‹ Œuvres complètes de Blaise PascalChapitre 61 sur 78 · DE M. L'ÉVÉQUE DE NEVERS · texte numérisé non relu

DE M. L'ÉVÉQUE DE NEVERS

personnes consacrées aux divins autels ; les compagnies domestiques les plus mfâmes : il permet encore l’usure, et fournit des moyens pour en faciliter la pratique contre l’Écriture et les canons : il autorise les calomnies les plus noires, et qui imposent malicieusement de faux crimes à des innocens véritables : enfin il soutient la pernicieuse doctrine de la probabilité fondée sur le raisonnement purement humain, maxime la plus impie , erreur la plus dangereuse, venin le plus mortel de la morale chretienne. Ces opinions détestables, et plusieurs autres qui favorisent les excès les plus honteux de l’Alcoran des Turcs, que nous ne marquons point ici, pour ne pas offenser les oreilles chastes et chrétiennes, nous ont fait connoître combien il étoit nécessaire d'employer l’autorité que Dieu nous a donnée pour arrêter et condamner ce livre criminel. À quoi nous nous sentons particulièrement excités par la requête qui nous a été présentée à ce sujet par tous les curés de notre diocèse, nommément par ceux de notre ville épiscopale, qui, dans la juste crainte que cette mauvaise doctrine, nouvellement publiée, devenant contagieuse, ne cause la perte des âmes , dont ils doivent rendre à Dieu un compte très-exact, implorent avec instance l'autorité de notre jugement. C’est pourquoi, pour satisfaire à une requête si juste et si charitable, et de notre part au devoir de notre charge: pour empêcher les impressions mauvaises que les fidèles pourroient en prendre, pour fermer la bouche aux hérétiques qui s’en prévalent en nous imputant ces erreurs, et pour arrêter désormais la hardiesse de ces nouveaux casuistes : après l'avoir vu, lu, examiné et diligemment considéré, et lavoir fait voir , lire et examiner par plusieurs docteurs et personnes de piété en notre conseil, nous avons condamné et condamnons par ces présentes ce livre, intitulé : Apologie pour les casuistes contre les calomnies des jansénistes, etc., comme contenant plusieurs propositions contraires aux lois divines et humaines, qui ouvrent la porte à toutes sortes de déréglement et de libertinage, et qui détruisent les maximes de l'Évangile les plus saintes et les plus nécessaires pour le salut. Avons fait et faisons très-expresses inhibitions et défenses à toutes personnes de notre diocèse de lire, vendre, acheter, ni distribuer ledit livre, sous peine d’excommunication. Vous enjoignons d’enseigner aux peuples, dans un esprit de paix et de charité, les vertus opposées à ces maximes condamnées, et de les conduire dans la voie du ciel selon les règles de l'Évangile et de l’Église, contraires aux relâchemens épouvantables de ces nouveaux casuistes. Et à ce qu'aucun n’en ignore, nous ordonnons que ces présentes seront lues et publiées aux prônes et prédications de notre diocèse par trois dimanches consécutifs, et affichées en la manière accoutumée. Fait en notre palais épiscopal, ie 8 novembre 1658.

Ainsi signé, EusTACHE, évêque de Nevers, Et plus bas, MANGEART.

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