‹ Œuvres complètes de BoileauChapitre 113 sur 492 · f'trgilc , églogue IV. (B · texte numérisé non relu

f'trgilc , églogue IV. (B

Mais , pour bien exprimer ces caprices heureux .

C’est peu d être poète, il faut être amoureux.

Je hais ces vains auteurs dont la muse forcée M’entretient de ses feux, toujours froide et glacée;

Qui s’affligent par art, et, fous de sens rassis,

S’érigent pour rimer en amoureux transis.

Leurs transports les plus doux ne sont que phrases vaines ; Ils ne savent jamais que se charger de chaînes ,

Que bénir leur martyre, adorer leur prison,

Et faire quereller les sens et la raison.

Ce n’étoit pas jadis sur ce ton ridicule Qu’Amour dictoit les vers que soupiroit Tibulle ,

Ou que, du tendre Ovide animant les doux sons,

Il donnoit de son art les charmantes leçons.

Il faut que le cœur seul parle dans l’élégie.

L’ode, avec plus d'éclat et non moins d’énergie,

Élevant jusqu’au ciel son vol ambitieux,

Entretient dans ses vers commerce avec les dieux.

Aux athlètes dans Pise1 elle ouvre la barrière,

Chante un vainqueur poudreux au bout de la carrière,

Mène Achille sanglant aux bords du Simoïs ,

Ou fait fléchir l’Escaut sous le joug de Louis.

Tantôt, comme une abeille ardente à son ouvrage,

Elle s’en va de fleurs dépouiller le rivage :

Elle peint les festins , les danses et les ris ;

Vante un baiser cueilli sur les lèvres d’iris,

Qui mollement résiste, et, par un doux caprice,

Quelquefois le refuse afin qu'on le ravisse.

Son style impétueux souvent marche au hasard :

Chez elle un beau désordre est un effet de l’art.

Loin ces rimeurs craintifs dont l’esprit flegmatique Garde dans ses fureurs un ordre didactique ;

Qui, chantant d’un héros les progrès éclataus,

Maigres historiens, suivront l’ordre des temps.

Ils n’osent un moment perdre un sujet de vue :

Pour prendre Dole , il faut que Lille soit rendue ;

Et que leur vers exact, ainsi que Mézerai,

Ait fait déjà tomber les remparts de Courtrai.

Apollon de son feu leur fut toujours avare.

On dit, à ce propos, qu’un jour ce dieu bizarre,

Voulant pousser à bout tous les rimeurs françois ,

Inventa du sonnet les rigoureuses lois,

Voulut qu’en deux quatrains de mesure pareille La rime avec deux sons frappât huit fois l’oreille;

Et qu’ensuite six vers artistement rangés

». Pise en Élide où l’on célébroil les jeux olympiques. (B.)

L’ART POÉTIQUE

Fussent en deux tercets par le sens partagés.

Surtout de ce poème il bannit la licence :

Lui-même en mesura le nombre et la cadence;

Défendit qu’un vers foible .y pût jamais entrer ,

Ni qu’un mot déjà mis osât s’y remontrer.

Du reste il l’enrichit d’une beauté suprême :

Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème.

Mais en vain mille auteurs y pensent arriver,

Et cet heureux phénix est encore à trouver.

A peine dans Gombaut , Maynard et Malleville * ,

En peut-on admirer deux ou trois1 entre mille :

Le reste, aussi peu lu que ceux de Pelletier,

N’a fait de chez Sercy* qu’un saut chez l’épicier.

Pour enfermer son sens dans la borne prescrite,

La mesure est toujours trop longue ou trop petite.

L’épigramme , plus libre en son tour plus borné ,

N’est souvent qu’un bon mot de deux rimes orné.

Jadis de nos ^uteurs les pointes ignorées Furent de l’Italie en nos vers attirées.

Le vulgaire , ébloui de leur faux agrément ,

A ce nouvel appât courut avidement.

La faveur du public excitant leur audace,

Leur nombre impétueux inonda le Parnasse.

Le madrigal d’abord en fut enveloppé;

Le sonnet orgueilleux lui-même en fut frappé ;

La tragédie 4 en fit ses plus chères délices ;

L’élégie en orna ses douloureux caprices;

Un héros sur la scène eut soin de s’en parer,

4. Gombaut fit un sonnet sur la mort de Henri IV en 4610, et obtint de Marie de Médicis une pension de douze cents écus et le titre de gentilhomme ordinaire du roi Louis XU1. Maynard a composé un sonnet contre Richelieu après l’avoir loué. Claude Malleville n'a guère écrit que des sonnets. Ces trois poètes éloient de l’Académie françoise.

2 . Les deux ou trois sonnets que Boileau citoil comme admirables ou comme supportables étoient celui de Gombaut, qui commence par ce vers :

« Le grand Montmorency n’est plus qu’un peu de cendre. . . » et surtout celui de la Belle Matineute par Malleville :

o Le silence régnoil. ...

Sacré flambeau du jour n’en soyez point jalonx.

Vous parûtes alors aussi peu devant elle

Que les feux de la nuit avaient fait devant vous. »

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