérétiques et aux blasphèmes des impies; et détruisant l'Évangile, les bonnes mœurs et même la société humaine : Faire défenses à toutes
personnes du diocèse de Paris de le vendre, de l’acheter, de le débiter. de le lire, ni de le retenir, sous telles peines et censures canoniques qu’il vous plaira ordonner. Et vous ferez bien.