CONTRE L’'APOLOGIE DES CASUISTES
horrible que de dire qu’on se sauve aussi bien par l’une que par l’autre de deux opinions contraires, et dont il y en a une par conséquent de fausse. C’est ce qu’ils soutiennent tous, et sans quoi toute leur doctrine tombe par terre; car ils n’ont point d’autre fondement à ces horribles maximes , qu’ils renouvellent encore dans ce nouveau livre : « Qu’on peut discerner par la lumière de la raison quand il est permis ou défendu de tuer son prochain; qu’on peut le tuer pour défendre ou réparer son honneur; qu'on peut, sans crime, calomnier ceux qui médisent de nous, que tous nos péchés seront remis, pourvu que nous les confessions sans quitter les occasions prochaines, sans faire pénitence en cette vie, et sans avoir d'autre regret d’avoir péché, sinon pour le mal temporel qui en vient, et encore si foible que le pécheur et pénitent juge qu’il est prêt à retomber en peu de temps. » Quand on leur demande sur quoi ils fondent ces horribles maximes, ils n’ont d'autre chose à répondre, sinon que leurs pères et leurs docteurs l’ayant jugé probable, cela est sûr en conscience, et aussi sûr que les opinions contraires. Et c’est sur quoi nous annonçons à tous ceux sur qui Dieu nous à donné de l’autorité, que ce sont des faussetés diaboliques , et que tous ceux qui suivront ces maximes sur la foi de ces faux docteurs, périront avec eux; de même que les prophètes de Dieu annonçoïient autrefois à leurs peuples, qui se reposoient ainsi sur leurs faux prophètes, que Dieu extermineroit tout ensemble, et ces maîtres , et ces disciples, « magisiros et discipulos » (Malach. , 11, 12); et que ceux qui assurent ainsi la conscience des hommes, et ceux qui recoivent ces assurances, seront ensemble précipités dans une pareille ruine : « Et « qui beatificant, et qui beatificantur. » (Isaias , 1x, 16.) De sorte que tant s’en faut que cette probabilité de sentimens et cette autorité de docteurs qui les enseignent, excusent devant Dieu ceux qui les suivent; que cette confiance est au contraire le plus grand sujet de la colère de Dieu sur eux, parce qu’elle ne vient en effet que d’un désir corrompu de chercher du repos dans ses vices, et non pas d’une recherche pure et sincère de la vérité de Dieu, qui feroit discerner aisément la fausseté de ces opinions, qui font horreur à tous ceux qui ont de véritables sentimens de Dieu ; et c’est pourquoi cette tranquillité dans les crimes les augmente si fort, que Dieu a déclaré par ses prophètes (Ezech., x1v, 14 et seq.) à la synagogue, et par elle à l’Église, que toutes les prières des justes ne sauveroient pas de sa fureur ceux qui auroient ainsi suivi ces maîtres des fausses doctrines. C’est ce qu’on voit en Jérémie, lorsqu'il demandoit miséricorde à Dieu pour les juifs, et qu’il lui représentoit que c’étoit sur la foi de ces faux prophètes qu’ils étoient demeurés dans leurs crimes. Seigneur, dit-il (Jerem., x1v, 13 et seq.), ils ont agi de la sorte, parce que leurs prophètes les assuroient que vous approuviez leur conduite ; et que bien loin de les punir, vous les rempliriez de bonheur et de paix; c’est-à-dire, qu'ils avoient suivi l'autorité de plusieurs grands docteurs qui étoient tenus pour prophètes. Et cependant que répond Dieu à ce saint homme ? Les prophètes ont parlé selon leur propre esprit, et non pas selon le mien, dit le Seigneur. Ce ne sont pas mes paroles, mais leurs propres paroles qu’ils ont annoncées ; et c’est pourquoi je perdrai ces docteurs ; mais j’exterminerai de même ceux qui les ont écoutés et suivis. Ne priez
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