PROJET
De mandement contre V'Apologie pour les casuistes !
L'amour que nous avons pour nos peuples nous obligeant à une vigilance continuelle : pour prévenir tout ce qui peut leur nuire, nous nous sommes sentis obligés de la redoubler, quand le pernicieux livre intitulé : Apologie pour les casuistes, a commencé à se répandre dans ce diocèse. Et c’est pourquoi, sur la requête que nos curés nous ont incontinent présentée pour le censurer, et l'assurance que l’importance de la chose le mérite, nous avons résolu, en leur accordant une demande si juste, de travailler en même temps à fortifier les fidèles, non-seulement contre le relâchement qu’ils pourroient recevoir de ces opinions flatteuses, autorisées par ce nombre étrange de casuistes, mais encore contre une tentation bien plus importante, et qui iroit au renversement entier de la foi, si on n’étoit soutenu et confirmé par la pleine connoissance de ses principes; car il est sans doute que les impies tirent de ces abus des conséquences contre la vérité de notre religion, capables d’ébranler les foïbles, en les donnant pour des marques que Dieu ne règle pas la conduite de l’Église, puisque, après l'avoir assurée d’une possession éternelle de la vérité, on la voit abandonnée à des erreurs et à des égaremens si effroyables.
Voilà le plus grand des maux que ces impiétés produisent : elles servent d'armes aux ennemis de la foi pour nous combattre, et sont également utiles au démon pour corrompre les fidèles et pour fortifier les infidèles. Mais comme on ne tombe dans ces erreurs que faute d'entendre les Écritures, nous nous sentons obligés de les expliquer si clairement à ceux auxquels nous sommes redevables des instructions évangéliques , que les personnes pieuses soient désormais sans péril, et les simples sans excuse dans les conséquences qu'ils tirent des égaremens des casuistes. Car tant s’en faut que ces abus qui se glissent dans l’Église, puissent rendre suspecte la vérité des promesses de Jésus-Christ, que rien n’en prouve davantage la vérité; et qu’elles seroient fausses, au contraire, si ces abus mêmes n’arrivoient. Si Jésus-Christ, en promettant à l’Église que sa vérité et son esprit reposeroient sur elle éternellement, l’avoit en même temps assurée d’une suite calme et tranquille de vérité et de paix, on auroit sujet d’être surpris de voir le mensonge et l’erreur paroître avec tant d’insolence. Mais quelle raison y a-t-il de l'être, après qu’il a déclare que plusieurs y jetteroient le trouble, sous l’apparence néanmoins de la piété, et qu'ils viendroient en son nom pour détourner les hommes de la véritable voie : de sorte que ces désordres qui croîtroient toujours, seroient enfin si grands dans la fin des siècles, que les élus mêmes en seroient séduits, s’il étoit possible de les séduire ? Il est donc indubitable que ces scandales doivent arriver, quoiqu’à la ruine de ceux qui les cau-
1. Ge projet a été trouvé parmi les papiers de Pascal, sur quelques feuilles détachées.