PROJET DE MANDEMENT
Messie : de même que la destruction de l’ancien temple et de la synagogue est arrivée dans une semblable corruption, les faux prophètes ayant entraîné dans leur parti le peuple et les prêtres même au premier avénement du Messie. Car, comme toutes choses leur arrivoient en figure, et que la synagogue a été l’image de l’Église, selon saint Paul (I Cor., x, 6 et 11), nous pouvons nous instruire, par ce qui lui est arrivé, de ce qui doit nous arriver, et voir, dans leur exemple, la source, le progrès et la consommation de l’impiété. L'Écriture nous apprend donc que c’est des faux prophètes que l’impiété a pris son origine; qu’elle s’est de là répandue sur le reste des hommes, comme dit Jérémie (Jerem., xx, 15). C’est des prophètes que l’abomination est née, et c’est de là qu’elle a rempli toute la terre; ils ont formé une con- Spiration ouverte contre la vérité au milieu du peuple de Dieu : les grands du monde ont été les premiers suppôts de leurs doctrines flatteuses; les peuples en ont été ensuite infectés. Tant que les prêtres du Seigneur en sont demeurés exempts, Dieu a suspendu les effets de sa colère ; mais quand les prêtres mêmes s’y sont plongés, et que dès lors il n’est rien resté pour apaiser la colère divine, les fléaux de Dieu sont tombés sur ce peuple sans mesure, et y sont demeurés jusqu’à ce jour. Les prophètes, dit Jérémie (Jerem. , v,'31), ont annoncé de fausses doctrines de la-part de Dieu : les prêtres y ont donné les mains, et mon peuple y a pris plaisir. Quelle punition leur est donc préparée? C’est alors qu’il n’y a plus de miséricorde à attendre, parce qu’il n’y a plus personne pour la demander. Les prêtres, dit Ézéchiel (Ezech., xx1r, 25 et seq.), ont eux-mêmes violé ma loi. Les princes et les peuples ont exercé leurs violences, et les prophètes les flatioient dans leurs désordres. J’ai cherché quelqu’un qui opposât sa justice à ma vengeance, et je n’en ai point trouvé. Je répandrai donc sur eux le feu de mon indignation, et je ferai retomber sur leurs têtes le fruit de leurs impiétés.
Voilà le dernier des malheurs où, par la grâce de Dieu, l’Église n’est pas encore, et où elle ne tombera pas, tant qu’il plaira à Dieu de soutenir ses pasteurs contre la corruption des faux docteurs qui les combattent; et c’est ce qu’il importe de faire entendre à ceux qui sont sous notre conduite, afin qu’ils ne cessent de demander à Dieu la continuation d’un zèle si important et si nécessaire, et qu’ils évitent eux-mêmes les doctrines molles et flatteuses de ces séducteurs qui ne travaillent qu’à les perdre. Car de la même manière que la piété des saints de l'Ancien Testament consistoit à s'opposer aux nouveautés des faux prophètes, qui étoient les casuistes de leur temps : de même la piété des fidèles doit avoir maintenant pour objet de résister au relâchement des casuistes, qui sont les faux prophètes d’aujourd’hui; et nous ne devons cesser de faire entendre à nos peuples ce que les vrais prophètes crioient incessamment aux leurs, que l’autorité de ces docteurs ne les rendra pas excusables devant Dieu, s’ils suivent. leurs fausses doctrines; que toute la société des casuistes ne sauroit assurer la conscience contre la vérité éternelle; que cette abominable doctrine de la probabilité, qui est le fondement de toutes leurs erreurs, est la plus grande de leurs erreurs; que rien ne sauroit les sauver que la vérité (Joan. , vit, 82); et que c’est une fausselé