‹ Œuvres complètes de Blaise PascalChapitre 63 sur 78 · CONTRE L'APOLOGIE DES CASUISTES · texte numérisé non relu

CONTRE L'APOLOGIE DES CASUISTES

sent, et de ceux qui s’y perdent. Car Dieu les souffre, non pas afin qu’on suive ces désordres, mais afin qu’on les combatte, et qu’il paroisse en cette épreuve qui sont ceux qui lui sont véritablement fidèles ; et c’est pourquoi il est si important de les éviter.

Saint Paul, qui fait la même prédiction, nous donne en même temps la description de ces séducteurs, afin qu’on puisse mieux les connoître, quand il dit à Timothée (II Tüm., 11, 1 et seq.) qu’il viendra dans les derniers temps des hommes ayant l’apparence de la piété, mais qui en rejetteront Pessence; qui seront pleins d’ambition et d’amour-propre, superbes, calomniateurs ; qui s’introduiront dans les maisons des particuliers , et s’assujettiront les femmes simples, en les flattant dans leurs péchés et dans les désirs de leurs cœurs; qui travailleront sans cesse à devenir savans, et n’arriveront jamais à la connoissance de la vérité. Et il finit cette peinture en disant qu’ils ne réussiront pas dans leurs desseins, et qu’enfin leur foiblesse et leur impertinence sera connue de tout le monde.

Qui ne diroit que saint Paul a vu ce qui se passe aujourd’hui à nos yeux, où des hommes, sous l’habit de la piété, présentent aux fidèles une morale qui bannit l'amour de Dieu, qui est l’essence de la piété; autorisent la calomnie, l’orgueil, l'ambition, par leurs préceptes et par leurs exemples ; étudient sans cesse, et ne peuvent arriver aux premières connoissances du christianisme; et sont enfin tombés dans des excès qui les ont rendus le sujet de la risée de tout le monde ? On ne peut douter que toutes ces choses ne soient conduites par l’ordre de la même Providence qui les a prédites, et qui les permet pour éprouver ceux qui sont véritablement fidèles. Mais nous apprenons, par ces mêmes prophéties, que ces désordres doivent aller bien plus avant.

Nous voyons, à la vérité, aujourd’hui une compagnie bien puissante qui soutient ces corruptions ; Mais NOUS en voyons en même temps une bien autrement considérable et autorisée qui s’y oppose. Et si on a sujet de gémir de voir quelques religieux relâchés et quelques casuistes corrompus qui introduisent ces relächemens, on a sujet de bénir Dieu de ce que les pasteurs ordinaires de l’Église leur résistent; et qu’ainsi le corps de la hiérarchie, en quoi consiste proprement l’Église, demeure exempt de ce relâchement, n’y ayant que quelques-unes de ces personnes égarées qui sont hors de la hiérarchie, et qui tiennent entre nous le rang que les faux prophètes tenoient entre les juifs, qui trempent dans ces impiétés ; en quoi il n’arrive rien que de conforme à ce que saint Pierre a prédit (IL Pet., 11, 1) en cette sorte : « De la même manière qu’il y à eu de faux prophètes entre les juifs, aussi il s’en élèvera entre nous. »

Voilà l’état présent des choses. Quoique la licence y soit grande, elle n’est pas néanmoins sans une puissante opposition. Mais un temps doit venir, duquel il est écrit : « Malheur à celles qui seront enceintes en ce temps-là! (Matth., xxiv, 19) : et croyez-vous qu’alors le Fils de lhomme trouve de la foi sur la terre? » (Luc. xvur, 8.) Et c’est en ce temps que les prêtres mêmes et le reste des fidèles, ayant presque tous consenti aux impiétés des faux docteurs , la mesure étant ainsi comblée. la fin de l’Église et de l’univers doit arriver avec la seconde venue du

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